L'Occident se résout à livrer des chars à l'Ukraine

La livraison de chars occidentaux à l'Ukraine, un incroyable défi logistique

Publié le 27 janvier 2023 à 13h21
JT Perso

Source : TF1 Info

Les Occidentaux ont promis de livrer des dizaines de chars à Kiev.
L'acheminement sur le sol ukrainien de ces engins de plusieurs tonnes, mais aussi leur maintenance, s'annoncent compliqués.

Et si le plus dur restait à faire ? Passé le soulagement de voir les Occidentaux lui céder (enfin) des chars lourds, Volodymyr Zelensky est désormais confronté au casse-tête logistique que représentent ces engins. Tant pour leur livraison que leur maintenance.

Si on sait combien de tanks sont offerts à l'Ukraine - une centaine, Washington envoyant notamment 31 chars Abrams, Berlin 14 Leopard -, reste à savoir quand ils arriveront le sol ukrainien. Officiellement, le Royaume-Uni compte livrer ses chars Challenger 2 d'ici fin mars. L'Allemagne assure que cela sera fait fin mars début avril pour ses Leopard 2, le modèle dont Kiev a fait sa priorité. Et pour cause : il s'agit du plus répandu en Europe. Et donc le plus facile à obtenir et surtout entretenir. 

Le train, transport privilégié pour les tanks

La meilleure solution serait que les pays disposés à contribuer envoient pour la plupart des chars 2A4, "pour des raisons de formation et de logistique" facilitant par exemple l'envoi de pièces détachées, a expliqué l'ancien inspecteur de l'armée de terre, le général Bruno Kasdorf. En Allemagne, le groupe d'armement Rheinmetall, qui fournit le canon du char et ses systèmes électroniques, a d'ores et déjà indiqué qu'il pourrait livrer au total 139 chars Leopard.

Si des camions permettant de transporter des engins blindés existent, ils ne peuvent déplacer qu'un tank – voire deux – à la fois. Et ils devraient être utilisés que pour les derniers kilomètres, près des lignes de front. D'où le recours aux trains, précieux depuis le début de la guerre. Ukrzaliznytsia (UZ), l'équivalent de la SNCF en Ukraine, a permis de déplacer plus de quatre millions de réfugiés et 300.000 tonnes de biens humanitaires. Mais aussi du matériel militaire, notamment jusqu'à Lviv, la grande ville de l'Ouest devenue plaque tournante de l'aide occidentale.

"Donner tous ces équipements, c'est une chose, les utiliser en est une autre

C'est aussi en train que la plupart des tanks devraient rejoindre la zone du conflit. Là aussi, cela prend du temps : si la France n'a pas encore donné son feu vert concernant l'envoi de Leclerc, elle en a néanmoins envoyé en Roumanie en octobre, pour renforcer la présence de l'Otan. Cela permet d'avoir une idée sur la complexité de ces déplacements. En raison de leur largeur et de leur poids - un char Leclerc et son porte-engin blindé avoisinent les 100 tonnes - ces convois exceptionnels avaient mis sept à huit jours pour atteindre en train Cincu.

Outre les difficultés d'acheminement des chars, leur maintenance pose aussi question. De même que la capacité des Ukrainiens à s'en servir rapidement. "La formation des équipages ukrainiens doit commencer rapidement en Allemagne", a assuré ce mercredi le gouvernement allemand. "Outre la formation, le paquet comprendra également la logistique, les munitions et la maintenance des systèmes".

Lire aussi

Le défi reste néanmoins de taille. "Donner tous ces équipements, c'est une chose, les utiliser en est une autre", a reconnu à l'AFP une source militaire américaine. Si l'armée ukrainienne ne part pas de zéro - avant le 24 février, elle possédait une flotte de près de 900 chars de facture soviétique -, les Leopard 2 et autres Challenger sont plus difficiles à appréhender. "Les chars soviétiques sont hyper rustiques, il y a moins d'électronique à bord. Au vu de la diversité des chars et blindés occidentaux promis, ça risque d'être un casse-tête logistique pour eux", a prévenu un officier de cavalerie français.

Colin Kahl, le numéro 3 du Pentagone, avait lui aussi faitpart de ses craintes le 19 janvier : "Le char Abrams est un équipement très compliqué. Il est cher, il requiert une formation difficile, il a un moteur d'avion à réaction. Je crois qu'il consomme 11 litres de kérosène au km". "Ce n'est pas le système le plus facile à entretenir", avait-il ajouté… avant de préciser qu'un changement de la position américaine n'était pas à exclure. Une semaine plus tard, Washington a effectivement changé son fusil d'épaule.


Thomas GUIEN

Tout
TF1 Info