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Guerre en Ukraine : le croiseur Moskva, un symbole de la marine russe touché en mer Noire

Frédéric Senneville
Publié le 14 avril 2022 à 17h26
JT Perso

Source : TF1 Info

Le croiseur Moskva, vaisseau amiral de la flotte russe en mer Noire, a été gravement endommagé.
Kiev revendique une attaque réussie, tandis que Moscou parle d'un incendie accidentel.
En touchant ce navire, si tel est le cas, les forces ukrainiennes auraient atteint un symbole de la marine russe.

C'est l'un des plus gros revers matériels de l'armée russe depuis le début de l'offensive en Ukraine, et sans doute le plus symbolique. Fleuron de la marine militaire russe, le Moskva est le vaisseau amiral de la flotte de la mer Noire. Gravement endommagé - par un incendie selon Moscou, par des frappes de missiles ukrainiens selon Kiev -, le navire aurait été évacué et semble n'avoir pas coulé. Engagé lors du conflit en Géorgie, et plus tard en Syrie, le Moskva était la fierté de l'armée russe, exhibé régulièrement lors de sommets internationaux. "C'est un combat à forte valeur symbolique, ce navire a combattu en Syrie et a été construit en Ukraine à Mykolaïv, là où les Ukrainiens ont arrêté la progression des Russes au sud. Les croiseurs de ce type sont de forte puissance et sont aptes à commander des forces navales à la mer, c'est un enjeu, c'est comme si un poste de commandement avait été détruit", explique sur LCI l'ancien chef de mission militaire auprès de l'Otan, l'Amiral Jean-Louis Vichot. 

Lorsqu'il a été mis en service en 1983, dans les dernières années de l'ère soviétique, ce croiseur lance-missiles inaugurait la série des navires de la classe "Slava" ("Gloire", en russe, ndlr), qui fut son premier nom de baptême. Sa vocation était de détruire les porte-avions de la flotte de l'Otan, dans un contexte de Guerre froide. La marine russe palliait de cette façon sa propre impossibilité économique de développer des porte-avions conventionnels. Le "Slava" était aussi doté de capacités antiaériennes et contre les sous-marins.

Rebaptisé du nom de "Moscou"

Il a été rebaptisé "Moskva" en 1995, c'est-à-dire du nom même de la capitale russe, ce qui contribue fortement à sa charge symbolique. C'est désormais un bâtiment de 186 mètres, d'une capacité de 680 hommes d'équipage, armé de 16 missiles antinavires, ainsi que de missiles de longue et de courte portée, de lance-roquettes, de canons et de torpilles. Un arsenal qui fait de ce croiseur le bâtiment de guerre le plus puissant en mer derrière les porte-avions. Le Moskva a connu deux modernisations d'ampleur, la plus récente remontant à 2018-2020. Déployé en Géorgie en 2008, le croiseur aurait notamment pilonné des positions terrestres des forces géorgiennes, depuis le port d'Otchamtchiré. Lors de la guerre en Syrie, il avait été positionné en Méditerranée entre 2015 et 2016, pour protéger la base aérienne russe de Hmeimim.

Une fierté militaire

Le croiseur russe traine avec lui une forme de carrière politique et diplomatique. Alors qu'il s'appelait encore "Slava", il a notamment participé au sommet de Malte des dirigeants soviétique Mikhaïl Gorbatchev et américain George Bush en décembre 1989, juste après la chute du mur de Berlin.  Le Moskva a aussi parcouru le monde pour des manœuvres militaires, et, à ce titre, a visité de nombreux ports dans le monde. Plusieurs dirigeants étrangers ont été invités à son bord, Vladimir Poutine lui-même y ayant accueilli le président égyptien Al-Sissi, ou encore l'ancien Premier ministre italien Silvio Berlusconi.

Le Moskva, une perte majeure pour l'armée russe ?Source : TF1 Info
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Le Moskva était le navire amiral de la flotte russe déployée dans la mer Noire, c'est-à-dire une plateforme de commandement vouée à coordonner les mouvements de l'ensemble des bâtiments. C'est au large d'Odessa que les militaires ukrainiens seraient parvenus à l'atteindre de deux missiles Neptune, grâce à une diversion fournie par un drone, et l'opportunité d'une mer démontée, selon certaines sources. 510 hommes d'équipage étaient à bord lors de la frappe, estiment les autorités ukrainiennes, et Moscou assure qu'ils auraient été évacués à temps.

Un "va te faire f***" devenu un symbole de résistance

Le croiseur Moskva avait acquis une autre charge symbolique très récemment, au tout début de l'offensive russe en Ukraine. Dans un échange radio devenu viral, la poignée de garde-frontières ukrainiens de la petite île aux Serpents avaient lancé un retentissant "va te faire foutre", à l'imposant navire russe leur demandant de se rendre. Peu après, le Moskva, accompagné du patrouilleur Vassili Bykov, avait bombardé l'île. Les militaires ukrainiens avaient finalement été faits prisonniers, mais leur sacrifice bravache en avait fait l'emblème de la résistance ukrainienne

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Quelques heures après la vraisemblable frappe ukrainienne sur le Moskva, deux villages russes frontaliers auraient aussi été bombardés par des hélicoptères sur ordre de Kiev. Si cette information de source russe était confirmée, elle signerait peut-être un virage stratégique dans le conflit, alors que le président américain a promis à son homologue ukrainien une nouvelle aide militaire massive- dont des équipements lourds que Joe Biden avait jusqu'ici hésité à livrer, de crainte d'aggraver le conflit. Le conseil de sécurité ukrainien a toutefois démenti être à l'origine de ces bombardements sur le territoire russe. 


Frédéric Senneville

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