"Doppelganger", la campagne de désinformation russe qui a visé la France

Publié le 13 juin 2023 à 17h23, mis à jour le 17 juin 2023 à 23h16

Source : JT 20h WE

La France a accusé mardi Moscou de mener une vaste opération d'ingérence numérique.
Parmi les moyens utilisés, de faux articles de plusieurs quotidiens français, prenant la défense de la Russie.
Le site du ministère des Affaires étrangères a également été visé.

"Doppelganger" : c'est le nom d'une vaste campagne désinformation contre la France, orchestrée ces derniers mois par la Russie. Dans son viseur : plusieurs quotidiens français, que des hackers ont cherché à faire passer comme hostiles à l'Ukraine. Des agissements "indignes d'un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies", dénonce ce mardi le Quai d'Orsay.

Cette campagne, qui aurait débuté en 2022, a concerné quatre quotidiens français (Le Parisien, Le Figaro, Le Monde et 20 Minutes), mais aussi d'autres grands médias, notamment allemands (FAZ, Der Spiegel, Bild, Die Welt...). Le site du ministère des Affaires étrangères et d'autres sites gouvernementaux ont aussi été touchés, avec la création de sites miroirs, a précisé ce mardi la porte-parole de la diplomatie française, Anne-Claire Legendre.

Le 29 mai dernier, un site miroir de celui du Quai d'Orsay a ainsi été détecté, a précisé une source ministérielle à TF1/LCI. Sur sa page d'accueil, un faux document officiel annonçait la mise en place d'une taxe en faveur de l'Ukraine. Outre les sites d'information, 200 faux comptes Facebook ont été créés, renvoyant vers de faux comptes de médias, puis vers de faux articles.

De faux articles diffusés via les réseaux sociaux

Concrètement, les hackers ont produit de faux articles sur une page en tout point identique à celles du site officiel de ces médias, mais avec un nom de domaine différent, par exemple .ltd au lieu de .fr. La copie est tellement poussée qu'un clic sur les liens hypertexte qu'elle contient renvoie sur les autres articles du vrai journal. La pratique est baptisée "typosquattage". Ces faux articles sont ensuite diffusés via les réseaux sociaux en essayant de pousser leur viralité, qui semble rester faible pour l'instant.

Selon un décompte fourni ce mardi, 49 faux articles étaient attribués au Parisien, sept à 20 Minutes, et un article pour Le Figaro et Le Monde. Les thèmes abordés : l'impact des sanctions contre la Russie, l'affaire du gazoduc Nordstream, l'exportation de blé ou encore les réfugiés. 

"On a trouvé des dizaines de noms de domaines achetés par les Russes pour faire du typosquattage. On n'a pas affaire à des gens qui agissent à dose homéopathique. Ils sont au début d'un processus d'industrialisation", a détaillé une source sécuritaire. "On ne connaît pas leur objectif final. Est-ce que c'est du micro-ciblage de certaines populations ? Est-ce que c'est pour une campagne permanente de basse intensité ? Ou en vue d'une action massive à un moment précis ?".

Pour le gouvernement français, l'implication des autorités russes ne fait aucun doute, allant jusqu'à utiliser des ambassades pour relayer de faux messages. "Les autorités françaises ont mis en évidence l'existence d'une campagne numérique de manipulation de l'information contre la France impliquant des acteurs russes et à laquelle des entités étatiques ou affiliées à l'État russe ont participé en amplifiant de fausses informations", a expliqué la ministre des Affaires étrangères Catherine Colonna dans une déclaration lue par sa porte-parole, ajoutant que Paris était en "lien étroit" avec ses alliés "pour mettre en échec la guerre hybride menée par la Russie".

Et la cheffe de la diplomatie d'ajouter : "L'implication d'ambassades et de centres culturels russes qui ont activement participé à l'amplification de cette campagne, y compris via leurs comptes institutionnels sur les réseaux sociaux, est une nouvelle illustration de la stratégie hybride que la Russie met en œuvre pour saper les conditions d'un débat démocratique."


Thomas GUIEN

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