En difficulté en Ukraine, Poutine choisit l'escalade

Guerre en Ukraine : quels risques fait peser le défaut de paiement "imminent" de la Russie ?

Maxence GEVIN
Publié le 10 mars 2022 à 22h06
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Source : JT 20h WE

L'agence de notation Fitch a abaissé mardi à "C" la note qu'elle accorde à la dette de la Russie, après son invasion de l'Ukraine.
Cette décision signifie que le risque d'un défaut souverain est, selon elle, "imminent".
Voici ce que pourrait impliquer un défaut de paiement de Moscou, qui serait une première depuis 1998.

Le spectre d'un écroulement de l'économie russe. L'agence de notation financière internationale, Fitch Ratings, a abaissé mardi la note qu'elle accorde à la dette de la Russie. Au vu des évolutions du conflit en Ukraine qui "ont sapé davantage la volonté de la Russie de rembourser la dette publique", elle a été rétrogradée de "B" à "C". Cela signifie que le risque d'un défaut souverain - incapacité à honorer ses engagements financiers auprès de ses créanciers en temps et en heure et dans les conditions convenues entre les deux parties - est, à ses yeux, "imminent". C'est un "C", et pas (encore) un "D", parce que cela reste, pour le moment, incertain. 

Dans les faits, pour établir leurs notes, les agences se basent sur deux critères. Il s'agit de la capacité financière à rembourser une dette, d'une part, et de la volonté d'un pays à rembourser ladite dette, d'autre part. En d'autres termes, un État peut avoir les moyens sans, pour autant, vouloir utiliser ces fonds pour satisfaire ses créanciers. "La Russie a clairement les moyens de rembourser ses dettes. Elle a amassé des réserves de changes et d’or d’environ 643 milliards de dollars", avance Slim Souissi, directeur adjoint de l’IUP de Caen, spécialiste des banques et des défaillances des gouvernements. Toutefois, le Kremlin a "commencé à envoyer des signaux qui laissent penser qu’il n’aura probablement pas envie de rembourser", ou du moins pas aux conditions prévues, ajoute-t-il auprès de TF1info. 

Vers un remboursement en roubles plutôt qu'en dollars ?

Le décret présidentiel adopté le 5 mars dernier, selon lequel la Russie pourrait rembourser ses prochaines dettes non pas en devises étrangères mais en roubles, est au centre du problème. Les emprunts, majoritairement contractés en devises étrangères - et notamment en dollars - doivent normalement être remboursés avec cette même monnaie. Un paiement en roubles serait très contraignant, pénalisant pour les prêteurs. "Être remboursé en roubles est bien moins intéressant qu’être remboursé en dollars. C'est d'autant plus vrai dans un contexte où la monnaie russe a perdu plus de 45% de sa valeur en l'espace de quelques jours (depuis le début de l'invasion de l'Ukraine, ndlr)", confirme Slim Souissi. 

Heureusement, les conséquences de cette classification devraient être plus limitées que ce que l'on pourrait craindre. Déjà, la Russie a encore de la marge sur le plan économique, de par sa faible dette (seulement 18% de son PIB) et la réserve de devises étrangères qu'elle a constituée. Celle-ci a été encore renforcée par la limitation, récemment décrétée, de la sortie des devises à l'étranger. Selon de nombreux experts, ce stock devrait permettre aux autorités russes de tenir au moins un an. 

Un défaut de paiement coupe automatiquement un État des marchés financiers

Slim Souissi, directeur adjoint de l’IUP de Caen

En outre, Moscou n'a en aucun cas intérêt à se placer volontairement en défaut de paiement. "Un défaut de paiement coupe automatiquement un État des marchés financiers et compromet son éventuel retour pour quelques années. Il a fallu attendre douze ans pour que la Russie puisse revenir emprunter sur les marchés après le défaut de paiement sur sa dette intérieure en 1998", rappelle l'ancien membre de Fitch. 

Une mesure contreproductive

Quand bien même Vladimir Poutine prendrait une telle décision - en réplique aux sanctions occidentales à l'invasion de l'Ukraine - elle n'ébranlerait certainement pas l'économie européenne et/ou américaine. Aucun pays au monde ne prête directement des fonds à la Russie (pas de dette officielle bilatérale). Cette dernière n'a également que peu emprunté auprès d'instituts internationaux, comme le FMI, ou de banques. Une large partie de la dette russe a été contractée sur les marchés financiers, sous la forme d'obligations. 

Par conséquent, ce sont surtout des sociétés privées et des fonds d’investissement qui subiraient un défaut de paiement de la part de la Russie. "Les créanciers vont perdre les montants prêtés mais cela ne devrait pas provoquer de crise systémique", estime Slim Souissi, "le choc serait parfaitement absorbable". Cela signifie que le Kremlin aurait plus à perdre qu'à gagner en se plaçant en défaut de paiement. "La Russie ne peut pas menacer de nous mettre en péril, de générer une crise internationale, si elle arrêtait de nous rembourser. Ce serait la principale perdante", martèle l'expert. 

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Quoi qu'il en soit, la communauté internationale devrait rapidement être fixée sur les intentions de la Russie. Le 4 avril 2022, elle va devoir rembourser un emprunt qu’elle a émis sur les marchés financiers londoniens en dollars américains et qui arrive à maturité. Il s'élève à 2 milliards de dollars. 


Maxence GEVIN

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