Ukraine : la spectaculaire contre-offensive des forces de Kiev

Guerre en Ukraine : dans quels cas Poutine pourrait-il presser le bouton nucléaire ?

Publié le 27 octobre 2022 à 15h43
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, le maître du Kremlin agite le chiffon rouge du nucléaire.
Si la perspective d’une telle frappe demeure peu probable à ce stade, elle est néanmoins prise très au sérieux par Kiev et ses alliés.
Ce qui permet de s'interroger : dans quels cas la Russie prévoit-elle d'utiliser l'arme atomique ?

Le président russe, Vladimir Poutine, a plusieurs fois exprimé, et de manière à peine voilée, sa volonté de recourir à des armes nucléaires tactiques. Dès les premiers jours de l'invasion russe en Ukraine, le maître du Kremlin a demandé que les "forces nucléaires" soient mises "en régime spécial d’alerte au combat". "Nous utiliserons tous les moyens à notre disposition pour défendre la Russie. Ce n’est pas du bluff", a-t-il encore lancé, le 21 septembre dernier, alors que les forces russes perdaient du terrain sur le front ukrainien. 

Et si la perspective d’une frappe nucléaire demeure peu probable à ce stade, elle est néanmoins prise très au sérieux par Kiev et ses alliés. Pour autant, si Moscou devait recourir à l'arme atomique, il devrait s'agir d'une arme nucléaire tactique, plus faible que celles dites "stratégiques", selon les experts. Mais comme l'a rappelé début octobre le président américain, Joe Biden, il serait difficile d'utiliser une arme nucléaire "sans finir par provoquer l'apocalypse". 

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Le 6 mai dernier, lors d’une conférence, un porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Alexeï Zaïtsev, rappelait que "les scénarios d'utilisation possible d'armes nucléaires sont clairement fixés dans les documents doctrinaux russes". "Ils ne sont pas applicables à la mise en œuvre des missions de l’opération militaire spéciale en Ukraine", affirmait-il, dans des propos rapportés par l'agence de presse Reuters. En d’autres termes, la Russie n'a pas l'intention d'utiliser des armes nucléaires, en tout cas pas tant qu'elle mène une "opération militaire spéciale". En effet, en vertu du droit international, la Russie serait théoriquement contrainte de déclarer officiellement la guerre à l’Ukraine avant d'envisager l'usage du feu nucléaire.

L'escalade pour la désescalade

En juin 2020, sur fond de tensions avec la communauté euro-atlantique, la Russie avait détaillé les contours de sa "doctrine nucléaire" dans un document alors rendu public pour la première fois. Le texte stipule que "la posture de dissuasion nucléaire russe ainsi que l’emploi d’armes nucléaires par Moscou s’inscrivent dans une approche exclusivement défensive". Toutefois, comme le note l’Observatoire franco-russe dans une note de synthèse, celui-ci "esquisse néanmoins un élargissement des conditions pouvant provoquer l’usage du feu nucléaire par la Russie et un glissement vers l’emploi en premier".

Selon ce document, la Russie considère le recours à l’arme atomique comme ultime, et s’engage à tout faire pour "empêcher une crise dans les relations internationales, susceptible de déboucher sur un conflit armé, y compris nucléaire". Elle précise cependant que "des frappes nucléaires limitées et sélectives" pourraient se justifier dans le cadre d’un conflit conventionnel local ou régional, "afin d’empêcher celui-ci de dégénérer vers une conflagration globale, et y mettre ainsi fin dans des conditions avantageuses pour la Russie et/ou ses alliés".

Autre élément intéressant, le document détaille les quatre scénarios pouvant conduire le président russe à utiliser le feu nucléaire : une information fiable d'un tir de missiles balistiques ; l’emploi par un adversaire d’armes nucléaires ou d’arme de destruction massive ; une action ennemie contre des infrastructures critiques (militaires ou civiles) de nature à remettre en question la capacité de seconde frappe russe ; et enfin, une agression conduite contre la Russie avec des armes conventionnelles de nature à remettre en question l’existence même de l’État. 

Comme le souligne Igor Delanoë, le directeur adjoint de l'Observatoire franco-russe, "sur ces quatre contextes, trois font référence à des actions hostiles menées contre la Russie (et/ou contre ses alliés) qui n’impliquent pas nécessairement l’emploi d’armes nucléaires. Autrement dit, la Russie se réserve la possibilité d’un emploi en premier du feu atomique"

Concernant les capacités militaires de Moscou, dans un récent rapport, des chercheurs américains avancent que l'arsenal nucléaire de la Russie comprendrait un stock d'environ 4477 ogives. Parmi celles-ci, 1588 ogives stratégiques seraient déployées sur des missiles balistiques et sur des bases de bombardiers lourds.


Matthieu DELACHARLERY

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