Une étude américaine affirme que des milliers d'enfants ukrainiens ont été emmenés en Russie et dans les territoires sous son contrôle.
Ils ont été placés pendant des semaines, voire des mois, dans des camps de "rééducation", pour en faire des "pro-russes".
Moscou chercherait aussi à les faire adopter par des familles russes.

Sous couvert de "camp d'été gratuit", des milliers enfants ukrainiens auraient été pris au piège d'une machine à propagande russe. Au moins 6000 d'entre eux ont été relocalisés par la Russie sur son propre territoire depuis le début de la guerre, il y a près d'un an, et ont été placés dans des camps russes de "rééducation". C'est ce que révèle une nouvelle étude publiée mardi 14 février par le laboratoire en recherche humanitaire de l'université de Yale, un groupe de recherche indépendant financé par le département d'État américain. 

Un chiffre probablement sous-évalué, selon ces experts. Par ailleurs, "plusieurs centaines" d'entre eux ont été détenus dans ces camps durant des semaines et même des mois après la date à laquelle ils étaient supposés rentrer. Quant aux relocalisations, elles constituent de manière générale une "claire violation" de la quatrième convention de Genève sur le traitement des civils en temps de guerre, a déclaré l'un des chercheurs, Nathaniel Raymond. Ces activités "pourraient dans certains cas constituer des crimes de guerre ou contre l'humanité", a-t-il affirmé à des journalistes.

Programmes scolaires "pro-russes" et chants patriotiques

Selon ce rapport, appuyé par des témoignages et des images satellites, des enfants qui vivaient dans des zones occupées par les forces russes ont été emmenés de force dans 43 camps, parfois à des milliers de kilomètres de chez eux, répartis à travers la Russie, mais aussi en Crimée et en Sibérie, des régions annexées par Moscou. Ils doivaient y recevoir une "éducation patriotique et militaire pro-russe", d'après l'étude, citée par The Guardian. Le plus petit d'entre eux était âgé de quatre mois à peine.

Leur date de retour a été retardée de plusieurs semaines, voire indéfiniment dans certains de ces établissements. Sur place, tout était fait pour que les enfants soient imprégnés d'une rhétorique pro-Moscou, par le biais de programmes scolaires faisant valoir une certaine vision de l'histoire russe, de visites de sites patriotiques et de conférences données par d'anciens combattants. Sur plusieurs vidéos tournées dans ces cellules, ils apparaissaient en train de chanter l'hymne national russe et de porter le drapeau du pays. Les enfants auraient aussi reçu une formation pour manier les armes à feu, même s'il n'existe aucune preuve qu'ils aient été envoyés au combat, selon le rapport.

Dans un communiqué, le département d'État américain a condamné "les objectifs du Kremlin de nier et de supprimer l'identité, l'histoire et la culture de l'Ukraine". "Dans de nombreux cas, la Russie a prétendu évacuer temporairement des enfants d'Ukraine sous le couvert d'un camp d'été gratuit, pour ensuite refuser de renvoyer les enfants et couper tout contact avec leurs familles", a aussi accusé son porte-parole, Ned Price. D'après l'étude, certains parents ont subi des pressions pour autoriser le transfert de leur enfant, tandis que d'autres ont donné leur accord mais espéraient que la date de retour convenue avec les autorités russes serait respectée, une échéance finalement enjambée dans plusieurs camps. 

350 enfants adoptés, selon Moscou

Le rapport exige qu'un organisme neutre puisse accéder aux camps, mais aussi que Moscou mette immédiatement fin aux relocalisations, appelant la Russie à "ramener les enfants dans leurs familles". Il exhorte aussi à cesser les adoptions d'enfants ukrainiens, certains de ceux placés dans ces camps ayant été adoptés par des familles russes, selon The Independant. Une opération à laquelle des proches de Vladimir Poutine auraient pris part, en particulier Maria Lvova-Belova, qui dirige la Commission présidentielle russe pour le droit des enfants. Selon le rapport, elle a déclaré que 350 enfants avaient été adoptés par des familles russes et que plus de 1000 autres attendaient de l'être, relaie The Guardian.

Dans un message publié sur Telegram, l'ambassade de Russie à Washington a réagi aux conclusions du rapport en assurant que Moscou "a accepté les enfants qui ont été contraints de fuir avec leur famille à cause des bombardements". "Nous faisons de notre mieux pour garder les mineurs dans les familles, et en cas d'absence ou de décès des parents et des proches, pour transférer les orphelins sous tutelle", a-t-elle argué. De son côté, Kiev affirme que plus de 14.700 enfants ukrainiens ont été déportés en Russie depuis le début du conflit.


Maëlane LOAËC (avec AFP)

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