Ukraine : une guerre qui dure

Guerre en Ukraine : que sait-on du missile Kh-22, utilisé par l’armée russe à Krementchouk et Odessa ?

Léa PRATI
Publié le 1 juillet 2022 à 19h39, mis à jour le 1 juillet 2022 à 20h29
JT Perso

Source : TF1 Info

Vingt-et-une personnes ont perdu la vie ce vendredi 1er juillet dans des bombardements d’immeubles proche d’Odessa.
Les missiles utilisés sont des "Kh-22 Bouria", les mêmes qui ont visé un centre commercial de Krementchouk plus tôt dans la semaine.
Des armes anciennes auxquelles la Russie a de nouveau recours depuis le début de l'invasion de l'Ukraine.

Le 27 juin, le centre commercial Amstor situé à Krementchouk a été touché par un premier missile Kh-22, faisant au moins 18 morts et 59 blessés. Erreur de cible ou tir volontaire ? Des vidéos de surveillance ont montré qu’un deuxième missile s’est écrasé 450 mètres plus loin du premier, percutant le bord nord-est de ce qui aurait pu être le lieu visé, l'usine Kredmash, qui fabrique principalement des bétonnières et des malaxeurs de béton et d’asphalte. 

Ce vendredi, ce sont des immeubles de la région d’Odessa, dans le sud de l’Ukraine, qui ont été détruits par des frappes aériennes, tuant 21 personnes. Le gouverneur de la région, Maksym Marchenko, a déclaré que la Russie avait une nouvelle fois utilisé des missiles Kh-22 de l’ère soviétique, probablement lancés depuis la mer Noire. 

600 km de portée

Mais ce n’est pas la première fois que l’armée russe utilise de telles armes provenant d'anciens stocks soviétiques. Le 9 mai dernier, le village de Fontanka, près d’Odessa, avait été touchée par sept munitions du même type, détruisant au passage plusieurs magasins, entrepôts et maisons. Quelques semaines plus tard, le 25 mai, dans le Donbass, le ministère de la Défense russe avait aussi revendiqué des frappes tirées par un Tupolev-22M, le bombardier supersonique embarquant le missile Kh-22.

Ce missile anti-navire supersonique à très longue portée a été conçu par la société aérospatiale russe MKB Raduga et mis en service pour la première fois en 1962. Il avait été initialement pensé pour pouvoir résister à la défense aérienne américaine et détruire les porte-avions de l’US Navy. D’une portée de 600 km, il peut être doté d’une charge nucléaire. Ses ogives sont deux fois plus grandes que les missiles balistiques "Iskander" aussi utilisés en Ukraine et tirés, quant à eux, depuis des camions. Selon Euronews, l'armée russe a déjà utilisé ces missiles balistiques ayant une portée de 500 km pour détruire des grands bâtiments et certaines installations fortifiées. 

En 2007, le Kh-22 "Bouria" ("Tempête", en français) est finalement déclassé. À cette occasion, l’Ukraine, qui possédait aussi une flotte, détruit 423 missiles de croisière Kh-22, jugés inadaptés aux combats. "Il convient de noter que l'élimination des bombardiers lourds Tu-22 et des missiles de croisière d'aviation Kh-22 est effectuée conformément à l'accord signé le 25 octobre 1993 entre l'Ukraine et les États-Unis sur la fourniture d'une assistance à l'Ukraine dans l'élimination des armes nucléaires stratégiques", expliquait l'agence d'information russe Aviaport

De son côté, la Russie cesse d'y recourir, mais ne les détruit pas. Ce n’est qu’au début de la guerre en Ukraine que l’armée les a de nouveau utilisés. Les frappes de Kh-22 visent souvent des dépôts pétroliers, des entrepôts, des usines et d'autres infrastructures stratégiques, mais leur faible précision entraîne souvent d’importants dommages collatéraux.

Combler le manque

Pourquoi la Russie utilise-t-elle des armes vieilles de plus d’un demi-siècle ? L’usage de missiles russes de dernière génération coûte très cher. Le chercheur associé d'un think-thank sur la défense, Samuel Ramani expliquait récemment qu'un missile Iskander coûtait 10 millions d'euros à produire. Ainsi, de telles armes ne sont disponibles qu’en nombre limité et ne peuvent être fabriquées qu'à une cadence lente. Les sanctions occidentales imposées à la Russie sur les composants électriques rendent quasiment impossible la fabrication de nouvelles armes. Quant aux missiles balistiques modernes, certains sont gardés en réserve en cas de guerre avec l’Otan.

De l'autre côté, l'utilisation de missiles KH-22 permettent à la Russie de faire d'importantes économies. Le général de brigade des forces armées ukrainiennes Oleksii Hromov a par ailleurs déclaré que 50% des attaques russes se ferait à partir de missiles à faible précision provenant d'anciens stocks soviétiques, explique The Kyiv Independant

Après près de 140 jours de combat, le gouvernement de Vladimir Poutine se trouve contraint d'utiliser ainsi l’inventaire vieillissant de Kh-22 qui permet de combler le vide.


Léa PRATI

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