Joe Biden a ouvert la voie à la livraison d’avions américains de combat de type F-16 par les pays volontaires.
Une décision "historique" saluée par Kiev et qui pose plusieurs questions, comme celle de la formation des pilotes.

C’est un travail de persuasion de plusieurs mois qui a fini par payer. Après avoir opposé un refus catégorique en janvier, le président américain Joe Biden a fini par autoriser le 19 mai d'autres pays à fournir à l'Ukraine des avions de combat F-16. Une décision "historique", saluée par Volodymyr Zelensky. La livraison de ces avions de combat, utilisés par 25 pays dans le monde, était jusqu’ici bloquée par Washington. 

Et étant de fabrication américaine, par le constructeur Lockheed Martin, ces engins ne pouvaient être envoyés qu'avec l’aval de la Maison Blanche. Surtout conçus pour combattre, les F-16 peuvent aussi être utilisés comme bombardiers tactiques ou avions d’attaque au sol, mais aussi pour défendre l'espace aérien avec une agilité remarquable.

Qui compte envoyer des F-16 ?

Maintenant que Joe Biden a infléchi sa position, il appartient aux pays possédant des F-16 de décider de leur envoi en Ukraine. Sans annoncer en livrer, le Danemark a annoncé qu’il contribuerait à former des pilotes ukrainiens sur le F-16. Sans être aussi explicite, le Premier ministre britannique a indiqué que "le Royaume-Uni travaillera avec les États-Unis, les Pays-Bas, la Belgique et le Danemark pour apporter à l'Ukraine la capacité aérienne de combat dont elle a besoin". 

En effet, les Pays-Bas et la Belgique disposent également du modèle américain. En février, les Pays-Bas s’étaient dit prêts à en livrer à Kiev mais Bruxelles considère désormais que ses avions ne peuvent plus être donnés. "Nos F-16 ont atteint petit à petit la fin de leur cycle de vie. Impossible d'en faire don. On a aussi besoin pour nos missions nationales et dans le cadre de nos obligations internationales", a fait valoir la ministre de la Défense belge, selon L'ÉchoLe modèle américain équipe plusieurs autres armées européennes, dont celle de la Pologne, de la Grèce ou encore de la Norvège.

Quand pourront-ils voler ?

Toute la question est maintenant le délai de mise en œuvre des F-16 sur le territoire ukrainien. Cité par le Guardian, le groupe de réflexion britannique International Institute for Strategic Studies, précise qu’"un avion doit être livré avec un ensemble d'armes, une équipe au sol et un soutien" et donc avec un personnel formé. Et cette formation pourrait justement prendre un temps considérable. Ce qu'il faut "garder à l'esprit" avec les avions de combat est qu'il s'agit "d'équipements incroyablement sophistiqués qui nécessitent des mois si ce n'est des années d'entraînement", prévenait par exemple Rishi Sunak, en février. 

Auprès de TF1info il y a quelques semaines, un ancien général de l’armée de l’air transposait cela à d’autres avions de combat, que possède la France : "Mise bout à bout, la formation complète d’un pilote de chasse, c’est cinq ans pour voler sur un Rafale ou un Mirage 2000. Si vous prenez un pilote ukrainien qui a déjà volé sur un avion russe MiG-29, cela prendrait au minimum un an, en allant très vite".

Du côté de Washington, on anticipait au départ une formation moyenne de 18 mois, mais les pilotes ukrainiens, déjà formés par l’armée américaine, dépasseraient toutes les attentes. Selon un document interne de l’armée de l’air, récupéré par Yahoo News, les pilotes s’essayant actuellement au simulateur de vol seraient capables de maitriser le contrôle d’un F-16 en seulement quatre mois. Cette fois, la formation devrait se faire sur le continent européen et ses modalités doivent maintenant être discutées, et notamment au sommet du G7

Cela peut-il changer la donne ?

Voilà des mois que Volodymyr Zelensky comptait sur ces F-16 pour remplacer ses avions soviétiques, quasi obsolètes dans la guerre menée contre la Russie. Mais peuvent-ils changer la donne sur le terrain ? Une question étroitement liée au nombre d’avions qui seront réellement livrés, tandis que Kiev en demande 200. Une chose est sûre, ils ne seront pas en état de voler pour la contre-offensive, désormais imminente Mais "ces avions vont sauver des vies", a considéré le chef du conseil national de défense ukrainien sur LCI, peu après l’annonce de Washington. 

Avant cela, un conseiller du ministre de la Défense ukrainien s'était montré très optimiste sur les chances du F-16 d’être un véritable avantage sur le terrain. "Si nous les obtenons, les avantages sur le champ de bataille seront tout simplement immenses. ... Il n'y a pas que des F-16 : des avions de quatrième génération, c'est ce que nous voulons", soulignait Yuriy Sak à Reuters. Aussi efficaces pour défendre l’espace aérien, les F-16 pourraient aussi se montrer utiles contre les bombardements réguliers par l'armée russe du ciel ukrainien, selon des responsables du Pentagone. En effet, ces avions transportent des missiles air-air, capables d’abattre des missiles et des drones entrants. 

Mais face à la modernité du système de défense aérien russe, des voix se montrent plus pessimistes. Comme cet ancien pilote américain de F-16, qui a jugé auprès de Business Insider que les F-16 ne pourraient pas rivaliser avec la technologie russe et qu’ils "n'ont rien à faire sur un champ de bataille moderne". 


Caroline QUEVRAIN

Sur le
même thème

Tout
TF1 Info