L'Assemblée nationale a reconnu, mardi 28 mars, comme un "génocide" l'Holodomor ukrainien.
Cette famine a été ordonnée par le régime soviétique de Joseph Staline, à l'origine, au début des années 1930, de plusieurs millions de morts.
Un vote salué par le président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

C'est l'une des pages sombres de l'Ukraine. L'Holodomor, ou "l'extermination par la faim", orchestrée entre 1932 et 1933 par le dictateur soviétique Joseph Staline pour réprimer toute velléité indépendantiste, a entraîné la mort d'au moins 4 millions d'Ukrainiens. Un douloureux souvenir, qualifié de "génocide" par Kiev, qui a été ravivé par l'invasion russe du pays. Après le Bundestag allemand et le Parlement européen fin 2022, l'Assemblée nationale a adopté, mardi 28 mars, une résolution pour reconnaître comme "génocide" cette grande famine provoquée volontairement par le régime stalinien.

Par 168 voix contre 2, les députés ont approuvé le texte, co-signé par des sept des dix groupes de l'Assemblée, à l'exception de LFI, du PCF et du RN, "portant sur la reconnaissance et la condamnation de la grande famine de 1932-1933, connue sous le nom d'Holodomor, comme génocide". L'Holodomor, "c'est l'histoire d'une barbarie organisée" et "l'utilisation de la famine comme une arme politique", a plaidé la première signataire, Anne Genetet. La députée Renaissance de la circonscription Asie-Pacifique a ponctué son intervention d'un "Vive l'Ukraine libre", en présence de l'ambassadeur d'Ukraine en France.

Une "décision historique" saluée par Zelensky

"La France vient de reconnaître #Holodomor comme génocide du peuple. Reconnaissance envers les députés de l'Assemblée nationale pour cette décision historique", a réagi le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, dans un tweet publié en français, peu après le vote. "Le régime totalitaire du Kremlin, passé ou présent, n'a pas pu détruire et ne détruira jamais la vérité et la justice !" La Russie, elle, refuse catégoriquement cette classification, invoquant le fait que la grande famine des années 1930 n'avait pas seulement fait des victimes ukrainiennes, mais aussi russes, kazakhes, et parmi d'autres peuples.

Le texte adopté par l'Assemblée "reconnaît officiellement le caractère génocidaire de la famine forcée et planifiée par les autorités soviétiques à l'encontre de la population ukrainienne en 1932 et 1933". Il "condamne" ces actes et "affirme son soutien au peuple ukrainien dans son aspiration à faire reconnaître les crimes de masse commis à son encontre par le régime soviétique"

Le groupe des Insoumis n'a pas pris part au vote, estimant qu'il y avait des doutes sur le caractère génocidaire de ces événements au regard du droit international. "Nul ne peut nier la réalité du crime" mais "s'agissait-il d'exterminer le peuple ukrainien en tant que tel ?", a demandé le député LFI Bastien Lachaud. Les communistes sont les seuls à avoir voté contre, considérant que les parlementaires n'étaient pas légitimes pour se substituer aux historiens et aux juges. "Nous refusons de contribuer à la politisation des enjeux de mémoire et d'histoire", a expliqué le député PCF Jean-Paul Lecoq.

L'Assemblée invite l'exécutif à acter lui aussi cette qualification et lui demande d'"encourager sur la scène internationale un libre accès aux archives relatives à l'Holodomor, plus particulièrement en Fédération de Russie" pour documenter les faits. Le ministre délégué au Commerce extérieur, Olivier Becht, a souligné face à la représentation nationale la "résonance évidente avec l'actualité" de leur résolution. Il l'a soutenue même s'il "n'est pas dans les habitudes du gouvernement de reconnaître comme génocide des faits qui n'ont pas été préalablement qualifiés comme tels par une juridiction".


Y.R. avec AFP

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