Ukraine : plus de sept mois de guerre

Comment Poutine veut tirer parti des référendums d'annexion en Ukraine

Annick Berger
Publié le 20 septembre 2022 à 23h19, mis à jour le 23 septembre 2022 à 9h25
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Les autorités installées par Moscou dans quatre régions d'Ukraine ont annoncé mardi la tenue de "référendums" d'annexion du 23 au 27 septembre.
Des initiatives vraisemblablement soutenues par Vladimir Poutine.
Et que le chef du Kremlin pourrait utiliser pour justifier la poursuite de son "opération spéciale".

La nouvelle a provoqué un tollé sur la scène internationale. Mardi, les autorités installées par Moscou dans les régions séparatistes de Lougansk et Donetsk et les territoires occupés de Kherson et Zaporijia, dans le sud, ont annoncé la tenue dans l'urgence de "référendums" d'annexion par la Russie. Une décision prise en pleine contre-offensive ukrainienne et alors que Moscou a connu plusieurs revers début septembre, les forces du Kremlin se retirant de la région de Kharkiv face à la pression de l'armée de Kiev. 

Des votes qui seront organisés sur le modèle de celui qui a formalisé l'annexion de la péninsule de Crimée par la Russie en 2014, jamais reconnue par la communauté internationale. Sur Telegram, mardi, l’ex-président et actuel numéro deux du conseil de sécurité russe, Dmitri Medvedev, a ainsi affirmé que ces référendums "sont d'une grande importance (…) pour le rétablissement de la justice historique" pour la Russie.

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Une "base légale"

Plusieurs spécialistes appellent à ne pas sous-estimer l'annonce de l'organisation en urgence de ces "référendums" qui pourrait être un signe "d'escalade majeure de la guerre". Comme pour la Crimée en 2014, ces scrutins donneraient une "base légale à la Russie pour annexer" ces territoires, a détaillé sur Twitter la chercheuse et spécialiste des sociétés post-soviétiques, Anna Colin Lebedev. "Toute attaque ukrainienne contre ces zones serait alors une attaque sur le territoire russe, selon la Russie." 

Un constat partagé par Alexander Baunov, chercheur au Carnegie Center de Moscou. Selon lui, avec ces scrutins, "le message est clair : 'Vous choisissez de nous affronter en Ukraine, maintenant, essayez de nous affronter en Russie ou, pour être précis, ce que nous appelons la Russie'." Moscou espère que l'Occident s'opposera à ce type d'affrontement, ce qui permettrait, dans les régions concernées d'imposer une sorte de statu quo à l'image de la Crimée, gérée de fait par Moscou, même si son rattachement à la Russie reste dénoncée par la communauté internationale. Une annexion qui avait été précédé, comme c'est le cas aujourd'hui, par une intervention militaire. 

Un "ultimatum" sans équivoque

Pour d'autres, l'annonce de ces "référendums" pourrait également représenter un risque important pour la sécurité mondiale. Selon la politologue russe, chercheuse non-résidente au Carnegie Moscow Center et fondatrice de R.Politik, Tatiana Stanovaya, ces scrutins représentent "un ultimatum absolument sans équivoque" à l'Ukraine et à l'Occident. "Soit l'Ukraine bat en retraite, soit c'est la guerre nucléaire", fait valoir la chercheuse. 

La doctrine nucléaire de Moscou, documentée sur le site du ministère des Affaires étrangères, stipule que le pays peut recourir à l’arme atomique en "réponse à l’emploi contre [la Russie] et/ou contre ses alliés d’armes nucléaires et d’armes de destruction massive, et aussi en cas d’agression contre la Fédération de Russie à l’aide d’armes habituelles quand l’existence même de l’État est menacée". 

Une éventualité qui semble confirmée par les déclarations de Dmitri Medvedev ce mardi. L'actuel numéro deux du conseil de sécurité russe a ainsi averti : "Empiéter sur le territoire de la Russie est un crime et, s'il est commis, cela vous permet d'utiliser toutes les forces de légitime défense." 

Ces scrutins pourraient également être utilisés par Moscou pour "déclarer la mobilisation générale" en Russie, après la "mobilisation partielle", mise en place cette semaine, et permettre aux autorités de "durcir les sanctions pour ceux qui ne remplieraient pas leurs devoirs militaires, se rendraient ou refuseraient de se battre". Une façon aussi pour Vladimir Poutine de justifier auprès de sa population son "opération spéciale" qui se transformerait alors en opération de maintien de la paix dans des territoires que Moscou estime lui appartenir. 

Pour Alexander Baunov,  "les actions de Moscou visent donc à mettre fin à la guerre dès que possible ou, en cas d'échec, à rejeter la faute sur d'autres personnes et à transformer l'invasion russe d'un pays voisin en une guerre défensive". Selon le chercheur, "Moscou espère que cette distinction rendra le conflit plus légitime aux yeux des Russes ordinaires, laissant le Kremlin libre de prendre les décisions et les mesures qu'il juge nécessaires".


Annick Berger

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