Annexions, mobilisation... Poutine choisit l'escalade

Qu'est-ce que le missile hypersonique Kinjal, que la Russie affirme avoir utilisé en Ukraine ?

Fanny Rocher
Publié le 19 mars 2022 à 11h47, mis à jour le 19 mars 2022 à 13h02
JT Perso

Source : TF1 Info

C'est la première fois que la Russie utilise ce missile dans un conflit, depuis son premier test réussi en 2018.
Ces armes appartiennent à une nouvelle catégorie d'armes développées par la Russie.
Les missiles hypersoniques, extrêmement manœuvrables, sont capables de déjouer les systèmes de défense anti-aérien.

"Écoutez-nous maintenant !" En mars 2018, Vladimir Poutine dévoilait, à l'occasion d'un discours, un arsenal de nouvelles armes stratégiques, qualifiées d'"invincibles" par le président russe. Parmi ces armes de nouvelle génération, le missile balistique hypersonique Kinjal, que la Russie affirme avoir utilisé en Ukraine pour détruire un entrepôt souterrain d'armements dans l'ouest du pays, ce vendredi 18 mars. Si l'utilisation du Kinjal ("dague" en russe) est avéré, ce sera la première fois que ce type d'arme est utilisé lors d'un conflit. 

Et pour cause : la Russie est la seule au monde à posséder ces missiles hypersoniques. "C'est une arme redoutable dont les Russes disposent, ils sont d'ailleurs les seuls au monde à disposer de cette arme, qui est une arme de terreur", explique Bruno Clermont, général de corps aérien, invité de LCI, samedi 19 mars. Après un premier test réussi en 2018, le Kinjal a été déployé sur les avions de chasse des forces russes. Arme de haute précision, ce missile peut atteindre Mach 10, soit dix fois la vitesse du son, pour une vitesse dépassant les 10.000 km par heure. Une vitesse sans équivalent, là où les missiles de croisière classiques ne dépassent pas Mach 1, pour une vitesse maximale de 1000 km par heure.

L'autre particularité des Kinjal est sa longue portée : ils peuvent atteindre une cible dans un rayon de 2000 km. Long de 7,4 mètres pour un poids d'environ 4 tonnes, les missiles Kinjal ne peuvent être transportés que par des avions spécialement modifiés : seuls les bombardiers TU-M22 et les avions de chasse Mig-631 peuvent les accueillir.

Lancés à très haute altitude, les missiles sont destinés à détruire des cibles terrestres et maritimes. "C'est l'équivalent de plusieurs missiles de croisière en même temps. Si vous mettez vingt missile de croisière non-hypersonique, c'est l'équivalent d'un missile hypersonique", détaille Bruno Clermont. Moins rapides que des missiles balistiques traditionnels, ils sont plus manœuvrables et peuvent changer de trajectoire, ce qui les rend très précis et imprévisibles. Capables de survoler la planète en orbite basse, ils sont ainsi très difficilement détectables par les systèmes de défense. "Ce sont des missiles de nouvelle génération, qui vont jusqu'à 10.000 km/heure, impossibles à intercepter", résume Xavier Tytelman, consultant aéronautique chez Starburst France, au micro de LCI.

"Alternative aux missiles balistiques ou de croisière 'classiques', les armes hypersoniques combinent les avantages de la vitesse et de la manœuvrabilité pour traverser les systèmes de défense antimissiles de théâtre et de défense de territoire, et atteindre des objectifs dans la profondeur adverse ou en mer", détaille l'Ifri (Institut français des relations internationales), dans un rapport de juin 2021.

La Russie dit avoir utilisé des missiles hypersoniques en Ukraine, une premièreSource : TF1 Info
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Ce type de missiles hypersoniques sont en effet impossibles à déjouer, sans couverture anti-missile, ce que les Ukrainiens n'ont pas. "Aujourd'hui, les Ukrainiens n'ont pas de bouclier anti-missiles. Les Ukrainiens ont un système anti-aérien et les missiles russes leurrent le système ukrainien", analyse l'ancien colonel des troupes de Marine, Peer de Jong. 

Par ailleurs, alors que Vladimir Poutine n'a pas hésité à faire planer la menace nucléaire, depuis le début de l'invasion de l'Ukraine le 24 février dernier, les Kinjal peuvent embarquer des explosifs traditionnels, mais également des ogives nucléaires.

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Les missiles Kinjal ne sont pas les seules armes hypersoniques développées par la Russie. En 2021, le ministère de la Défense russe a annoncé avoir testé en Mer Blanche un missile de croisière hypersonique, le Zircon. À plus courte portée que le Kinjal, ce missile est notamment conçu pour couler des porte-avions. Enfin, le planeur hypersonique Avangard, l'"arme absolue" de Vladimir Poutine. Capable de dépasser Mach 27, soit plus de 33.000 km par heure, il peut atteindre une cible quasiment partout dans le monde et peut déjouer n'importe quel boucler anti-missile existant.

L'utilisation de ces armes ultra-technologiques pourrait faire basculer la guerre en Ukraine dans une autre dimension, et une autre intensité. Toutefois, pour Xavier Tytelman, il s'agit avant tout d'une "opération de communication" du côté russe. "Sur le terrain militaire, ça ne changera absolument rien car les Russes n'ont pas besoin de ça (...) Étant donné les centaines de missiles qui sont tirés par jour, ça ne changera rien"


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