Depuis le 7 octobre, 102 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie, selon le ministère de la Santé palestinien.
Un membre des forces de sécurité israélien a été tué, selon Tsahal.
Une situation qui reflète l'aggravation de la situation dans la région, où les armes circulent de plus en plus.

La Cisjordanie, prochain front du conflit entre le Hamas et Israël ? Depuis l'attaque du 7 octobre, les incidents se multiplient dans les territoires occupés par l'État hébreu depuis 1967. À cause de la proximité entre les Palestiniens et les colons, mais aussi en raison de la recrudescence du nombre d'armes dans la région. 

Depuis le 7 octobre, date des attaques du Hamas sur Israël, 102 Palestiniens ont été tués dans la Cisjordanie occupée, selon le ministère de la Santé palestinien. C'est notamment le cas à Nour Shams, un camp de réfugiés dans le nord, où l'armée a utilisé un drone qui a "tué un certain nombre de terroristes", selon Tsahal. Ailleurs, un adolescent de 17 ans a été tué par balles dans le camp de Dheisheh, près de Bethléem, et un homme de 32 ans a été tué à Budrus, à l'ouest de Ramallah.

"Cela jette de l'huile sur le feu"

À Budrus, l'armée israélienne a dit que des "cocktails Molotov et d'autres objets" avaient été lancés en direction de ses soldats et que des pneus et des poubelles avaient été incendiés, poussant les troupes à ouvrir le feu. Depuis le début de la guerre, les forces israéliennes ont mené des centaines d'arrestations à travers la Cisjordanie, notamment de membres présumés du Hamas. Un membre des forces de sécurité israéliennes a aussi été tué lors de l'une des opérations des forces de sécurité israéliennes, selon l'armée israélienne. 

Ces drames en marge des attaques du Hamas ont poussé Joe Biden à réagir. "Cela jette de l'huile sur le feu. Ils attaquent les Palestiniens dans des endroits qui leur reviennent de droit (...) et cela doit cesser maintenant", a martelé mercredi soir le président américain.

Si la Cisjordanie devient le théâtre d'attaques, c'est notamment car les armes y circulent de plus en plus facilement. Une contrebande massive s'organise en effet depuis plusieurs mois. En partie depuis l'Iran : selon Michael Horowitz, un analyste pour la société de conseil en géopolitique Le Beck cité par le Wall Street Journal, "le flux d'armes a vraiment augmenté, notamment au cours de l'année écoulée. Cela est dû au fait que l'Iran s'est beaucoup plus concentré sur la Cisjordanie et a tenté d'armer certains groupes là-bas, en particulier le Jihad islamique." 

Si on ne sait pas combien d'armes sont introduites, une augmentation significative a été repérée : entre 600 et 1000 armes saisies en 2021 et 2022. Soit deux fois plus qu'en 2020. Autre chiffre évocateur : entre mars 2021 et mars 2023, 35 tentatives de contrebande ont été déjouées par les services palestiniens. En juillet dernier, à Jénine, environ 1000 armes et une centaine d'engins explosifs ont aussi été saisis. Mines anti-personnel, fusils d'assaut ou TNT… toutes ces armes transitent par la voie terrestre. En provenance d'Iran, elles passent par l'Irak (Bassora puis Bagdad), avant d'aller en Syrie puis en Jordanie. Amman a d'ailleurs des difficultés à endiguer ces flux, car la frontière avec la Syrie est peu gardée et celle avec Israël parfois poreuse. 

Outre la voie terrestre, la voie aérienne est elle aussi privilégiée. Ce fut le cas lors du tremblement de terre, en Syrie et Turquie, en février dernier. Pour superviser les livraisons d'aide, des forces iraniennes sont venues sur place. Et en ont profité, selon le service de sécurité européen, pour transporter des armes. 

Coté israélien aussi, l'heure est à l'armement. Notamment dans les colonies, au nord de la Cisjordanie. L'organisation humanitaire "La paix maintenant" l'a d'ailleurs relevé : "Il semble qu'au sein du Conseil régional de Samarie, il est admis que l'armée israélienne ne peut assurer efficacement la sécurité à la fois des frontières du pays et des implantations situées au plus profond des territoires palestiniens. La tendance est à la privatisation de la sécurité et à l'augmentation de la distribution d'armes." Pas moins de 10.000 armes auraient été distribuées ces dernières semaines, en coordination avec Tsahal, auprès des 475.000 colons qui vivent dans ces territoires. 


Thomas GUIEN

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