Pourquoi l'Ukraine fête-t-elle désormais Noël le 25 décembre (et plus le 7 janvier) ?

par M.L avec AFP
Publié le 5 janvier 2023 à 19h30, mis à jour le 25 décembre 2023 à 9h52

Source : TF1 Info

Dans le contexte de la guerre, l'Ukraine a décidé, pour la première fois, de célébrer Noël le 25 décembre, au lieu du 7 janvier.
Les Églises orthodoxes et catholiques ne fêtent pourtant pas la Nativité à la même date, puisqu'elles adoptent différents calendriers.
On vous explique.

D'un Noël à l'autre. Pour la première fois, l'Ukraine en guerre va célébrer Noël le 25 décembre au lieu de 7 janvier, date retenue pour la tradition orthodoxe. Une décision officialisée par le président Volodymyr Zelensky, symbole de l'opposition de son pays à l'envahisseur russe. 

"Le peuple ukrainien a longtemps été soumis à l'idéologie russe dans presque tous les domaines de la vie, y compris le calendrier julien et la célébration de Noël le 7 janvier", indiquait la notice explicative du texte de loi approuvé par les députés. "La lutte (...) fructueuse pour son identité contribue à la prise de conscience et au désir de chaque Ukrainien de vivre sa propre vie, avec ses propres traditions, ses propres fêtes."

Les différentes Églises chrétiennes ne célèbrent en effet pas toutes la naissance de Jésus-Christ à la même date. Pour cause, aucun texte chrétien n'arrête ce jour précis, comme le souligne le site du Diocèse de Paris

Calendrier julien versus géorgien

L'Église catholique romaine et l'Église protestante fêtent la Nativité dans la nuit du 24 au 25 décembre, mais les Églises orthodoxes et "certaines Églises catholiques de rites orientaux", dont les catholiques grecs, la célèbrent plutôt dans la nuit du 6 au 7 janvier. Cette date correspond en fait au 25 décembre dans le calendrier julien, introduit par l'empereur romain Jules César, qui a 13 jours de différence sur le calendrier géorgien, institué quant à lui par le pape Grégoire XIII au XVIe siècle. C'est le géorgien qui est aujourd'hui le calendrier civil adopté dans le monde. La religion orthodoxe, orientale, s'est dissociée de la branche catholique, romaine et occidentale, il y a environ mille ans. 

En Occident, Noël n'a d'ailleurs pas toujours été célébré le 25 décembre : lors des premiers siècles de l'Église chrétienne, certains fidèles le fêtaient le 6 janvier, en même temps que l'Épiphanie, d'après le Diocèse de Paris. Les deux fêtes ont ensuite été "dédoublées" au plus tard en 354. La date de Noël est alors arrêtée au 25 décembre, jour de célébration du solstice d'hiver qui venait clôturer les Saturnales, un cycle de fêtes au temps de l'empire romain et l'Épiphanie a été maintenue le 6 janvier.

Les Ukrainiens s'éloignent du 7 janvier

Si la religion orthodoxe reste majoritaire en Ukraine, un nombre croissant d'Ukrainiens avait déjà commencé à privilégier la date du 25 décembre, l'influence du patriarcat de Moscou ayant fané ces dernières années dans le pays après plusieurs siècles de tutelle religieuse.

Le Noël catholique est devenu un jour férié en 2017. Kiev s'est ensuite doté en 2018-2019 d'une Église indépendante de la tutelle religieuse de la Russie, dite "autocéphale", qui a prêté allégeance au Patriarcat œcuménique de Constantinople, siégeant à Istanbul. Une autre Église, restée fidèle au patriarche Kirill, a rompu ses liens avec les autorités religieuses russes en mai, même si plusieurs de ses dignitaires restent accusés de prises de position pro-Russie.

Le divorce s'est ainsi accéléré depuis le début du conflit : selon un sondage Interfax-Ukraine réalisé en novembre 2022, 44% des habitants disaient approuver l'idée de fêter Noël à la date catholique plutôt que le 7 janvier. En signe de défiance, les cloches des églises de Kiev notamment ont retenti le 25 décembre dernier.

Quant aux Russes eux-mêmes, 65 à 80% d'entre eux se déclarent orthodoxes, mais "ils sont très peu à avoir une pratique religieuse", relevait sur Twitter Anna Colin Lebedev, maîtresse de conférences à l'université Paris-Nanterre et spécialiste des sociétés post-soviétiques. "Noël n’est pas une fête particulièrement célébrée en Russie", ni même une fête familiale, "car l’essentiel de la célébration se fait le 31 décembre", poursuivait-elle. La spécialiste soulignait que "l’insistance sur la religion et la tradition dans la rhétorique du Kremlin ne reflète pas les pratiques d’une société russe très séculaire".


M.L avec AFP

Tout
TF1 Info