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Que sait-on de ces vidéos de soldats ukrainiens qui dénoncent la formation militaire proposée par la France ?

Publié le 10 juillet 2023 à 12h49

Source : TF1 Info

Des vidéos diffusées par Moscou présenteraient le témoignage de soldats ukrainiens prisonniers de guerre.
Face caméra, cinq d'entre eux dénonceraient la formation militaire proposée par la France.
Des accusations démenties par l'Armée française auprès de TF1info.

La Russie s'est enlisée dans un conflit qui dure depuis plus d'un an. Malgré la difficulté du terrain, le réseau de propagande pro-Kremlin ne cesse de discréditer l'armée de Kiev. Dernier exemple en date, une série de vidéos diffusées depuis le 26 juin directement sur le compte Telegram du ministère de la Défense russe. Supposées montrer des soldats ukrainiens faits prisonniers, elles sont présentées comme la preuve de la faiblesse des forces ennemies. Parmi les témoins, cinq d'entre eux accusent la France de leur avoir fourni une formation "qui n'est que tromperie et frime". 

Un récit similaire dans cinq vidéos

"Après un mois d'entraînement avec des instructeurs français, les militaires ukrainiens sont incapables de poser un garrot ou d'administrer les premiers soins aux blessés, sans parler des techniques d'assaut", écrit le ministère de la Défense. La publication en anglais est accompagnée d'une série de vidéos sous-titrées présentées comme les preuves de ce "pseudo-entraînement". Dans chacune d'entre elles, les "prisonniers de guerre" répètent les mêmes critiques.

Dans cette vidéo diffusée le 28 juin 2023 par le ministère de la Défense russe, un soldat dénonce la formation militaire reçue par la France
Dans cette vidéo diffusée le 28 juin 2023 par le ministère de la Défense russe, un soldat dénonce la formation militaire reçue par la France - Capture d'écran / Telegram

Dans la première d'entre elles par exemple, un certain Nikolay Pavlyashik assure n'avoir reçu "que des cours théoriques" au cours de son mois de formation en France. "Nous n'avons presque pas eu de cours pratique", se plaint-il. Idem pour le deuxième soldat, dont l'identité n'est pas précisée. Il ajoute n'avoir tiré "que deux, trois fois" et avoir reçu "une formation en médecine en regardant une vidéo de quinze minutes". Tous indiquent également avoir participé à des "cours avec des psychologues". "Ils nous disaient qu'il fallait haïr la Russie", dit l'un, "ils répétaient que la Russie était un mauvais pays, qui méprisait l'humanité et les gens", affirme l'autre. Le dernier, présenté comme Vitaliy Seryi, déclare même que ces "psychologues" lui ont demandé "de tuer le plus de Russes possible". 

À la suite de cet entraînement, les soldats regrettent d'avoir été envoyés se battre "comme de la chair à canon". "Une fois sur le front, j'ai réalisé que nous n'étions pas prêts du tout, que je n'étais absolument pas un soldat". Au contraire, ils garantissent tous s'être retrouvés devant une armée de Moscou "totalement préparée". "Entre les troupes russes et les troupes ukrainiennes, c'est le jour et la nuit", lâche l'un d'eux. 

Alors, qu'en est-il réellement ? Concernant l'identité des cinq hommes, il est impossible de confirmer à ce jour qu'il s'agit bien de soldats ukrainiens désormais aux mains des Russes. Ni que les vidéos sont récentes. Si certains sont nommés et d'autres donnent leur localisation, il est rare d'avoir les deux informations dans la même vidéo. Par exemple, Vitaliy Seryi dit faire partie de l'unité logistique de la 63ᵉ brigade. Or, la position de celle-ci est référencée par les membres du projet Ukraine Control Map, qui met à jour régulièrement les localisations des différentes unités à partir de données ouvertes. Il serait donc possible de vérifier les derniers lieux de combats. Sauf que face caméra, le militaire indique ne plus se souvenir du lieu où il s'est rendu aux Russes. À l'heure actuelle, Kiev n'a en tout cas pas indiqué si ces hommes faisaient partie de ses troupes ou non.

Une campagne de désinformation peu subtile

Quid du fond des accusations ? Auprès de TF1info, l'Armée française dément les informations contenues dans les vidéos. "Ces formations pratiques répondent à des besoins clairement exprimés par les forces armées ukrainiennes, comme les formations de spécialistes qui sont liées aux équipements que nous livrons, ou comme les formations collectives au combat interarmes", nous précise-t-on. De fait, si le ministère a toujours refusé de communiquer précisément le détail des formations reçues par les soldats de Kiev, on en connait les grandes lignes. Fin juin, on apprenait ainsi que plus de 2000 Ukrainiens avaient été entraînés par des militaires français depuis le début de l'invasion, dont 600 en Pologne dans le cadre de la mission d'assistance à l'Ukraine de l'Union européenne. Les formations se sont notamment faites sur les équipements français livrés, dont des blindés, comme en attestent des vidéos diffusées par les Ukrainiens sur les réseaux sociaux. L'Armée française réaffirme par ailleurs l'importance de la pratique lors de ces formations décrites comme "complètes et concrètes", qui ont "notamment lieu dans des camps de manœuvre pour pratiquer sur le terrain". 

DÉCRYPTAGE - Dispensées en accéléré, les formations des Ukrainiens s'achèvent déjàSource : TF1 Info

Cette série de vidéos s'appuie donc sur des propos fallacieux pour discréditer les soldats ukrainiens et leur entraînement, et s'inscrit plus largement dans une vaste opération de critique à l'égard de l'aide occidentale. En deux semaines, le ministère de la Défense russe a publié sur le même canal une vingtaine de clips. Tous contiennent les mêmes critiques à l'égard de formations reçues en Allemagne, en Pologne, en Espagne ou encore en Lettonie. À chaque fois, le récit se répète : on y apprend que l'ennemi n'a reçu aucune pratique, qu'il s'est vu dispenser des cours de psychologie pour apprendre la haine des Russes, et la vidéo s'achève par une description élogieuse de l'armée de Poutine. Une opération de propagande aux ficelles si grosses qu'elle apparaît très peu crédible. Ce qui explique peut-être son absence de retentissement en France. 

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Felicia SIDERIS

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