Ukraine : "L'après-guerre, il faut la construire dès maintenant", estime le général Vincent Desportes

Publié le 13 décembre 2022 à 11h35

Source : TF1 Info

Le général Desportes était l’invité d’Adrien Gindre dans Les Matins LCI ce mardi 13 décembre.
Pour l’ancien directeur de l’École de guerre, il faut penser dès à présent à l’après-guerre.
L’enjeu sera d’instaurer une paix durable en Europe et ne pas reproduire les erreurs de 1991.

Alors que le conflit commence à s'enliser après dix mois de combats, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a proposé, lors du G7, d'organiser un "sommet de la paix mondiale", tout en exhortant les pays occidentaux à se montrer encore plus solidaires.  Pour le général Vincent Desportes, ancien patron de l'École de guerre, il faut penser dès maintenant à l’Europe que nous voulons demain.  "Cette après-guerre, il faut la construire maintenant. M. Zelensky a parfaitement raison, et il faut le faire avec raison beaucoup plus qu’avec passion. Le but n’est pas de briser ou d’appauvrir la Russie, le but est de construire une Europe qui pourrait enfin vivre en paix pour un demi-siècle. Ce serait quand même pas mal. On n’y est pas arrivés depuis 1870", souligne ce spécialiste. 

Une chose est sûre, poursuit l'ancien militaire, la Russie restera à la frontière de l’Europe, quoi qu’on veuille. D’où la nécessité de trouver un terrain d’entente pour sortir enfin l’Europe de la guerre. "Les trois dernières paix européennes, celle de 1919, de 1945 et de 1991, sont toutes des Pax americana, c’est-à-dire qui ont été pensées par les Américains. Or, deux de ces paix, 1919 et 1991, ont débouché sur des guerres respectivement 21 ans et 30 ans plus tard. Il faut arriver à construire enfin un système qui nous assure la paix au moins pour un demi-siècle", insiste le général Desportes. "La Seconde Guerre mondiale a été conduite avec une grande intelligence, parce que l’après-guerre a été pensée avant même qu’on conduise la guerre", souligne-t-il. 

Il faut établir les dommages de guerre sur la destruction et la capacité à payer.
Le général Vincent Desportes

La question des réparations des dommages de guerre causés à l’Ukraine sera évidemment au cœur des discussions, en cas de négociations. Devant l’Assemblée nationale française, le Premier ministre ukrainien, Denys Chmyhal, a évoqué le chiffre de 600 milliards de dollars. Ce ne sont pas les contribuables ukrainiens, américains ou français qui doivent payer mais les agresseurs, a déclaré le chef du gouvernement ukrainien.  "Après la Première Guerre mondiale, les dommages de guerre ont été établis en fonction de ce qu’il y avait à reconstruire mais pas de ce que l’Allemagne pouvait faire. La suite, on la connaît. C’est un effondrement économique dû à ces dommages de guerre et la crise de 1929 qui a débouché sur Hitler", rappelle l’ancien militaire.  

Selon lui, il faut établir les dommages de guerre sur la destruction et la capacité à payer. Début décembre, Emmanuel Macron a estimé qu’il fallait donner des garanties à la Russie, rappelant qu’il y a d’un côté des sujets territoriaux, qui concernent les frontières de l’Ukraine, et de l’autre, des questions de sécurité collective, qui concerne cette fois toute la région. Pour le général Desportes, il faut qu’à la fin de cette guerre, chacun ait le sentiment de ne pas pouvoir être agressé. Les Ukrainiens mais aussi la Russie. "Il nous appartient de construire un monde nouveau et de savoir ce qui est bon pour l’Ukraine et pour la paix en Europe. La guerre est faite pour faire un système de paix meilleur que le précédent. Or, le dernier a produit une guerre au bout de trente ans", conclut-il.


La rédaction de TF1info

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