Moscou a accusé Londres d'être derrière le sabotage du gazoduc Nord Stream.
D'après un internaute, un message envoyé par la Première ministre britannique serait au cœur des accusations du Kremlin.
Une rumeur qui ne repose sur aucune preuve probante pour le moment.

Moscou n'est pas avare en accusations. Après avoir dénoncé un prétendu "satanisme" en Occident ou encore accusé l'Ukraine d'avoir mis en scène le massacre de Boutcha, le Kremlin affirme cette fois-ci qu'un pays européen se serait rendu coupable d'une "attaque terroriste contre des infrastructures internationales". Ce mardi 1er novembre, le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, a déclaré que Londres avait "dirigé et coordonné" l'attaque ayant endommagé en septembre les gazoducs Nord Stream 1 et 2 en mer Baltique, construits pour acheminer le gaz russe en Europe. "Nos services de renseignement disposent de preuves suggérant que l'attaque a été dirigée et coordonnée par des spécialistes militaires britanniques", a-t-il indiqué devant la presse, sans plus d'éléments. 

Une accusation sans preuves

Sur quoi s'appuie le Kremlin ? La présidence russe ne s'est pas attardée sur les éléments en sa possession. Mais un internaute croit connaître les arguments dans les mains des services moscovites. Sur Twitter, un certain "KimDotcom" a estimé ce dimanche 30 octobre que Moscou connaissait la culpabilité des Anglais grâce aux communications de l'ancienne Première ministre. Liz Truss, aurait utilisé son iPhone pour envoyer un message compromettant à la Maison Blanche. Selon cet internaute, suivi par un peu moins d'un million de personnes, la cheffe du gouvernement aurait écrit "c'est fait", à destination du secrétaire d'État américain Antony Blinken, "une minute" après l'explosion du gazoduc. Si on ignore si le Kremlin s'appuie réellement sur ce seul SMS, la diplomatie russe s'est tout de même emparée du sujet. Mais avec précaution. Sa porte-parole, Maria Zakharova, s'est contentée de poser la question : "Est-ce-que Liz Truss a envoyé" ce message ? 

Cet internaute accuse la Première ministre britannique d'avoir envoyé un message à Washington quelques minutes après l'explosion de Nord Stream
Cet internaute accuse la Première ministre britannique d'avoir envoyé un message à Washington quelques minutes après l'explosion de Nord Stream - Capture d'écran / Twitter

Car cet argument débarque dans un contexte particulier. Le 29 octobre, le quotidien Mail on Sunday, rattaché au Daily Mail, a révélé que le téléphone de Liz Truss aurait été piraté. D'après les informations de ce journal, l'un des plus populaires de Grande-Bretagne, cette fuite aurait été découverte "pendant l'été", au moment où la femme politique était ministre des Affaires étrangères en campagne pour le 10 Downing Street. Il s'agirait donc d'échanges envoyés et reçus sur un an, y compris entre la ministre et des homologues étrangers, à propos de la guerre en Ukraine et des livraisons d'armes. L'affaire, qui aurait été étouffée par le Premier ministre Boris Johnson, n'a pas encore été confirmée, le gouvernement rétorquant simplement ne pas vouloir "commenter les dispositifs de sécurité des individus". 

Mais si l'affaire du piratage du téléphone et la découverte de ce prétendu message coïncident, d'autres éléments poussent à douter de cette rumeur. D'abord, les deux événements ne peuvent pas être liés. Le piratage a prétendument eu lieu pendant l'été, alors que le sabotage de Nord Stream est intervenu fin septembre. À cette incohérence au niveau des dates, l'internaute à l'origine de la publication rétorque que le message incriminant n'est pas lié à ce piratage, mais qu'il l'aurait trouvé sur un "autre téléphone", sans toutefois donner de preuves de ses affirmations. 

Interrogé plus précisément sur les éléments qui lui permettent de faire cette "révélation", KimDotCom rétorque par une phrase mystérieuse. "Le même genre de preuves que les sources de renseignement américaines fournissent anonymement aux médias américains et qui sont ensuite rapportées comme des faits." Quant à savoir comment il a eu accès au message en question, là aussi, sa réponse est surprenante. Il confie ne pas l'avoir vu de ses propres yeux. "Je n'y ai pas eu accès", explique-t-il dans une réponse adressée à la presse. Arguant être "un expert en sécurité des données à la retraite", il dit simplement avoir eu vent de cet échange via des "discussions de services secrets". Il colporte donc ce qui semble être de simples on-dit. 

Une source douteuse

Le profil même de cet internaute pousse à la prudence. Celui qui s'auto-proclame "combattant pour la liberté", est en effet un personnage sulfureux du début des années 2000. Kim Schmitz, son vrai nom, c'est cet informaticien germano-finlandais qui dirigeait le site Megaupload, qui permettait de visualiser des films illégalement. S'il a une réputation médiatique de "hacker" malgré les critiques de certains anciens collègues – il est surtout en proie à des démêlés avec la justice. Condamné en 1998 pour escroquerie reposant sur la vente de numéros de cartes téléphoniques volées, il a été arrêté en 2012 pour association de malfaiteurs à cause de son site Megaupload. 

En résumé, pour l'heure, les accusations du Kremlin sont sans fondement. Il n'existe actuellement aucun début de preuve de l'implication de Londres dans le sabotage de Nord Stream. Et la seule source qui publie cette rumeur d'un message envoyé entre Londres et Washington interroge tant sur la forme que sur le fond. Au sujet de cette accusation, la Défense britannique dénonce en tout cas de "fausses affirmations" de Moscou destinées à "détourner l'attention". 

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Felicia SIDERIS

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