Ukraine : quel est ce régiment Azov, accusé d’être néonazi ?

Publié le 24 mars 2022 à 7h46, mis à jour le 2 février 2023 à 14h49

Source : TF1 Info

Sur les réseaux sociaux, l’extrême-droite française évoque l’existence d’un groupe néonazi dans les rangs de l’armée ukrainienne.
Un élément directement repris par Vladimir Poutine pour justifier la guerre qui commence.
Le régiment Azov, intégré à la Garde nationale en 2014, est régulièrement accusé de ses accointances avec le nazisme.

Vladimir Poutine a pris de court la planète entière dans la nuit en annonçant l’invasion de l’Ukraine au motif "d’arriver à une démilitarisation et une dénazification" du pays. Un élément de la propagande russe, directement repris au JT national ce jeudi midi : "Comme l'a souligné le président, notre pays n'occupe pas les territoires ukrainiens, mais doit procéder à la démilitarisation et à la dénazification de l'Ukraine".

Sur Internet, des comptes de l'extrême droite française ont visé à leur tour les liens supposés de Kiev avec le nazisme. "Je vous présente le régiment Azov, une milice néonazie intégrée à la Garde nationale ukrainienne. Voilà ce que les États-Unis et l’Union européenne soutiennent en Ukraine", écrit par exemple un militant revendiqué de Reconquête, le parti d’Éric Zemmour. Sur le site complotiste du réseau Voltaire, on peut lire que l’Otan "soutient toujours les groupes néo-nazis contre les Russes". Via son compte Twitter, François Asselineau, candidat du Frexit, évoque l’existence de ce régiment Azov, "une unité de volontaires ukrainiens intégrée à la garde nationale conseillée par l’OTAN" et affichant "sans vergogne ses sympathies néonazies". 

Le bataillon Azov, du nom de la mer bordant l’Ukraine, existe bel et bien en Ukraine. On en retrouve officiellement les premières traces en mai 2014, quelques mois après l’annexion de la Crimée par Moscou. À l’époque, ce bataillon était composé de quelque 800 volontaires ukrainiens, tous principalement originaires de l’Est occupé par la Russie. Ce n’est qu’après son intégration à la Garde nationale fin 2014, qui manquait cruellement d’hommes à l’époque (environ 6000), que le régiment acquiert une certaine visibilité dans le pays. "Aujourd'hui, l'unité Azov est une unité spéciale distincte de l'unité militaire Azov 3057 de la Garde nationale ukrainienne", peut-on lire sur le site officiel d'Azov.

Un emblème directement inspiré du nazisme

Ce qui induit qu’à ce jour, Azov est directement subventionné et armé par le ministère de l’Intérieur ukrainien, après avoir été financé par le puissant oligarque Ihor Kolomoisky. Pourtant, ses troupes sont régulièrement accusées d’affinités avec le nazisme. Et l'emblème adopté par le bataillon entretient le doute. Azov reprend la "Wolfsangel" inversée aux couleurs bleues et jaunes de l’Ukraine, qui fut le logo du parti ukrainien fasciste Svoboda et qui n’est autre qu’un symbole utilisé par la deuxième division SS pendant la Seconde Guerre mondiale. Son fondateur, Andriy Biletsky, qui fut décoré de la médaille du jubilé et de l’ordre du courage, a été député de 2014 à 2019 à la Rada, le parlement ukrainien, sous le dénommé parti Corps national. Pourtant, il ne cache pas son passé néonazi. 

Des soldats du bataillon Azov en 2015 à Kiev, avant leur départ pour l'est de l'Ukraine
Des soldats du bataillon Azov en 2015 à Kiev, avant leur départ pour l'est de l'Ukraine - GENYA SAVILOV / AFP

Cela ne signifie pas pour autant que l’ensemble du régiment d’Azov se revendique du néonazisme. En 2015, le quotidien USA Today est parvenu à obtenir à Marioupol (Est) le témoignage d’Alex, un membre chargé de l’entrainement aux armes. Au cours de l’entretien, ce dernier admet alors volontiers être nazi, faisant le parallèle entre la grandeur de l’Ukraine et celle de l’Allemagne du temps de la guerre. Interrogé, un porte-parole d’Azov tente de minimiser en indiquant que cette idéologie ne rassemble "que" 10 à 20% du bataillon. "Je sais qu'Alex est un nazi, mais c'est son idéologie personnelle. Cela n'a rien à voir avec l'idéologie officielle de la Brigade Azov", se défend Andriy Diachenko. 

Aujourd’hui, difficile de dire combien sont les hommes combattants d’Azov et ce qu’ils représentent au sein de la Garde nationale. Les estimations varient de 2000 à 4000 hommes, sur un total de 200.000 à 250.000 soldats de l’armée ukrainienne. Ayant gagné en popularité, le bataillon cherche à gonfler ses rangs. Et le recrutement est simplissime, d’après les étapes à suivre communiquées par Azov : "Vous n'avez pas besoin de suivre un cours de 45 jours d'un jeune combattant. Remplissez le questionnaire du spécialiste (formulaire ci-dessous) et venez directement à l'emplacement du Régiment Azov. Après la commission d'attestation composée d'officiers et du commandant Azov, vous bénéficiez d'un mois de probation (...). Après la fin de la période d'essai et la signature du contrat, vous devenez officiellement un soldat des forces spéciales d'Azov."

C’est probablement pour recruter dès le plus jeune âge que des camps d’été sont organisés dans l’est du pays, à destination d’enfants et adolescents. Ces entrainements militaires se déroulent sur fond de chants patriotiques et de simulation de combats, comme l’a documenté le média NBC Left Field en 2017. D’après le journaliste américain, qui raconte de l’intérieur, si les camps d’été sont fréquents en Ukraine, celui-ci a la particularité d’être "bien plus extrême". À son micro, un membre d’Azov se défend d’être "communiste", "nazi" ou bien "fasciste" et se revendique comme "nationaliste ukrainien".

Confidences d'un membre du bataillon Azov au média NBC Left Field
Confidences d'un membre du bataillon Azov au média NBC Left Field - Capture écran / NBC Left Field

Aujourd’hui, le régiment Azov toujours présent à l’est du pays organise l’entrainement de civils, qui souhaitent se préparer à l’attaque russe. Comme a pu l’illustrer l’agence Reuters, des Ukrainiens volontaires sont alors formés ces dernières semaines aux tactiques de combat et au maniement des armes.


Caroline QUEVRAIN

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