En difficulté en Ukraine, Poutine choisit l'escalade

Tchernobyl aux mains des Russes : un risque nucléaire ?

M.G
Publié le 25 février 2022 à 18h35, mis à jour le 25 février 2022 à 22h45
JT Perso

Source : TF1 Info

Quelques heures après le lancement de son offensive sur l'Ukraine, l'armée russe a pris le contrôle de la centrale de Tchernobyl.
Les autorités de Kiev s'inquiètent pour ce site particulièrement sensible, de même que des experts.

Le risque d'une situation encore plus catastrophique ? Placée sur la route de  Kiev, la centrale nucléaire de Tchernobyl a fait l'objet d'âpres combats entre l'armée russes et les forces ukrainiennes jeudi, en fin d'après-midi. Des tirs ont été échangés aux abords du dépôt de déchets nucléaires. "Les forces d'occupation russes tentent de prendre la centrale de Tchernobyl. Nos défenseurs sacrifient leur vie pour que la tragédie de 1986 ne se répète pas", a alors déclaré le président ukrainien Volodymyr Zelensky. "Si le dépôt était détruit par des frappes d'artilleries de l'adversaire, la poussière radioactive recouvrirait l'Ukraine, la Biélorussie et les pays de l'UE", a-t-il encore alerté. Pour rappel, si la centrale est, depuis de longues années, à l'arrêt, 2500 tonnes de combustible hautement radioactif sont encore stockées sur place.

Un accord entre les deux camps après l'affrontement ?

Malgré la résistance ukrainienne, le site du pire accident nucléaire de l'histoire est rapidement tombé aux mains des Russes. "Après des combats acharnés, nous avons perdu le contrôle de Tchernobyl", a lâché dans la soirée Mikhaïlo Podoliak, un conseiller de la présidence. "L'état des installations" de la centrale, de la chape étanche isolant son réacteur accidenté et d'un dépôt pour le combustible nucléaire "est inconnu" et "il est impossible de dire si la centrale est en sécurité", ont également indiqué les autorités de Kiev. Selon elles, il s'agit-là d'"une des menaces les plus graves pour l'Europe", la Russie pouvant organiser des "provocations" sur ce site afin d'en rejeter la responsabilité sur le pays envahi. 

Pour l'heure, un accord aurait été trouvé "avec un bataillon de la force de sécurité de l'énergie atomique d'Ukraine en vue d'une sécurisation en commun des blocs énergétiques et du sarcophage de la centrale nucléaire de Tchernobyl", a rassuré Igor Konachenkov, porte-parole du ministère russe de la Défense. "Les radiations dans la zone de la centrale nucléaire sont conformes à la norme", a-t-il également affirmé soulignant que "le personnel de la centrale (...) surveille la situation avec la radioactivité". La présidence américaine a livré une toute autre version et pense, au contraire, que les Russes retiennent en otage le personnel de la centrale, seul à même d’intervenir en cas d’accident nucléaire. "Cette prise d’otages illégale et dangereuse pourrait bouleverser les efforts entrepris pour protéger les déchets nucléaires. Nous la condamnons et demandons leur libération", a réclamé Jan Psalki, porte-parole de la Maison-Blanche. 

Des niveaux de radioactivité anormalement élevés

Ce vendredi matin, les niveaux de radioactivité - contrôlés quotidiennement pour des raisons évidentes - étaient entre 10 et 20 fois supérieurs à la normale. "Les niveaux de radioactivité rapportés sont faibles. [...] Ils ne présentent donc aucun danger pour le public", a toutefois tempéré l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Selon l'instance, la hausse constatée "a pu être causée par les mouvements des véhicules militaires remuant le sol encore contaminé par l'accident de 1986". Une augmentation temporaire sans danger selon Yves Marignac. "Il n’y a pas, pour l’instant, de risque de dispersion au-delà de quelques kilomètres. Ce risque viendrait si les installations nucléaires, elles-mêmes, étaient touchées", met en avant, au micro de TF1, l'expert des questions nucléaires à l’association Négawatt.  

D’une importance vitale que les opérations dans la zone ne soient pas affectées ou perturbées

Agence internationale de l'énergie atomique

Cet accrochage risqué a, en tout cas, suscité d'importantes inquiétudes au sein de la communauté internationale, qui craint un nouvel accident d'envergure planétaire. Dans un précédent communiqué jeudi, l'AIEA avait dit suivre "la situation avec grande inquiétude". "Il est d’une importance vitale que les opérations dans la zone ne soient pas affectées ou perturbées d’aucune manière", avait rappelé l'organisation, appelant à un "maximum de retenue pour éviter toute action qui mettrait les sites nucléaires du pays en danger"

L'une des principales appréhensions est qu'un tir d'armes lourdes touche les piscines ou les entrepôts abritant les combustibles radioactifs. Dès lors, une explosion pourrait entraîner la dispersion de particules toxiques. Resterait alors la question de l'intensité de leur dispersion dans l'air, savoir si elle se limiterait à l'échelle locale ou irait au-delà, touchant potentiellement plusieurs pays voisins. Ce facteur dépendrait, en partie, des conditions météorologiques et de la force d'un potentiel impact. À noter que le moindre petit accident pourrait avoir des conséquences dramatiques : une montée rapide de la radioactivité sur le site de Tchernobyl pourrait le rendre difficilement accessible au personnel d'entretien. Celui-ci est essentiel pour garantir la sécurité de la structure. 

15 réacteurs en activité sur le territoire

À Tchernobyl est survenu le pire accident nucléaire de l'Histoire, le 26 avril 1986. Ce jour-là, un réacteur de la centrale, située à une centaine de kilomètres de Kiev, a explosé. Dans les semaines qui ont suivi la catastrophe, jusqu'aux trois quarts de l'Europe, surtout l'Ukraine, la Russie et la Biélorussie, ont été contaminés par un nuage radioactif. Si le bilan humain reste encore incertain, du fait des nombreuses séquelles pas forcément comptabilisées, près de 350.000 personnes ont dû être évacuées d'un périmètre de 30 kilomètres autour de la centrale. 

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Au-delà de ce lieu lourd d'histoire et de symboles, ce sont les 15 autres réacteurs ukrainiens, encore en activité, qui posent problème. Répartis sur quatre sites distincts, ils assurent près de la moitié de la production énergétique dans le pays. Datant de la fin de l'ère soviétique (années 1980 notamment), ces infrastructures sont particulièrement vulnérables et sensibles aux dysfonctionnements. 


M.G

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