En difficulté en Ukraine, Poutine choisit l'escalade

Guerre en Ukraine : employés retenus, électricité coupée... que se passe-t-il à Tchernobyl ?

Thomas Guien
Publié le 9 mars 2022 à 16h11, mis à jour le 10 mars 2022 à 10h49
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Source : JT 20h Semaine

L'alimentation électrique du site nucléaire de Tchernobyl a été "complètement" coupée mercredi, selon un opérateur ukrainien.
Si l'incident ne présente "pas d'impact majeur sur la sécurité", selon le gendarme onusien du nucléaire, il illustre l'importance prise par la centrale dans le conflit opposant l'Ukraine et la Russie.

Tchernobyl ne répond plus. C'est ce que l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a indiqué ce mardi, quand les systèmes permettant de contrôler à distance les matériaux nucléaires de la centrale ont cessé de transmettre des données. Une stratégie assumée par la Russie, visant à affaiblir la résistance ukrainienne, mais qui pourrait ouvrir la porte aux pires scénarios.

Une cible prioritaire pour Moscou

Vladimir Poutine le sait : avec 15 réacteurs, disséminés sur quatre sites, l'Ukraine est le 7e producteur mondial d'énergie nucléaire, l'atome étant à l'origine de la moitié de son énergie. En s'emparant des centrales, le président russe accentue sa pression, en coupant l'approvisionnement aux grandes villes. Notamment celles alimentées par Tchernobyl, théâtre de la pire catastrophe nucléaire au monde (en 1986). En effet, l'armée russe s'est emparée des lieux aux premières heures de son assaut. Plus de 200 personnes, du personnel de maintenance et de sécurité, sont interdites de sortie depuis le 24 février, selon l'AIEA.

Une situation de plus en plus précaire

Depuis la prise de Tchernobyl, les données de radiation à la centrale préoccupent les autorités. Le Parlement ukrainien, la Rada, a averti le 25 février sur son compte Telegram que le système automatisé de contrôle avait fait état d'une hausse des "rayons gamma", signe de radioactivité. L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) s'est néanmoins montrée rassurante : "Les niveaux rapportés par le régulateur - jusqu'à 9,46 microsieverts par heure - sont faibles et demeurent dans la fourchette des valeurs mesurées depuis la création de la zone d'exclusion. Ils ne présentent donc aucun danger pour le public", écrit l'instance ayant son siège à Vienne dans un communiqué.

La hausse constatée "a pu être causée par les mouvements des véhicules militaires remuant le sol encore contaminé par l'accident de 1986", ajoute l'AIEA, mentionnant les explications qui lui ont été fournies par les autorités ukrainiennes.

L'inquiétude du gendarme onusien du nucléaire

Alors que la guerre ne cesse de faire rage, le gendarme onusien du nucléaire tire la sonnette d'alarme. Le 3 mars, le Conseil des gouverneurs de l'AIEA a adopté une résolution appelant la Russie à "cesser immédiatement les actions contre les sites nucléaires ukrainiens". Le texte "déplore" l'invasion russe, estimant qu'elle "pose des menaces graves et directes à la sécurité" de ces lieux et de leur personnel, avec "le risque d'un accident ou incident nucléaire qui mettrait en danger la population de l'Ukraine, des Etats voisins et de la communauté internationale".  Le directeur général de l'AIEA, Rafael Grossi, a aussi proposé de se rendre en Ukraine pour établir un cadre garantissant la sécurité des sites nucléaires pendant le conflit. En vain.

La mise au point de Vladimir Poutine

Après Tchernobyl, c'est la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporojie, la plus grande d'Europe, qui est tombée entre les mains des russes le 4 mars. Devant les craintes de l'AIEA, le président russe s'est montré rassurant : Vladimir Poutine a assuré qu'il "n'était pas dans son intention de procéder à des attaques des centrales nucléaires", selon la présidence française à l'issue d'un entretien avec Emmanuel Macron. Le chef de l'Etat russe a affirmé à cette occasion que "la sécurité physique et nucléaire" de la centrale de Zaporojie était assurée, selon le Kremlin. Il a donné son accord afin qu'"un dialogue s’engage entre AIEA, Ukraine et Russie pour que les centrales soient mises en sécurité", a relevé Paris.

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Tchernobyl totalement coupée du réseau électrique

Malgré les promesses de Vladimir Poutine, la situation s'est à nouveau détériorée ce mercredi à Tchernobyl. La centrale "a été complètement déconnectée du réseau électrique", d'après l'opérateur ukrainien Ukrenergo. L'offensive russe étant en cours, "il n'y a pas de possibilité de rétablir les lignes", précise encore l'opérateur via Facebook. 

Autre source d'inquiétude : le sort des 200 techniciens et gardes, bloqués sur le site et travaillant 13 jours d'affilée sous surveillance russe. L'AIEA a demandé à la Russie de les autoriser à effectuer des rotations, le repos et les horaires fixes étant essentiels à la sécurité du site.

Et maintenant ?

Tchernobyl sans électricité, faut-il craindre un accident ? Sur LCI, Ludovic Dupin, porte-parole de la société française d'énergie nucléaire, s'est montré rassurant. "La situation est anormale. Mais n'y a pas de danger immédiat, sur le site il y a des générateurs de secours, avec des tonnes de carburant, pour faire tourner le réacteur durant deux jours. Il n'y a plus de réacteur actif, mais des piscines de combustibles, qu'il faut refroidir. Même sans génération d'électricité, elles peuvent maintenir le combustible autour de 70°, bien au deçà de tout risque d'accident. Il est néanmoins important de rétablir l'électricité sur le site pour assurer la sécurité sur le site."

Actuellement, 20.000 assemblages combustibles sont stockés dans la piscine d'entreposage du site. Toutefois, compte tenu du temps qui s'est écoulé depuis l'accident de 1986, "la charge thermique de la piscine et le volume de l'eau de refroidissement sont suffisants pour assurer une évacuation efficace de chaleur sans électricité", a abondé l'Agence internationale de l'énergie atomique sur Twitter.


Thomas Guien

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