Invasion russe en Ukraine : Poutine refuse de céder

Quels pays membres soutiennent la demande d'adhésion à l'UE de l'Ukraine ?

M.L (avec AFP)
Publié le 1 mars 2022 à 10h25
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Source : TF1 Info

Le président ukrainien a signé une demande d'adhésion à l'Union européenne, une requête qu'il porte depuis plusieurs années.
Plusieurs États membres de l'Est ont soutenu sa demande, mais les Européens restent divisés sur la question.
Si la perspective est possible, elle ne devrait pas se concrétiser tout de suite.

Il en a refait la demande ce lundi, au sixième jour de l'invasion russe dans son pays : le président ukrainien Volodymyr Zelensky a exhorté l'Union Européenne à intégrer son pays "sans délai" et "via une nouvelle procédure spéciale". "Je suis sûr que c'est juste. Je suis sûr que c'est possible", a-t-il affirmé dans une vidéo. Cette procédure n'existe pas en tant que telle et l'intégration à l'UE est un processus au long cours pour rapprocher la législation du pays candidat du droit européen. Elle nécessite un accord unanime des 27 pays membres et il y a "différentes opinions et sensibilités" parmi eux à ce sujet, a répondu le président du Conseil européen Charles Michel. 

"L'Ukraine va transmettre une demande officielle, la Commission européenne devra exprimer un avis officiel et le Conseil se prononcera", a expliqué celui qui dirige l'instance représentant les Vingt-Sept, soulignant que "l'adhésion est une demande exprimée de longue date par l'Ukraine". Le pays a inscrit dans sa Constitution l'objectif d'adhérer un jour à l'Union européenne et à l'Otan en 2019. Le responsable européen a indiqué avoir été informé de l'intention de Kiev d'envoyer une demande officielle d'adhésion et a précisé la procédure à suivre, et a annoncé son intention d'inviter le président Volodymyr Zelensky à participer "de façon régulière" aux sommets des dirigeants européens. 

Le responsable a par ailleurs insisté sur la nécessité de renforcer l'accord d'association conclu entre l'Ukraine et l'UE en 2014, concrétisant l'éloignement de l'ancienne république soviétique de la sphère d'influence russe. Mais si la communauté européenne a déployé un arsenal militaire inédit en soutien à Kiev, la perspective d'une adhésion rapide à la communauté, elle, s'éloigne.

L'Europe de l'Est en soutien

"Nous avons de nombreux sujets sur lesquels nous travaillons en étroite collaboration et, au fil du temps, ils sont des nôtres et nous voulons qu'ils soient dans l'UE", a pourtant déclaré dans un entretien à la chaîne Euronews dimanche la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Un enthousiasme rapidement tempéré par son porte-parole Eric Mamer lundi, lors du point-presse quotidien de l'exécutif européen à Bruxelles. La dirigeante "a exprimé son point de vue en tant que présidente de la Commission", mais "il y a un processus" et "ce n'est pas elle seule qui décide", a-t-il affirmé.

Les États membres sont en effet bien plus partagés sur cette demande d'adhésion, qui exige aussi l'aval unanime des 27 pays membres. Plusieurs pays membres d'Europe centrale ont soutenu la demande du président Zelensky. "Je suis un défenseur des procédures standard, mais nous ne sommes pas actuellement dans une situation standard. Nous devons dire clairement que l'Ukraine est bienvenue dans la communauté européenne des pays démocratiques", a déclaré le Premier ministre tchèque Petr Fiala, cité par l'agence CTK. Sur Twitter, le parlement ukrainien a assuré avoir reçu également le soutien dans la demande l'Ukraine de la Bulgarie, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Slovaquie et la Slovénie. 

Parmi eux donc, les membres du groupe de Visegrád : la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie. Seule la Hongrie n'est pas citée par le parlement ukrainien. Ce groupe formé en 1991, à la fin de la Guerre froide, visait à faciliter l'adhésion de ces pays à l'Union européenne et l'Otan, puis a été réactivé à partir des années 2010 comme un groupe géopolitique européen, dont les gouvernements nationalistes se sont démarqués par des positions conservatrices voire autoritaires. 

S'ils ne se sont pas prononcés depuis le nouvel appel du président ukrainien, les autres pays membres ne se sont pas montrés pressés lors des précédentes demandes du pays. Selon la publication numérique Géoconfluences, piloté par l'École normale supérieure de Lyon, ces pays craignaient déjà avant l'attaque russe que cette adhésion ne vienne entraîner un regain de tensions avec Moscou, mais étaient aussi réticents face à l'ampleur d'enjeux financiers et économiques qu'impliquerait une adhésion. 

Ce processus nécessite en effet des négociations complexes sur de nombreux sujets et des critères difficiles à respecter pour un pays en guerre comme la stabilité politique et une économie de marché viable. Hors de l'Europe de l'Est, les pays membres s'inquiètent notamment face au montant des aides qu'il faudra débloquer et les réformes structurelles qu'il faudra accompagner dans le pays, l'un des plus pauvres d'Europe et toujours gangréné par la corruption, malgré les promesses du président actuel d'y mettre fin. 

Parmi ces pays réticents, la France. "Si l’UE et si Emmanuel Macron nous considèrent vraiment comme un membre de la famille européenne, ils doivent agir en conséquence. Il est temps d’arrêter de parler et de prendre des décisions", s'était impatienté en avril 2021 déjà Volodomyr Zelensky dans les colonnes du Figaro, en avril 2021. "Nous ne pouvons pas rester indéfiniment dans la salle d’attente de l’UE et de l’Otan", s'était-il déjà irrité. 

Une adhésion possible, mais lointaine

L'attaque russe risque pourtant d'allonger encore cette attente. "L’urgence n’est pas de faire entrer l’Ukraine dans l’Union européenne, mais de faire sortir la Russie d’Ukraine", a affirmé l'ancien président français François Hollande, en précisant toutefois que Kiev avait "assurément une vocation" à intégrer l'UE plus tard. "Il sera bien temps d’examiner, quand le conflit aura cessé et que l’Ukraine aura retrouvé son intégrité et son indépendance, cette proposition", a-t-il indiqué dans un entretien lundi au quotidien régional La Montagne.

"Les étapes d'une adhésion sont très longues. Quand bien même une décision serait prise en urgence, une adhésion passe par un traité entre le pays candidat et les 27 pays membres. Il ne peut être signé que si toute la mise en place a été négociée. Habituellement, cela finalise un processus qui a pris des années, lors duquel le pays a modifié son droit et adapté ses structures pour respecter tout le droit de l'Union", a signalé dans les colonnes de Marianne Cécile Rapoport, professeure de droit européen à l'université de Rennes 1. 

En bref, si l'adhésion n'est pas écartée, elle risque de ne pas se concrétiser dans l'immédiat. Pour Eric Maurice, expert des questions européennes à la Fondation Robert Schuman, la porte ouverte par Ursula von der Leyen est avant tout "un message politique et symbolique fort" : "L'adhésion en elle-même n'est évidemment pas une procédure à court-terme. Le message principal est de dire que l'Ukraine est en train de s'ancrer dans la famille européenne occidentale et qu'un jour, quand les conditions seront là, l'adhésion pourra être envisageable"


M.L (avec AFP)

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