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Le Qatar menace-t-il de stopper ses exportations de gaz en soutien aux Palestiniens ?

Publié le 18 octobre 2023 à 18h15

Source : TF1 Info

D’après une vidéo virale, l’émir du Qatar menace de cesser ses exportations mondiales de gaz si les bombardements à Gaza se poursuivent.
Une vidéo qui remonte en réalité à plus de six ans et où aucune menace n’est proférée de la part du troisième exportateur mondial de gaz naturel.

Les affrontements continuent entre Israël et le Hamas et chaque pays allié ou voisin est prié de prendre position. Au vu de la relation qu’il entretient avec les deux parties, le Qatar pourrait être un négociateur de poids dans le conflit, et notamment sur la question des otages. Mais au lieu de jouer les médiateurs, l’émirat aurait tout simplement menacé de couper le gaz, qu’il exporte à travers le monde, si les bombardements continuaient dans la bande de Gaza. 

L'ouverture du 17ᵉ Forum de Doha

Cette menace ne serait pas à prendre à la légère lorsque l’on sait que les gisements de gaz naturel du Qatar fait de lui le troisième exportateur mondial en la matière. Sur TikTok, la rumeur est virale depuis quelques jours. Et pour l’accréditer, une vidéo pouvant cumuler les 1,5 million de vues, 2 millions, ou même bientôt les 4 millions. D’après l’extrait de 7 secondes, l’émir du Qatar, Tamim ben Hamad Al Thani, évoquerait donc la situation en Palestine et poserait ses conditions.

Mais les descriptions attribuées à la vidéo ne correspondent en rien aux paroles entendues. En effet, l’émir aborde bien le sujet de cet État en mal de reconnaissance, mais indique seulement que "la question de la Palestine a commencé comme la question d’un peuple déraciné de sa terre et déplacé de sa patrie". Il ne fait aucune référence au gaz dans cette vidéo, qui remonte d’ailleurs à plus de six ans.

Des vidéos à propos d'une coupure du gaz par le Qatar atteignent les 3 millions de vues sur TikTok
Des vidéos à propos d'une coupure du gaz par le Qatar atteignent les 3 millions de vues sur TikTok - TikTok

Ressorties depuis le 9 octobre et la reprise du conflit en Israël, ces images datent de mai 2017 et ont été diffusées par la chaine Al Jazeera, financée par le gouvernement qatari. Dans un discours ouvrant le 17ᵉ Forum de Doha, l’émir Tamim ben Hamad Al Thani évoque la crise des réfugiés, "le résultat de conflits régionaux, de guerres civiles et d'opérations de déplacement fondées sur des origines raciales, ethniques, sectaires ou autres, dont certaines remontent à des décennies, comme le déplacement de réfugiés palestiniens en 1948 dans la Nakba palestinienne" (l’exode palestinien, ndlr). Puis il ajoute qu’il est juste "de dire que la question palestinienne a commencé comme la question d'un peuple déraciné de ses terres et déplacé de sa patrie, y compris ce qui est relativement récent, comme le cas des immigrants irakiens fuyant le siège et la guerre". 

"Le Qatar ne politise pas ses investissements économiques"

L’émirat du Golfe a même démenti la rumeur auprès de l’Associated Press en ces termes : "Il s'agit d'un autre cas de désinformation en ligne contre le Qatar – une telle déclaration n'a jamais été faite et ne le sera jamais. Le Qatar ne politise pas ses approvisionnements en GNL ni aucun investissement économique". S’il soutient la création d’un État palestinien, et entretient même des liens avec des dirigeants du Hamas, Doha n’a pas pris position et menacé de couper le robinet mondial du gaz pour que Gaza soit épargnée par l’armée israélienne. Bien au contraire. Ces derniers jours, le Qatar a signé des partenariats majeurs avec TotalEnergies et Shell, devant permettre de fournir 3,5 millions de tonnes de gaz naturel par an à l’une et à l’autre, et ce pendant vingt-sept ans.

En plein boycott des énergies russes, les regards se sont tournés vers le Qatar, qui a fait de son gaz naturel une vraie source d’influence. C’est ainsi que l’émirat a livré à l’UE 16 % de ses approvisionnements en gaz naturel liquéfié au cours des dix premiers mois de 2022. Au premier trimestre 2023, il représente selon la Commission européenne 12% de ses importations de GNL, derrière les États-Unis (41%) et toujours la Russie (19%). 

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Caroline QUEVRAIN

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