Livraison de chars Leopard à l'Ukraine : sous pression, Olaf Scholz va-t-il céder ?

par Y.R.
Publié le 23 janvier 2023 à 10h55, mis à jour le 25 janvier 2023 à 13h39

Source : TF1 Info

Craignant d'envenimer le conflit, le chancelier allemand Olaf Scholz demeure réticent à se prononcer sur l'envoi de chars Leopard en Ukraine.
Une réserve de laquelle est sortie, sur LCI, sa cheffe de la diplomatie Annalena Baerbock, ouvrant la porte aux alliés de Berlin pour livrer des tanks.
Cette ligne plus volontariste, en faveur d'un soutien militaire accru à Kiev, s'affiche désormais publiquement au sein de sa coalition.

Olaf Scholz peut-il résister encore longtemps ? Depuis plusieurs jours, les alliés de l'Allemagne ont resserré leur éteinte sur le chancelier allemand, afin qu'il autorise la livraison de chars Leopard de fabrication allemande à l'Ukraine, susceptibles d'avoir un impact significatif sur le champ de bataille contre l'envahisseur russe. Sans pour autant le faire plier. Mais, au cours du week-end écoulé, le débat autour de ces chars de combat lourds a pris une autre dimension, plus nationale cette fois-ci. Pour la première fois, un membre du gouvernement a pressé le leader du Parti social-démocrate (SPD) d'agir.

"Si on nous posait la question, nous ne nous opposerions pas" à la volonté de la Pologne de livrer à Kiev de ces chars de fabrication allemande, a affirmé, dimanche 22 janvier, au micro de LCI, la cheffe de la diplomatie allemande Annalena Baerbock. "Pour l'instant, la question n'a pas été posée" par Varsovie, tenue de faire une demande officielle à Berlin, a précisé la ministre du parti des Verts, qui gouverne en coalition avec les sociaux-démocrates d'Olaf Scholz et les libéraux. 

Une coalition qui s'éparpille

Une sortie qui détonne avec la ligne officielle du successeur d'Angela Merkel, qui a toujours veillé à ne pas avoir de position ferme tant sur les livraisons indirectes de chars Leopard à Kiev que directes, en piochant dans les stocks issus de l'armée allemande. "La manière dont nous avons agi par le passé est toujours étroitement coordonnée avec nos amis et alliés et nous continuerons à agir en fonction de la situation concrète", a simplement répété Olaf Scholz, le jour même, au cours d'une cérémonie à la Sorbonne, à l'occasion du 60e anniversaire du traité de réconciliation entre l'Allemagne et la France. 

Si "la décision (...) dépend de beaucoup de facteurs et est prise à la chancellerie", a rappelé, à la chaîne ARD, le ministre allemand de la Défense Boris Pistorius, la déclaration de sa cheffe de la diplomatie met Olaf Scholz au pied du mur. Et témoigne d'une certaine impatience, au sein même de la coalition. À l'instar des Verts, qui affichent une ligne plus volontariste que le chancelier au sujet du soutien militaire à l'Ukraine, les libéraux, autres partenaires du SPD, grincent des dents. 

Livraison de chars à l'Ukraine : un tournant dans la guerre ?Source : JT 20h WE

Il aurait été "au moins juste de donner le feu vert aux partenaires" pour livrer des tanks, a déploré la libérale Marie-Agnès Strack-Zimmermann, à propos des discussions de Ramstein, en Rhénanie-Palatinat, vendredi 20 janvier, lors desquelles l'Allemagne a fait preuve d'immobilisme sur cette question. "L'Histoire nous regarde et l'Allemagne vient malheureusement d'échouer", a estimé la présidente de la commission de la Défense du Bundestag, qualifiant de "catastrophe" la communication d'Olaf Scholz. "Si on ne veut pas livrer des Leopard 2, il faut expliquer pourquoi. Ensuite, il faut expliquer à l'Ukraine pourquoi".

"Il ne s'agit bien sûr pas seulement de Leopard 2, mais c'est un soutien décisif que l'Allemagne peut offrir", a lui indiqué au groupe de médias Funke Anton Hofreiter, président écologiste de la commission des Affaires européennes du Bundestag. Pour lui, il faut commencer "tout de suite" à former des soldats ukrainiens sur le Leopard pour éviter de nouveaux retards, regrettant l'immobilisme de Berlin à Ramstein. "L'Allemagne a fait une erreur considérable et a ainsi perdu encore plus de réputation", a-t-il déploré. "Cela doit maintenant être corrigé rapidement"

Des atermoiements aussi conspués dans l'opposition. "Une politique en temps de guerre en Europe ne se fait pas dans le style des rituels d'indignation ou avec un souffle coupé, mais avec clarté et raison", a rétorqué Rolf Mützenich, chef du groupe parlementaire SPD. Pas sûr que cela règle leurs désaccords.


Y.R.

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