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Guerre en Ukraine : comment en parler à ses enfants ?

Charlotte Anglade
Publié le 7 mars 2022 à 8h44
JT Perso

Source : JT 20h WE

La guerre que livre la Russie à Kiev fait peser une chape d'anxiété dans le monde entier.
Comment en parler avec nos enfants, réputés pour être des "éponges à émotions" ?
Angélique Kosinski, psychologue clinicienne pour enfants et adolescents, nous répond.

Chaque jour qui passe amène son lot d'informations et d'images préoccupantes quant à la situation en Ukraine. Déclaration d'indépendance des séparatistes prorusses, encerclement de la capitale ukrainienne, menace nucléaire, intervention de l'armée française... La tension monte et rien, pour l'instant, ne laisse présager une embellie dans les jours à venir. 

Au milieu de cette angoisse ambiante, nos enfants et leur innocence encore plus ou moins préservée. Comment aborder avec eux la situation ? Quels mots employer ? Comment les rassurer ? Nous avons posé nos questions à la psychologue clinicienne pour enfants et adolescents, Angélique Kosinski.

Faut-il attendre que les enfants viennent nous confier leurs inquiétudes pour parler de la guerre en Ukraine ?

Je pense qu'il est préférable de parler de la situation à ses enfants sans attendre qu'ils viennent à nous car il y a de toute façon des images partout. Il faut être vigilant sur ce que l’enfant voit et prendre les devants en lui posant des questions assez larges : "Qu’est-ce que tu en penses ? Qu’est-ce que tu sais ? Qu’est-ce que t’évoque cette image ?"

Il faut d’abord le laisser parler et évaluer son niveau d’anxiété, de compréhension, puis lui expliquer les choses. Lui poser des questions fermées, en lui demandant par exemple s'il a peur, risque de projeter notre anxiété sur l'enfant. Ce sont des éponges à émotions et cela risque d’accroître un niveau d'inquiétude potentiellement bas. Le mieux est donc de palper sa manière de voir les choses et ne pas ajouter de détails supplémentaires à ce qu’il sait déjà.

Peut-on en parler à tout âge ?

Oui, c'est faisable, selon moi, à condition d'adapter le niveau de langage. On ne va pas parler de la guerre de la même façon à un enfant de 5 ans qu'à un enfant de 11 ans. Avant 7 ans, il faut vraiment avoir un vocabulaire très simple en utilisant des mots comme "gentils" et "méchants". Il ne faut en revanche pas hésiter à utiliser le mot "guerre", qui n'aura, de toute façon pas, la même symbolique que celle qu'elle peut avoir pour un adulte. Les enfants se font la guerre à la récré et ce ne signifie pas forcément pour eux des bombardements et des bâtiments en ruine. Ça ne doit pas être un mot tabou.

Faut-il supprimer l'accès aux écrans pour éviter l'exposition à des images violentes ?

Je suis plutôt favorable à une exposition contrôlée, car nous vivons de toute façon dans un monde connecté où l’enfant risque de tomber tout seul sur des images de guerre. Cela peut par exemple se traduire par le fait de regarder le JT ensemble et de le décrypter, de répondre aux questions qui en émergent.

Il vaut mieux préparer et expliquer en amont plutôt que de prendre le risque que des images qu’il ne comprend pas s'imposent à lui et risquent d'augmenter son niveau d’anxiété. Les explications ont toujours un côté plus rassurant qu’une non-explication et un flou.

Cela permettra aussi prévenir la vue d'images potentiellement violentes sur les réseaux sociaux, dont l'utilisation est compliquée à interdire ou à restreindre. En ayant déjà regardé le JT ensemble, on aura éclairci toutes les questions qu’il peut se poser. N'hésitez pas, par ailleurs, à lui signifier que vous vous tenez à sa disposition pour parler ou répondre à ses interrogations.

Comment réagir si l'enfant est angoissé ?

Face à une inquiétude, il faut déjà essayer de cerner ce que l'enfant sait vraiment, avant de lui exposer la situation et de risquer de lui dévoiler d'autres informations peu rassurantes dont il n'aurait pas connaissance. Concernant la menace nucléaire par exemple, mieux vaut déjà cerner ce qu'il en sait, s'il a réellement compris de quoi il s'agissait. Il ne sert à rien de nier le risque, mais il faut tenter de le rassurer.

Il faut toujours être optimiste, lui dire que la guerre va se finir, que les "gentils" vont gagner. S'il pose la question "quand ?", il vaut mieux rester flou en lui répondant : "le plus rapidement possible". Cela peut aussi être bénéfique, pour le rassurer, de le recentrer sur sa vie actuelle, en lui rappelant que ce conflit est un peu loin de la France. Si l'angoisse est trop présente ou qu'il refuse d'en parler, il ne faut pas hésiter à consulter un psychologue.

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Faut-il amener ses enfants aux manifestations de soutien au peuple ukrainien pour le sensibiliser ?

Je déconseille fortement de le faire. Il y a dans ces manifestations beaucoup d’adultes, on ne maîtrise rien, l’angoisse est à son paroxysme, des gens pleurent, crient... C’est assez violent émotionnellement pour un enfant.

En revanche, pour sensibiliser et pour se décharger d’une éventuelle angoisse, il peut être bien d’agir en aidant concrètement. Par exemple en proposant notre aide à une association, pour la distribution de médicaments ou de produits du quotidien en Ukraine… Cela permet de ne pas être passif par rapport à cette guerre. On peut aussi proposer à ses enfants d’acheter au supermarché des aliments pour les enfants ukrainiens, que l'on donnera ensuite à une association. Et pourquoi pas lui montrer ensuite sur une mappemonde tout le chemin parcouru par ce don : "Grâce à cette tablette de chocolat, tu as fait plaisir à un enfant en Ukraine". 


Charlotte Anglade

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