VIDÉO - Attaques en mer Rouge : le jeu trouble de l'Iran

par JC | Reportage : Liseron Boudoul
Publié le 23 décembre 2023 à 18h39, mis à jour le 25 décembre 2023 à 9h30

Source : JT 20h WE

Selon la Maison-Blanche, l'Iran serait "très impliqué dans la planification" des attaques récentes des rebelles Houthis du Yémen contre des navires commerciaux.
Pour Washington, Téhéran "délègue les décisions opérationnelles aux Houthis".
D'après le "Wall Street Journal", les rebelles utilisent des renseignements fournis en temps réel par un navire espion lié au régime iranien.

Washington hausse le ton contre Téhéran. Selon la Maison-Blanche, l'Iran a été "très impliqué dans la planification" des attaques récentes des rebelles Houthis du Yémen contre des navires commerciaux en mer Rouge. Le reportage de TF1 en tête de cet article rassemble les indices qui pointent en direction de Téhéran.

Les États-Unis, qui ont monté une coalition militaire pour défendre le trafic maritime dans la zone, mènent des "consultations intensives avec (leurs) alliés et partenaires" sur la manière de répondre à ces attaques, a précisé vendredi 22 décembre Adrienne Watson, porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison-Blanche. "Le soutien iranien aux Houthis est solide et se traduit en livraisons d'équipements militaires sophistiqués, en transmission de renseignements, en aide financière et en formation", a indiqué cette porte-parole dans un communiqué. 

L'Iran admet son soutien politique aux Houthis, en guerre depuis 2014 contre le gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale, et qui contrôlent une grande partie du Yémen. Mais Téhéran dément fournir du matériel militaire à ces rebelles, qui ne sont pas reconnus par la communauté internationale.

Adrienne Watson a précisé que Téhéran "déléguait les décisions opérationnelles aux Houthis". Sans aide de l'Iran, les rebelles yéménites "auraient du mal à repérer et frapper" les bateaux circulant en mer Rouge, selon elle.

Les informations "déterminantes" de Téhéran

Le Conseil de sécurité nationale diffuse quelques exemples à l'appui de ces accusations. Le renseignement américain a par exemple relevé "des caractéristiques quasiment identiques" entre les drones iraniens de modèle KAS-04 (ou Samad-3) et ceux utilisés par les Houthis cet automne.

Washington a par ailleurs révélé que, le 27 novembre, les rebelles yéménites ont lancé des missiles balistiques de conception iranienne, qui sont tombés à proximité d'un navire de guerre américain.

"Nous savons que les renseignements qu'utilisent les Houthis dans l'espace maritime reposent sur des systèmes de surveillance fournis par les Iraniens", a également déclaré Adrienne Watson. Selon elle, les informations fournies par Téhéran ont joué un rôle "déterminant" dans le repérage de navires commerciaux par les Houthis.

Un navire espion lié à l'Iran

D'après le Wall Street Journal, qui a interrogé des responsables de la sécurité occidentaux et régionaux, les Houthis utilisent des renseignements fournis en temps réel par un navire espion lié au régime iranien, en mer Rouge. Ces renseignements permettent aux rebelles de cibler les navires dont les transpondeurs ont été désactivés. 

"Les Houthis ne disposent pas de la technologie radar nécessaire pour cibler les navires", a expliqué au quotidien américain un responsable occidental de la sécurité sous couvert d'anonymat. "Ils ont besoin de l'aide de l'Iran. Sans Téhéran, les missiles tomberaient à l'eau", a-t-il ajouté. 

Les responsables occidentaux affirment que le navire de collecte de renseignements a remplacé un navire espion iranien. Celui-ci avait été frappé lors d'une attaque survenue en 2021 qui aurait été menée par Israël.

Quel niveau d'entente entre les Houthis et Téhéran ?

Selon le Pentagone, les Houthis ont lancé plus de 100 attaques, ciblant 10 navires marchands liés à plus de 35 pays. En novembre dernier, ils se sont emparés du Galaxy Leader, prenant en otage ses 25 membres d'équipage. Le navire et son équipage se trouvent toujours au Yémen.

Cette vague d'attaques, menées avec des drones et des missiles contre des navires que les Houthis estiment être "liés à Israël", menace de perturber le commerce mondial. Les principales compagnies de transport maritime ont en effet renoncé pour l'instant à emprunter le détroit stratégique de Bab el-Mandeb, qui sépare Djibouti et l'Erythrée du Yémen et par lequel transite 40% du commerce mondial. Les Houthis répètent qu'ils continueront ces attaques tant que la nourriture et les médicaments ne rentreront pas en quantité suffisante dans la bande de Gaza.

Si des liens existent entre l’Iran et les Houthis, les Américains et leurs alliés s'interrogent cependant sur le degré d'entente opérationnelle entre les deux, sans arriver à déterminer dans quelle mesure cette organisation agit ou non pour le compte de Téhéran. "De tous les groupes proches de l'Iran dans la région, ce sont les Houthis qui ont le lien le plus faible avec Téhéran. Et il est difficile de voir en quoi leurs attaques servent leurs intérêts ou ceux de l'Iran", a récemment noté auprès de l’AFP un diplomate d'un pays allié des États-Unis. 

Jusqu'ici, le président américain Joe Biden, qui veut éviter une propagation régionale du conflit entre Israël et le Hamas, a opté pour la dissuasion, en particulier à travers l'envoi de navires de guerre au Moyen-Orient. Mais selon plusieurs médias américains, il réfléchirait désormais à déclencher des frappes directes contre les Houthis.


JC | Reportage : Liseron Boudoul

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