Occupée par les forces russes, la centrale nucléaire de Zaporijia a été durant de longues heures déconnectée du réseau.
Rapidement, les craintes d'un détournement de l'énergie par la Russie ont commencé à émerger.
Les États-Unis ont notamment mis en garde contre des actes jugés "inacceptables".

Le conflit en Ukraine se cristallise ces derniers jours sur la situation de la centrale nucléaire de Zaporijia. Aux mains des forces russes, qui l'occupent désormais, elle a été déconnectée du réseau électrique, comme l'a révélé jeudi 26 août 2022 l'agence atomique ukrainienne. Malgré le rétablissement de cette connexion, la situation fait naître de multiples craintes, tant en Ukraine que dans le reste du monde.

Une énergie détournée ?

La centrale de Zaporijia se trouve dans le sud de l'Ukraine, le long du fleuve Dniepr, à 500 kilomètres environ de Kiev et de Tchernobyl. Il s'agit ni plus ni moins de la plus importante centrale d'Europe, dotée de six réacteurs et d'une capacité totale de 6000 mégawatts. À elle seule, en temps normal, elle permet d'alimenter l'équivalent de 4 millions de foyers en électricité, et produit près de 20% de l'électricité ukrainienne. Ainsi que la moitié de son énergie nucléaire, au sein d'un pays qui compte au total 15 réacteurs. 

Inaugurée en 1985 et achevée en 1995, sa déconnexion temporaire du réseau a laissé planer en Ukraine de multiples inquiétudes. Le détournement de l'énergie produite par la Russie figure ainsi au premier rang des préoccupations. L'électricité produite à Zaporijia "appartient de droit à l'Ukraine et toute tentative de déconnecter la centrale du réseau ukrainien pour rediriger (l'électricité) vers les régions occupées est inacceptable", a déclaré à la presse le porte-parole du département d'État américain Vedant Patel. Une mise en garde claire à l'endroit des autorités russes.

La craint d'un incident nucléaire

L'ingénieur en génie nucléaire et polytechnicien Bruno Comby, interrogé sur LCI, indique que "le but des Russes est que la centrale arrête d'envoyer son courant électrique en Ukraine, pour l'envoyer en Crimée et à la Russie". Il se révèle impossible, précise-t-il, d'alimenter plusieurs réseaux de manière simultanée : il n'est pas envisageable, dixit le spécialiste, "d'être connecté des deux côtés en même temps, puisque les deux réseaux électriques sont totalement distincts". D'ailleurs, "il n'y a pas de connexion physique, on dit qu'ils ne sont pas 'synchrones', en termes techniques".

Outre la crainte de détournement de l'énergie, on peut également souligner celle d'un incident nucléaire d'ampleur. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a mis en garde dans une allocution sur ce danger, estimant qu'une catastrophe avait été évitée de justesse. Les techniciens de la centrale, suite à sa déconnexion, ont été contraints de se tourner vers des générateurs diesel. Une situation qui a suscité des inquiétudes quant à la capacité à assurer le bon fonctionnement des systèmes de refroidissement. 

La centrale est restée alimentée en électricité par une ligne de secours, reliée à une centrale électrique conventionnelle voisine, mais cette ligne est la seule encore en bon état parmi les trois qui sont censées fonctionner en temps normal. Une coupure de cette ligne signifierait la dépendance totale aux générateurs diesel pour l'alimentation, une situation hautement dangereuse. Faute de refroidissement suffisant, un incident nucléaire est en effet à redouter, pouvant affecter l'Ukraine bien sûr, mais aussi le reste de l'Europe.


Thomas DESZPOT

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