En visite d'État en Chine, Emmanuel Macron a incité ce jeudi le président Xi Jinping à ramener la Russie à la table des négociations vis-à-vis de l'Ukraine.
Le chef de l'État français a également pressé le président chinois de ne pas livrer d'armes à Moscou.

"Je sais pouvoir compter sur vous pour ramener la Russie à la raison et tout le monde à la table des négociations". Après une rencontre en face-à-face au Palais du peuple à Pékin, Emmanuel Macron a plaidé ce jeudi face au président chinois Xi Jinping pour "une reprise des discussions au plus vite" pour mettre fin au conflit en Ukraine. 

Les deux dirigeants ont tenté d'afficher une certaine convergence de vues, après tout le cérémonial d'une visite d'État - accueil devant les troupes aux abords de la place Tiananmen, hymnes nationaux, 21 coups de canon -  Xi Jinping estimant, lui, que la reprise des discussions doit se faire "le plus tôt possible". 

Xi s'est dit prêt à appeler Zelensky

"Les armes nucléaires ne peuvent pas être utilisées", a par ailleurs souligné le chef de l'État chinois qui a condamné toute "attaque contre des civils" ainsi que tout "usage d'armes biologiques et chimiques". "A cet égard, chacun doit être rappelé à ses devoirs, en particulier la Russie qui a annoncé l'autre jour vouloir déployer en Biélorussie de telles armes" nucléaires, "ce qui est non conforme aux engagements pris à vos égards, à nos égards et au droit international", a renchéri le président français, dans des déclarations devant la presse au côté de Xi Jinping. 

S'il ne l'a pas dit devant les journalistes, Emmanuel Macron a aussi, selon un diplomate français, "pressé Xi Jinping de ne rien livrer à la Russie qui serve à sa guerre contre l'Ukraine", à un moment où les Occidentaux redoutent que la Chine ne fournisse des armes à Moscou. Également présente pour une réunion trilatérale qui a suivi, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen s'est montrée encore plus explicite : "armer l'agresseur irait à l'encontre des lois internationales et cela nuirait significativement à notre relation", a-t-elle prévenu pendant une conférence de presse dans la soirée.

Xi Jinping s'est dit par ailleurs prêt à appeler son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, comme l'espère ce dernier, a-t-on aussi assuré côté français, même s'il a précisé qu'il le ferait au moment qu'il aura lui-même choisi. Un geste d'ouverture qui reste à confirmer, mais jugé "positif" par la dirigeante européenne.

Moscou contre une médiation

Ces dernières semaines, la pression internationale est montée d'un cran sur la Chine pour l'inciter à s'impliquer dans la recherche de la paix. Jeudi toutefois, le Kremlin a exclu la possibilité d'une médiation chinoise pour stopper les combats, car "la situation avec l'Ukraine est complexe, il n'y a pas de perspectives de règlement politique". Si Pékin se dit officiellement neutre, Xi Jinping n'a jamais condamné l'invasion russe ni même parlé au téléphone, jusqu'ici, avec Volodymyr Zelensky. À l'inverse, il s'est rendu il y a peu à Moscou pour y réaffirmer son partenariat avec le président russe Vladimir Poutine, aux allures de front anti-occidental.

Dans ce contexte, Emmanuel Macron a l'ambition d'"être une voix qui unit l'Europe", raison pour laquelle il dit avoir convié la présidente de la Commission européenne à l'accompagner. Le ton de ces deux responsables a été conforme à leurs déclarations des derniers jours. Le président français, qui avait jugé la veille que Pékin pouvait jouer un "rôle majeur" pour "trouver un chemin de paix" en Ukraine, a insisté sur "l'importance" du "dialogue", considérant qu'on "arrive à obtenir des résultats lorsqu'on est respectueux mieux que quand on donne des leçons". Ursula von der Leyen avait quant à elle adressé une mise en garde nettement plus sévère, la semaine dernière à Bruxelles : "La manière dont la Chine continuera de réagir face à la guerre de Poutine sera un facteur déterminant de l'avenir des relations entre l'UE et la Chine".

Le déplacement du président Macron, qui vise à renouer le dialogue en face-à-face après trois ans à distance en raison de la crise sanitaire, a eu également un important volet économique : il était accompagné de plus de 50 chefs d'entreprises. Jeudi, des accords franco-chinois dans le nucléaire civil ou l'agriculture ont été conclus. Et Airbus va doubler sa capacité de production d'avions en Chine, à partir de 2025, en installant une seconde chaîne d'assemblage à Tianjin (nord).

Un accord avec la Cité interdite a aussi été annoncé par le château de Versailles pour une exposition en 2024 en Chine sur les échanges entre les deux pays au XVIIIe siècle. Emmanuel Macron terminera vendredi sa visite par une étape à Canton, où il dînera une dernière fois avec Xi Jinping.


V. F

Sur le
même thème

Tout
TF1 Info