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Que sait-on de la disparition de la journaliste ukrainienne Victoria Roshchina ?

Caroline Quevrain
Publié le 19 mars 2022 à 14h17, mis à jour le 19 mars 2022 à 15h00
Que sait-on de la disparition de la journaliste ukrainienne Victoria Roshchina ?

Source : Facebook Victoria Roschina

Cette journaliste ukrainienne n’a pas donné signe de vie depuis le 12 mars.
Selon son média, elle est aujourd’hui détenue par l'armée russe.
Quelques jours plus tôt, sa voiture avait été visée par des tirs et cambriolée.

Où est Victoria Roshchina ? Depuis vendredi 18 mars, la photo de cette jeune journaliste ukrainienne est relayée dans de nombreux posts sur les réseaux sociaux, s’inquiétant de son absence de nouvelles depuis le 12 mars. Voilà une semaine que la journaliste, présente dans la région envahie du sud-est de l’Ukraine, n’a pas pris contact avec son employeur, le site d’information Hromadske.

Des témoignages d’amis, d’anciens collègues ou de simples internautes en soutien affluent depuis que sa rédaction a communiqué sur sa disparition. Hromadske affirme sur Twitter que la journaliste "est retenue captive par les occupants russes", et ce depuis trois jours : "Le 12 mars, nous n'avons pas pu contacter Victoria. Comme nous l'ont appris des témoins, la journaliste se trouvait à Berdiansk temporairement occupé. Le 16 mars, nous avons appris que la veille (probablement le 15 mars), Victoria Roshchyna a été arrêtée par le FSB russe. Actuellement, on ne sait pas où elle se trouve." Le média explique aussi avoir "tout fait"  pendant deux jours pour obtenir sa libération avant de communiquer sur celle-ci. "Par conséquent, nous appelons la communauté ukrainienne et internationale à partager les informations et à agir pour la libération de la journaliste Victoria Roshchina", conclut-il. 

En route vers Marioupol le 11 mars

C’est depuis le sud-est du pays que la journaliste rapportait jusqu'ici la réalité de la guerre. Son dernier reportage a été publié le 11 mars, la veille de son dernier signe de vie, depuis Energodar, une ville occupée par les Russes. Elle raconte notamment être parvenue à échapper à la vigilance des points de contrôle, croisés sur son chemin. Dans un communiqué, l’ONG Kharkiv Human Rights Protection donne plus de détails sur les circonstances de la disparition de Victoria Roshchina, en se basant sur les déclarations de ses collègues. D'après eux, la journaliste "était probablement en route de Zaporizhya à Marioupol dans la soirée du 11 mars". Ce soir-là, les échanges entre eux ont été rares, faute de réseau. Dès le lendemain, le contact était coupé. Selon l'ONG, "on sait avec certitude qu'elle avait quitté Enerhodar le 11 mars et des témoins ont informé (ses collègues) que la journaliste se trouvait le 12 mars à Berdiansk, qui est actuellement sous occupation russe". 

En effet, la présence russe dans la ville de Berdiansk, située à l’est de Marioupol, est avérée depuis la fin février, suite à des images relayées par CNN et l’annonce du maire, Oleksandr Svidlo. La ville est donc un terrain dangereux pour n’importe quel journaliste ukrainien ou étranger, voulant faire son travail face aux blindés russes.

Berdiansk, ville occupée par les Russes entre Mykolaïv et Marioupol - Google Maps

Les risques liés à l’exercice de la profession ont d'ailleurs été dénoncées par Reporters Sans Frontières (RSF), qui a décidé de déposer une deuxième plainte devant la Cour Pénale Internationale (CPI). Dénonçant dans un communiqué plusieurs "attaques délibérées" contre des journalistes, RSF y mentionne le cas de Victoria Roshchina, dont la voiture aurait été prise pour cible le 8 mars -soit quatre jours avant sa disparition. "La journaliste Victoria Roschina effectuait un reportage depuis la région de Zaporizhzhia lorsque des soldats russes ont tiré sur sa voiture, qui portait clairement l'inscription "Presse", puis l'ont volée", raconte RSF, avant de "condamner fermement" l’attaque.

Sur sa page Facebook, la journaliste a publié le 8 mars un long témoignage, accompagné d’une photo d’elle en gilet pare-balles - photo aujourd'hui reprise partout. Dans son récit, elle revient sur l'agression et le vol dont elle a été victime, expliquant avoir croisé une colonne de chars russes marquée du signe Z, dans la région de Zaporijia. Puis avoir été visée, elle et son chauffeur, par des tirs malgré l'indication "Presse" du véhicule : "Heureusement, ils sont passés à travers. J'ai donné l'ordre de s'arrêter, de jeter la voiture et de se coucher dans le champ. (...) Pendant que nous marchions, notre voiture a été forcée. Il y avait un autocollant PRESS. Ils ont pris mon ordinateur portable, mon appareil photo, mon sac à dos, les cigarettes du conducteur aussi". Expliquant ne "jamais pardonner" à la Russie, Victoria Roschina confie s’être rendue dans la région "pour raconter ce qui s'y passe et ce que pensent les gens qui ont vécu tout ce temps sans communication, sous la menace des armes, dans les grenades et le grondement des chars russes".

Pour RSF, que nous avons sollicité, il existe "une grande probabilité" pour que la journaliste "soit détenue par les forces russes". L'ONG tient à rappeler que le 8 mars à Berdiansk, "quelque 50 journalistes avaient été pris en otage pendant plus de 5 heures et soumis à des violences physiques pour avoir refusé de diffuser la propagande du Kremlin, selon un témoin contacté" par ses soins. En parallèle, RSF a apporté publiquement son soutien à Hromadskese, se disant "vivement préoccupée" par la disparition de la journaliste et appelant "à la divulgation urgente d’informations sur son emplacement et ses conditions et à sa libération immédiate". Victoria Roschina est la deuxième journaliste ukrainienne à être portée disparue depuis le début de l’invasion, le 24 février. Comme le souligne la Fédération Européenne des Journalistes (EFJ), le journaliste Oleg Bathurin n’a pas donné de nouvelles non plus depuis le 12 mars, alors qu’il se trouvait à Kakhovka, dans la région de Kherson sous domination russe.

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