Invasion russe en Ukraine : Poutine refuse de céder

Guerre en Ukraine : à Kharkiv, on débaptise les rues portant des noms russes

F.S.
Publié le 24 mai 2022 à 21h25
JT Perso

Source : JT 20h WE

Une menace immédiate russe semble s'être éloignée de Kharkiv.
La 2ᵉ plus grande ville d'Ukraine reprend son souffle, et vient symboliquement de remettre en marche son métro.
Les habitants de la ville s'activent désormais à rebaptiser toutes les rues portant des références à la Russie.

Il n'y a plus de place à Kharkiv pour une artère portant le nom du "pays envahisseur", clame l'étudiant en arts Evguen Deviatka sur l'ancienne "avenue de Moscou", tout juste rebaptisée "Héros de Kharkiv", en hommage aux défenseurs de la ville. Dans la deuxième ville la plus importante d'Ukraine, trois noms de rues ont déjà été modifiés pour leurs références à la Russie, tandis que la statue du héros médiéval russe Alexandre Nevski a été déboulonnée. Au total, ce sont près de 200 noms de la toponymie actuelle de la ville, qui sont dans le collimateur de la municipalité.

"Les noms sont associés à une nation, à un pays. Qu'est-ce que fait ce pays ?", lance une habitante de la ville, Laryssa Vassyltchenko. "On a vu ce qu'ils font", tranche cette ingénieure de 59 ans, "tout ce qui est russe : dehors". Au pied du socle où trônait il y a quelques jours encore la statue d'Alexandre Nevski, le soldat Mykyta Gavrylenko s'emporte : "Ces gens sont contre l'Ukraine, ils nous ont attaqués, tuent nos citoyens, nous blessent, nous humilient"

Ils ne figureront plus sur la carte de la ville

Iouri Sidorenko, responsable de la communication de Kharkiv

La municipalité de Kharkiv estime "qu'il est temps" de réviser tous les noms de rues de la ville. "En ce qui concerne les toponymes russes, notre position est claire", assume Iouri Sidorenko, responsable de la communication de la ville  : "Ils ne figureront plus sur la carte de la ville", assène-t-il. La population a d'ailleurs précédé la mairie : des habitants avaient déjà apposé un faux panneau "avenue Grigori Skovoroda", du nom du philosophe ukrainien du 18e siècle, à la place de celui de la "rue de Moscou". 

Dimitar DILKOFF / AFP

Que faire de Pouchkine ?

Mais tout n'est pas si simple. Débaptiser l'avenue de Belgorod, la ville russe frontalière d'où est partie l'offensive en direction de Kharkiv, fait bien sûr l'unanimité. Mais la question n'est pas aussi simple pour des figures russes du passé, sans rapport avec le conflit actuel. Le cas de l'écrivain russe Alexandre Pouchkine en est un exemple. "Il faut changer toute une culture impérialiste russe", assure un passant dans la rue Pouchkine. "Cette rue s'appelle Pouchkine parce qu'il est russe", ajoute-t-il, tout en s'empressant d'assurer qu'il n'a rien contre ce géant de la littérature russe, mort 80 ans avant la révolution bolchévique. 

Sous les panneaux officiels de la rue, figurent désormais des ajouts du street-artiste ukrainien Gamlet, qui rebaptisent la rue "Britannique" (voir photo ci-dessus). Sur le legs culturel, les habitants sont divisés, a fortiori quand il s'agit d'auteurs russes nés en Ukraine, comme Mikhaïl Boulgakov, et que chacun ici a lu dès l'école. "Tout est ambigu", résume Ioulia, une artisane de la ville. "Moi, je suis inquiète pour la rue Pouchkine", souffle-t-elle, "j'aime bien Pouchkine".


F.S.

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