Valérie Pécresse a estimé jeudi sur TF1 qu'Éric Zemmour était animé par "l'esprit munichois" dans sa vision de l'Ukraine et de Vladimir Poutine.
Que signifie cette notion, inspirée de la conférence de Munich en 1938 ?

"Dans les guerres se révèlent le caractère et les valeurs. Il y a l'esprit gaulliste [...]. Et puis il y a l'esprit munichois", a grincé Valérie Pécresse ce jeudi sur TF1, fustigeant l'analyse de la guerre en Ukraine de son concurrent Éric Zemmour. Selon la présidente de la région Île-de-France, le chef de file de Reconquête est "défaitiste" et dit que "l’Ukraine n’existe pas". Cet état d'esprit conduit, aussi, l'ancien polémiste à qualifier Vladimir Poutine de "démocrate", "d’agressé et non d’agresseur", soutient-elle encore. Mais alors, en quoi consiste véritablement ce concept ?

La passivité face à Adolf Hitler en 1938

L'esprit de Munich renvoie à la conférence qui s'est déroulée dans cette ville de Bavière les 29 et 30 septembre 1938. Les dirigeants de la France et la Grande-Bretagne, d'une part, et de l’Italie et l’Allemagne, d'autre part, pour décider du sort de la Tchécoslovaquie, alors envahie par les armées de Hitler. Edouard Daladier et Neville Chamberlain sont censés défendre cette démocratie du centre de l'Europe… dont le président n’est pas convié aux débats. Le chancelier allemand exige alors l'annexion de la région des Sudètes, germanophone. Il obtient satisfaction contre sa promesse d'en rester là et de ne pas envahir d'autres territoires. "Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre", prévient alors Winston Churchill. En France, Charles de Gaulle formule le même type d'avertissement. Six mois plus tard, le Führer s'adjuge le reste du pays, plaçant les démocraties occidentales au pied du gouffre de leurs contradictions. 

Edouard Daladier apposant sa signature aux accords de Munich.
Edouard Daladier apposant sa signature aux accords de Munich. - FRANCE PRESSE VOIR / AFP

Depuis cet événement, où se joue en coulisse l'avenir du Vieux Continent, l'esprit munichois est associé au défaitisme. Il est synonyme de lâche dérobade devant une menace étrangère, de trahison des alliés au nom d'une sauvegarde illusoire de la paix. C'est peut-être aussi un sentiment de panique devant un danger imminent, notamment la guerre. Dans l'Hexagone, il resurgit dès 1940, lorsque Philippe Pétain décide de capituler plutôt que de continuer le combat. 

Dans le cas de la crise en Ukraine, cette notion pourrait renvoyer à la passivité des occidentaux lorsque Vladimir Poutine a annexé la Crimée en 2014. Les accords de Minsk, signés dans la foulée, sont une tentative vaine de sauvegarder la paix en Europe en donnant satisfaction à Vladimir Poutine. Dans ce cadre-là, l'esprit de Munich peut également viser les défenseurs acharnés du président russe, ceux qui font preuve de complaisance à l'égard des thèses qu'il développe pour justifier ses actions en violation du droit international. 


Maxence GEVIN

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