Invasion russe en Ukraine : Poutine refuse de céder

Guerre en Ukraine : l'invasion russe est-elle "un exemple parfait de toxicité masculine" de Vladimir Poutine ?

Maëlane Loaëc
Publié le 30 juin 2022 à 15h38
JT Perso

Source : TF1 Info

Boris Johnson, le chef du gouvernement britannique, a assuré que si une femme avait pris la place du dirigeant russe, le conflit en Ukraine n'aurait jamais eu lieu.
Si le scénario est difficile à confirmer, "les risques de violence" augmentent lorsque des hommes sont au pouvoir, selon l'historienne Lucile Peytavin.

Avec une femme à la tête du Kremlin, les troupes de Moscou n'auraient jamais franchi la frontière ukrainienne, parie le Premier ministre britannique Boris Johnson. "Si Poutine était une femme, ce qu’il n’est pas bien évidemment, vraiment je ne pense pas qu’il se serait embarqué dans cette guerre folle de macho", a-t-il raillé mardi soir à la chaîne de télévision allemande ZDF. Avant de voir dans l'invasion russe "un exemple parfait de toxicité masculine"

S'il est difficile de confirmer de tels propos au regard de l'histoire, puisque seules 4% des dirigeants mondiaux ont été des femmes tout au long de l'époque contemporaine, ils trouvent toutefois une pertinence aux yeux de l'historienne Lucile Peytavin. "Au niveau de la société, la violence est en effet masculine", explique l'auteure de Le Coût de la virilité, publié l'an passé (éditions Anne Carrière). "Un gouffre statistique colossal existe : dans tous les pays, les hommes sont responsables de l'immense majorité des faits de violence, de délinquance, de comportement à risques."

Les hommes en grande majorité responsables des faits de violence

En France notamment, 90% des personnes condamnées par la justice sont des hommes, tout comme 96% de la population carcérale, avance-t-elle. À l'échelle planétaire, les femmes représentent tout au plus 20% des prisonniers, record détenu par Hong Kong. Les hommes sont aussi sur-représentés dans les cas d'infractions les plus graves. Quant aux dirigeants internationaux, "ceux qui ont commis les pires horreurs au XXe siècle sont des hommes", poursuit la spécialiste, citant notamment la Seconde guerre mondiale et la Révolution culturelle chinoise, faisant tous deux respectivement aux alentours de 70 millions de morts. "Lorsque des hommes sont au pouvoir, les risques de violence sont plus importants", conclue-t-elle. 

À l'inverse, des chercheurs ont démontré que les accords de paix ont 35% de chances en plus de perdurer au moins une quinzaine d'années quand ils ont été négociés par des femmes, davantage sensibles que les hommes à des questions sociales, de santé et de reconnaissance des victimes de guerre, relève Lucile Peytavin. Si bien que l'ONU a accru en 2000 la place réservée à celles-ci dans les institutions de résolution de conflit

Lire aussi

Pourtant, la prédécesseuse de Boris Johnson lui-même, Margaret Thatcher, avait été à l'origine en 1982 de la guerre des Malouines, un conflit éclair opposant le Royaume-Uni à l'Argentine et causant la mort de 900 personnes en deux mois seulement. Ce que Vladimir Poutine n'a pas manqué de rappeler à son détracteur lors d'une conférence de presse ce jeudi à Achkhabad, la capitale turkmène, le renvoyant ainsi aux "évènements de l'histoire moderne"

"C'est un contre-exemple, mais il rappelle que la virilité est une vraie construction sociale que peuvent aussi adopter des femmes pour endosser le costume face à un problème de légitimité, étant sous-représentées à des postes de pouvoir", explique Lucile Peytavin. Une preuve supplémentaire, aux yeux de la chercheuse, de la nécessité d'une "prise de conscience" globale pour déconstruire ces comportements. 

Un dirigeant érigé en modèle viriliste

Dans le cas spécifique de Vladimir Poutine, le dirigeant russe travaille depuis plusieurs années à se construire une image virile, exhibant son torse nu lors d'une séance photo à cheval de 2009, qui fait date. Une posture d'ailleurs raillée par les dirigeants du G7 lundi, le même Boris Johnson ayant demandé à ses collègues "On garde les vestes ? On les enlève ?". La perspective de voir les chefs d'État se déshabiller "aurait été un spectacle dégoûtant", a répondu l'intéressé. Dans de nombreux autres clichés, le chef du Kremlin se montre aussi constamment en force de la nature, adepte de la chasse et de la pêche, une arme à la main, ou en chef militaire célébré par des défilés d'ampleur

La guerre en Ukraine assoit ces démonstrations de force morale et physique, par un rapport d'asservissement des autres peuples, qui ne trouve aucune justification géopolitique

Lucile Peytavin, historienne et auteure de Le Coût de la virilité

De quoi cocher toutes les cases de la "norme" de la virilité, comme la dépeint Lucile Peytavin : "des attributs de force, de puissance, qui définissent de l'Antiquité à aujourd'hui ce que doit être un homme dans notre société", entraînant "des comportements de domination, de haine, de violence et de non-respect des règles aux dépens de la société", sans aucun pendant pour le féminin. Cet "ego masculin" interdit de fait tout aveu de faiblesse ou rétropédalage, quels que soient les coûts, à l'image d'un président russe qui s'enlise dans un conflit de plusieurs mois, qu'il espérait remporter en quelques semaines.

"La guerre en Ukraine assoit ces démonstrations de force morale et physique, par un rapport d'asservissement des autres peuples, qui ne trouve aucune justification géopolitique", estime-t-elle. Et ce, malgré des coûts humains et matériels écrasants, "sur des générations" : des milliers de morts, 500 milliards de dollars de reconstruction pour l'Ukraine, des dépenses militaires et des sanctions vertigineuses en Russie. 

Enfin, sa politique intérieure se fait aussi écho de cette vision, avec la réduction des lois qui protègent les femmes victimes de violences conjugales et la répression contre les personnes homosexuelles. "Être un homme viril correspondrait à ne surtout pas être une femme, mais dominer et mépriser le féminin, tandis que les homosexuels ne seraient pas vraiment des hommes", décrit l'historienne. Une vision encore "largement valorisée" dans nos sociétés, mais loin d'être "une fatalité" à ses yeux.


Maëlane Loaëc

Sur le
même thème

Articles

Tout
TF1 Info