Des combattants du côté ukrainien ont réalisé plusieurs incursions dans la région russe de Belgorod.
Les deux groupes qui ont revendiqué l’opération sont la légion Liberté de la Russie et le Corps des volontaires russes.
On revient sur ces unités, dont les motivations sont nationalistes, voire suprémacistes.

Le vieil adage est bien connu : "les ennemis de mes ennemis sont mes amis". Tandis que l'Ukraine a démenti toute responsabilité dans l'incursion menée depuis le lundi 22 mai dans la région russe de Belgorod, deux groupes de combattants russes ont revendiqué cette opération : le Corps des volontaires russes (RDK) et la Légion Liberté de la Russie. Sauf que selon certains, parmi ces nouveaux alliés de circonstance pour Kiev, appartiendraient à un mouvement néo-nazi. Nous avons voulu en savoir plus. 

Une idéologie "nationaliste" commune

La première unité, baptisée Légion Liberté de la Russie, est originaire de Saint-Pétersbourg. Dans une vidéo publiée le 22 mai, le porte-parole du groupe surnommé "Caesar" affirme vouloir "mettre fin à la dictature du Kremlin". Mais ses combattants se décrivent surtout comme des "conservateurs et traditionalistes de droite". Dans un entretien accordé à la radio russe Svoboda, "Caesar" allait même plus loin, assumant qu'il était un "nationaliste de droite". Ancien partisan du Mouvement impérial russe, une organisation paramilitaire d'extrême droite classée comme terroriste en Russie, l'homme d'une cinquantaine d'années a été clairement identifié par des médias d'investigation russes comme un membre de la nébuleuse impérialiste et nationaliste russe. Au cours de l'interview, lui-même admettait être "un ancien militant politique, qui a gravité autour de pas mal de groupuscules de droite, nationalistes et monarchistes, avant de s'en détourner".  De quoi en faire des néonazis ? Dans un article publié par Reuters, les membres de cette unité récusent en tout cas l'adjectif. "Un nationaliste russe n'est pas un fasciste russe", réagissait ainsi Denis Sokoloven en avril dernier. 

Et quid du groupe avec lequel il s'est allié dans le combat à la mi-mai ? Derrière le Corps des volontaires russes, on trouve Denis Kapoustine, visible sur l'image ci-dessous. Né à Moscou, celui dont le nom de guerre est "White Rex" est un ancien hooligan qui ne cache pas son admiration pour le Troisième Reich. À la tête d'une marque de vêtements dont le logo est un soleil noir, ce symbole prisé par les groupes néonazis, il est décrit comme "un suprématiste néonazi" par le projet de surveillance Antifascist Europe. Une idéologie qu'il a insufflée dans le corps armé qu'il a fondé. Officiellement lancé en août 2022, le groupe paramilitaire assume clairement se battre pour protéger une identité ethno-nationaliste. Au fil des communications sur sa chaîne Telegram officielle, il s'en prend aux "hordes caucaso-asiatiques" de Vladimir Poutine, et défend "les Russes en tant que groupe ethnique". Le groupe affirme par ailleurs vouloir la dissolution de la Russie moderne, construite autour d'une "prétendue nation politique", pour retrouver un seul État, dans lequel "les Russes de souche seraient le groupe ethnique dominant". En janvier 2023, le RDK publie également un article écrit par un certain "Peter Weiss" dans lequel il défend une idée de Nation "ethnique", "sans cocuage multinational". Idem en novembre quand le groupe répond à la question "pourquoi luttons-nous" en évoquant la "recolonisation" du territoire russe.

Denis Kapoustine, fondateur du "Corps des volontaires russes", arbore le "soleil noir" dans une vidéo publiée le 16 mai 2023
Denis Kapoustine, fondateur du "Corps des volontaires russes", arbore le "soleil noir" dans une vidéo publiée le 16 mai 2023 - Capture d'écran / Telegram

Autre preuve de la dominance de cette idéologie, les combattants du Corps des volontaires russes arborent des références claires au suprémacisme blanc. En plus des couleurs de l'Ukraine, ils se battent sous une bannière représentant une version stylisée du symbole de l'organisation "Idée Blanche", créée par Viktor Larionov. Dans une publication à propos de son insigne, l'unité confirme faire référence à cette figure du mouvement blanc nationaliste des années 1930, collaborateur du régime nazi, dont elle "tire des idées, des principes et des croyances".

Des combattants néonazis dans les rangs

Une idéologie qui se retrouve au sein de la milice. Les nombreuses images de cette incursion filmée en temps réel démontrent qu'au moins deux membres souscrivent à la mouvance néonazie. À commencer par Alexeï Levkine, l'homme à la barbe visible sur la vidéo ci-dessous, ancien militant du groupe néonazi russe M8L8tx. S'il récuse désormais cet adjectif, son idéologie s'inscrit très clairement dans une politique suprémaciste. Défenseur du terroriste Anders Breivik, l'auteur des attentats d'Oslo en 2011, il a fait l'objet de toute une série de condamnations, notamment pour profanations de tombes juives. Plus récemment, sur sa chaine Telegram où il partage des contenus sous son pseudo "White Powder", il citait les propos "prophétiques" d'un penseur du Troisième Reich et glorifiait Adolf Hitler, regrettant que cette figure soit "diabolisée". 

Un autre membre identifiable sur les vidéos est Aleksandr Skachkov. En 2020, il a été arrêté en Ukraine pour avoir commercialisé des versions traduites du Manifeste de Brenton Tarrant, cet Australien qui avait tué 49 musulmans dans une mosquée de Christchurch, comme le révélait Bellingcat. Un raid au cours duquel le Service de sécurité d'Ukraine avait trouvé un certain nombre d'objets nazis, dont un drapeau avec la croix gammée. Lors de son procès, en juin 2020, Aleksandr Skachkov avait fièrement arboré le tee-shirt avec l'inscription "Völkischer Beobachter", du nom de ce journal du parti nazi. 

Quant aux autres combattants ? Si, auprès de Reuters, Danil Yugoslavsky expliquait en janvier ne souscrire à "aucune pensée d'extrême droite" et se considérait plutôt "comme un pacifiste de gauche", il est impossible d'ignorer l'idéologie du groupe auquel il appartient. Entre l'utilisation d’une symbolique faisant clairement référence au nazisme, des communications vantant le suprémaciste russe, et des membres affiliés à des groupes néo-nazis, cette idéologie est clairement assumée. Une divergence idéologique qui ne gêne pas le combattant du RDK. Car à ses yeux, la priorité est de "s'unir contre un ennemi commun". Stratégie qu'on retrouve aussi du côté de Légion Liberté de la Russie. En mai-dernier, l'unité plus modérée assumait de prendre les armes avec le Corps des volontaires russes autour d'un "objectif commun". "La lutte pour la liberté et le renversement du régime de Poutine en Russie". 

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Felicia SIDERIS

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