La flambée des prix de l'énergie

Rationner le gaz, baisser la température... La crise de l'énergie pousse l'Europe à la sobriété

Publié le 30 avril 2022 à 19h13
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

L'invasion de l'Ukraine par Moscou a mis en évidence la dépendance de l'Europe aux énergies russes.
Pour faire face à l'envolée des prix et à de possibles pénuries, plusieurs pays ont adopté des mesures inédites.
Rationnement, diversification des importations... Tour d'horizon des solutions adoptées aux quatre coins du Vieux continent.

L'heure de la sobriété énergétique a-t-elle sonné ? En Europe, ces derniers mois ont été marqués par une hausse record des tarifs de l'énergie. Une tendance qui s'est amplifiée avec la guerre en Ukraine, qui a également mis en lumière la grande dépendance énergétique des pays de l'Union européenne vis-à-vis de la Russie. 

Une situation compliquée, alors que le conflit entre dans son troisième mois et que les pays européens sont mis sous pression pour durcir leurs sanctions contre Moscou, notamment en stoppant leurs importations d'hydrocarbures, de charbon et de gaz russes. Premier fournisseur de gaz et le deuxième fournisseur de pétrole de l'Union européenne, le Kremlin pourrait ainsi se trouver privé d'importantes ressources économiques qui lui permettent de financer son opération en Ukraine.

Après la mise en place d'un embargo sur le charbon, le Parlement européen souhaite ainsi désormais interdire toutes les importations de gaz et pétrole. Une décision lourde de conséquences pour les pays de l'UE. Déjà confrontés à des problèmes d'approvisionnements, ils doivent désormais plancher sur de nouvelles mesures, parfois inédites, afin de réduire leur dépendance aux énergies russes. 

La piste du rationnement en Allemagne

Berlin a tout misé sur le gaz russe, abordable financièrement, pour assurer sa transition énergétique. Si le pays a réduit en deux mois sa dépendance de 55 à 35 %, une rupture totale des livraisons plongerait le pays dans la récession. Une récente étude de la Bundesbank avait évalué cette possible récession à 2 % en cas d'arrêt des flux de gaz russe, ce qui aurait un effet néfaste pour tous les partenaires économiques de l'UE. 

Face à cette situation, le ministre de l'Économie allemand, Robert Habeck, a activé, fin mars, le premier niveau du plan d'urgence d'approvisionnement en gaz naturel. Il oblige les fournisseurs et les exploitants des gazoducs à "évaluer régulièrement la situation" et informer le gouvernement. Une première étape, alors que ce plan comprend trois niveaux, le dernier permettant à l'État allemand de prendre des mesures pour "réguler" la distribution de gaz et définir les volumes affectés en priorité à chaque secteur.

En cas de pénurie, un statut d'exception est prévu pour les ménages et certains acteurs essentiels, comme les services publics ou les hôpitaux. Leur approvisionnement, notamment pour le chauffage, est sanctuarisé. Les entreprises en revanche peuvent subir un rationnement. Un plan qui permettrait à Berlin de faire face à un arrêt brutal des livraisons de gaz par la Russie, qui a déjà coupé le robinet de la Pologne et la Bulgarie le 27 avril dernier.

Moins de métros en Espagne

En Espagne, la hausse des prix de l'électricité due au redémarrage de l'économie après la crise du Covid-19 et amplifiée par la crise ukrainienne, a conduit certaines régions à prendre des mesures originales. Dans la capitale Madrid, la facture électrique quotidienne du métro est, en effet, passée de 120.000 euros en temps normal à 800.000 euros. Face à cette situation, Metro de Madrid, l'entreprise chargée de l'exploitation du métro dans la capitale espagnole, a pris des "mesures pour réduire les coûts quotidiens auxquels l'entreprise doit faire face", réduisant de 10% en moyenne la fréquence des passages. 

"L'opération thermostat" de l'Italie

L'Italie est l'un des plus gros consommateurs européens de gaz, et en importe plus de 95%. Cette énergie représente 42 % de sa consommation. Alors que le ministre de la Transition écologique, Roberto Cingolani, a déclaré jeudi 21 avril que Rome était obligée d'un point de vue éthique de cesser "bientôt" d'acheter du gaz russe, le gouvernement a lancé une "opération thermostat".

Dans les écoles et les administrations, le chauffage sera baissé d'un degré. Une mesure équivalente doit être adoptée cet été, avec la climatisation. Le chef du gouvernement italien, Mario Draghi, a d'ores et déjà fait comprendre à ses concitoyens que l'effort devait être collectif, et a appelé mercredi 20 avril ses compatriotes à faire quelques sacrifices : "Voulons-nous la paix, ou voulons-nous allumer la climatisation cet été ?", a-t-il demandé. Cette règle concernera également les foyers et les sociétés privées. 

La France veut se diversifier

Du côté de la France, plusieurs pistes sont également à l'étude, alors que l'Hexagone ne dépend pas directement de la Russie pour son approvisionnement en gaz. La Norvège est son principal fournisseur, à hauteur de 36 % contre seulement 17 % pour Moscou. De l'Europe des Vingt-Sept, la France fait donc partie des pays les moins dépendants. L'État cherche toutefois des solutions pour réduire son approvisionnement auprès de la Russie. 

Le gouvernement et les entreprises misent sur une accentuation de la diversification des approvisionnements. Engie a par exemple renforcé ses contrats d'importation avec les États-Unis, pour ramener par bateau du gaz naturel liquéfié (GNL). De son côté, TotalEnergies envisage d'installer une unité flottante de stockage et de regazéification dans le port du Havre. Des discussions en ce sens viennent d'être entamées avec le gouvernement. 

Pas de risque de pénurie à l'horizon, mais la situation risque néanmoins d'être plus tendue l'hiver prochain, avec la hausse de la demande en énergie pour le chauffage. 

Les Pays-Bas à la recherche de nouveaux partenaires

Aux Pays-Bas, même stratégie qu'en France. Amsterdam veut augmenter ses importations en GNL transportable par navires. Le gouvernement prévoit par exemple l'extension du terminal gaz naturel liquéfié (GNL) à Rotterdam, et la construction d'un terminal GNL flottant à Eemshaven, dans le nord du pays. 

Le gouvernement néerlandais essaiera également "dans les prochaines semaines" de conclure des accords avec d'autres pays pour devenir indépendant du pétrole russe, "le plus rapidement possible".

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Plusieurs pistes sont donc à l'étude au sein des pays de l'UE pour tenter de limiter la hausse des prix dans les mois à venir. Une réunion est prévue le lundi 2 mai à Bruxelles entre les 27 ministres de l'Économie des pays membres de l'UE, notamment pour évoquer la dépendance des pays européens face à la Russie en matière d'énergie. 


La rédaction TF1 Info

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