Guerre Israël-Hamas : qu'est-ce que le syndrome de Lazare, que les ex-otages pourraient développer ?

Publié le 27 novembre 2023 à 19h19, mis à jour le 28 novembre 2023 à 10h39

Source : JT 13h WE

Les otages détenus par le Hamas à Gaza, dont 39 ont déjà été libérés depuis vendredi dans le cadre d'un accord de trêve, parviendront-ils à se remettre psychologiquement ?
Rien n'est moins sûr, explique à TF1Info le psychiatre Patrick Clervoy, qui évoque un possible syndrome de Lazare.
Il nous explique de quoi il s'agit.

Ils sont désormais 39 otages, un temps détenus par le Hamas à Gaza, puis libérés depuis vendredi 24 novembre dans le cadre d’une trêve conclue entre Israël et le mouvement islamiste. Un quatrième groupe est par ailleurs sur le point de l'être ce lundi, alors que cet accord – qui prévoit au total la libération de 50 otages en échange de 150 prisonniers palestiniens – devait s'achever ce mardi matin, mais a été prolongé.

Ces civils, principalement des femmes et des enfants, sont restés détenus durant une cinquantaine de jours. Mais ils ont aussi vécu les attaques sanglantes du 7 octobre. Le traumatisme est donc double, selon le psychiatre Patrick Clervoy, professeur agrégé du Val-de-Grâce, qui a pris en charge durant sa carrière des rescapés de prises d'otages et d'attentats. Il évoque auprès de TF1Info un possible syndrome de Lazare.

La probabilité de développer des troubles psychiques prolongés, sous la forme d'un stress post-traumatique, est avérée.
Dr Patrick Clervoy, psychiatre

Toutes les personnes qui sortent de captivité, développent-elles un stress post-traumatique ?

Dr Patrick Clervoy : La captivité n'est qu'un temps, souvent le deuxième, d'une cascade d'épisodes traumatiques dans lesquels la captivité, parfois, est le moment de paix. Mais d'abord, il y a eu la prise d'otages, qui est un acte de guerre brutal, plus ou moins long, pendant lequel le sujet s'est trouvé complétement désorienté, dans un état de stress aigu. C'est-à-dire que les capacités psychiques par lesquels une personne est capable de comprendre ce qui arrive, de maitriser ses réactions et de mettre en acte sa survie, sont saturées. Par exemple, les cris, le noir, la brutalité des faits, les blessures physiques, voir mourir des gens proches, sont autant d'éléments de stress aigu. Ces personnes passent notamment par des états de déréalisation durant laquelle elles se déconnectent de la réalité, évoquant le fait qu'elles se sentent extrêmement bien, voire invincibles. 

La captivité est ensuite un moment instable où il peut y avoir des moments cruels, odieux, parfois des tortures ou des abus physiques ou sexuels. Vient ensuite un troisième temps, celui de la libération qui est aussi un moment de stress. Dans ce contexte-là, la probabilité de développer des troubles psychiques prolongés, sous la forme d'un stress post-traumatique, est avérée. Seule exception possible : le cas de certains enfants. Ceux qui sont restés avec leurs parents ont pu se sentir sécurisés si le parent a bien joué son rôle de protecteur. Mais les autres connaitront un parcours de vie chaotique.

"Le monde d'avant a disparu"

Parmi les symptômes post-traumatiques, vous évoquez le syndrome de Lazare, de quoi s'agit-il ?

C'est un dysfonctionnement social, insidieux et prolongé qui fait qu'au bout d'un certain temps, celui qui a traversé un événement traumatique pendant laquelle il a pensé – et parfois son entourage aussi – qu’il allait mourir, n'a plus rien à voir avec ce qu'il était avant. Il est fort probable que ces otages développent ce syndrome. D'autant que pour la plupart, ils vont se retrouver dans une société elle-même traumatisée. L'ex-otage peut ainsi penser qu'il va revenir dans un monde qui est le même que celui d'avant, et attendre de ce monde qu'il reste le même, pour qu'il puisse s'y reconstruire et retrouver sa place. Mais il ne la retrouvera jamais. Pour tout le monde, ceux qui vont accueillir l'otage ou l'otage lui-même, le monde d'avant a disparu lors de cette opération du Hamas. 

À ce titre, quelles sont les séquelles psychologiques que ces ex-otages pourraient développer ?

Ce sont notamment des troubles anxieux. Vous avez des gens qui ne vont plus pouvoir garder la sérénité qui leur permet de faire le même métier qu'avant. Par exemple, beaucoup de personnes qui ont vécu ce type d'événements privilégient les métiers nocturnes, car ils sont désormais sujets aux cauchemars. Donc, ils vont somnoler le jour et avoir une activité professionnelle la nuit. En fait, l'état de stress post-traumatique, c'est en permanence la réactivation du souvenir du traumatisme. Ce qui peut induire aussi une mise en retrait de la vie sociale, avec toutes sortes d'évitement, comme ne plus aller dans les lieux où il y a de la foule, éviter les lieux clos ou ne plus prendre les transports publics. Car ces personnes vont chercher les endroits où il y aura le moins de stimulus anxiogènes. Et le plus grave, c'est que beaucoup d'entre elles vont découvrir qu'avec l'alcool par exemple, elles peuvent calmer l'angoisse et s'endormir. Donc, on va retrouver des complications liées à de nombreuses addictions. Ce qui aboutit là aussi à une désocialisation. 


Virginie FAUROUX

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