Guerre Israël-Hamas : quelle différence entre un "cessez-le-feu" et une "trêve humanitaire" ?

Publié le 2 novembre 2023 à 18h06

Source : TF1 Info

Dans la guerre entre Israël et le Hamas, certains appellent à un "cessez-le-feu", d'autres à une "trêve" ou une "pause humanitaire".
Quelles sont les différences entre ces deux notions, s'il en existe ?

Les propos du député Benjamin Haddad ont relancé le débat sémantique. Ce jeudi matin, sur France 2, l'élu Renaissance a dit ne pas être "pour un cessez-le-feu" entre Israël et le Hamas, en guerre depuis le 7 octobre. "Israël a le droit de se défendre contre le terrorisme" mais "il faut que cette guerre soit menée, ça a été le message du président de la République, dans le respect du droit international humanitaire, dans la protection des civils. C'est pour ça que la France s'engage pour avoir des trêves humanitaires, c'est-à-dire des pauses pour pouvoir acheminer l'aide humanitaire aux civils", a-t-il déclaré. Cela lui a valu les réactions indignées de membres de la gauche française, qui depuis le début du conflit appellent le gouvernement français à réclamer un "cessez-le-feu"

Mais quelle différence entre un cessez-le-feu et une trêve ou une pause humanitaire ? A regarder les définitions disponibles sur le site de Médecins sans frontières ou dans un livret de l'Organisation des Nations unies (ONU) sur les "directives sur la médiation des cessez-le-feu", elles sont ténues. "Le cessez-le-feu consiste en un accord organisant la cessation de toute activité militaire durant un temps donné et dans un espace donné", il ne signe "pas la fin des hostilités" mais une "trêve temporaire" qui ne met "pas fin juridiquement à l’état de guerre", lit-on sur le site de l'ONG. La définition poursuit en indiquant que "le cessez-le-feu n’est pas principalement destiné à permettre des actions humanitaires", sous-entendant toutefois que cela peut faire partie de ses avantages. 

C'est aussi ce qui est dit dans le livret de l'ONU. Dans un chapitre recensant les terminologies et typologies des cessez-le-feu, on peut lire : "Les termes 'trêve' et 'armistice' désignent eux aussi des situations dans lesquelles les parties au conflit concluent un cessez-le-feu informel ou formel ou conviennent de mettre fin aux opérations militaires". "Certains cessez-le-feu peuvent être caractérisés en fonction de leur objectif. Ils peuvent être conçus en vue de répondre à des objectifs humanitaires", indique encore ce document. 

Des termes très diplomatiques et politiques

Toutefois, le cessez-le-feu semble être plus large qu'une simple trêve humanitaire, puisque "si l’on cherche à instaurer une pause humanitaire alors que des négociations en vue d’un cessez-le-feu plus large sont en cours, une coordination étroite des efforts déployés sur les deux fronts peut contribuer à éviter des ambiguïtés en matière d’objectifs, de modalités et de mécanismes de mise en œuvre", écrit l'ONU. Plus loin, il est indiqué qu'"il est possible de chercher à instaurer et de négocier des pauses humanitaires à n’importe quel stade d’un conflit, avant les négociations en vue d’un cessez-le-feu préliminaire ou définitif ou en parallèle à celles-ci"

Ainsi, "le choix des termes utilisés se fait en fonction des préférences, ainsi que des sensibilités politiques, culturelles et contextuelles liées au conflit", lit-on dans le livret. 

Si le secrétaire général de l'ONU d'Antonio Guterres semble user d'un vocabulaire onusien en réclamant un "cessez-le-feu humanitaire immédiat", la plupart des pays font une vraie distinction entre les deux termes. Avec cette distinction, ils sous-entendent qu'un cessez-le-feu signerait l'arrêt complet des combats et ne permettrait pas à Israël de se défendre contre les terroristes du Hamas. Or, ils ne cessent de réaffirmer que c'est son droit, s'il respecte dans le même temps le droit humanitaire.  

Les pays occidentaux alignés

"Nous voulons voir les mesures de protection pour les civils. Or des pauses dans les opérations sont un outil, une tactique, qui peuvent y parvenir pour une période temporaire (...) mais cela n'est pas la même chose qu'un cessez-le-feu", a par exemple expliqué le porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche, John Kirby. Londres aussi a réclamé via son Premier ministre Rishi Sunak "des pauses spécifiques" pour acheminer l'aide humanitaire et libérer les otages, "distinctes d'un cessez-le-feu". "Dans la situation actuelle, faire comme s'il fallait faire la paix ou instaurer un cessez-le-feu n'est pas à la hauteur", a aussi affirmé le porte-parole du chancelier allemand Olaf Scholz, défendant la mise en place de "fenêtres humanitaires", des "fenêtres spatiales et temporelles pendant lesquelles il n'y a pas de tirs".

Du côté des organisations internationales, l'Assemblée générale de l'ONU a réclamé la semaine dernière à une large majorité - dont la France - une "trêve humanitaire immédiate" à Gaza. La veille, les dirigeants de l'Union européenne avaient réclamé des "couloirs humanitaires" et des "pauses" dans le conflit pour venir en aide aux Gazaouis.


Justine FAURE

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