Annexions, mobilisation... Poutine choisit l'escalade

Guerre en Ukraine : débloquer le port d'Odessa, une opération (presque) impossible

Benoît Leroy
Publié le 11 juin 2022 à 11h22, mis à jour le 11 juin 2022 à 19h33
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Source : TF1 Info

Vendredi 10 juin, l'Élysée s'est dit prêt à participer à une "opération" pour débloquer le port du sud de l'Ukraine.
Une proposition qui semble extrêmement difficile à réaliser. On vous explique pourquoi.

Le monde est-il sur le point de perdre plusieurs dizaines de millions de tonnes de céréales ? Rien n'est moins sûr. Vendredi 10 juin, la présidence française a indiqué vouloir participer à une "opération" visant à lever le blocus du port d'Odessa. Entre 20 et 25 millions de tonnes sont actuellement bloquées dans ce port du sud de l'Ukraine. La proposition française est ambitieuse, certes, mais elle ne comporte aucune précision quant à l'aide que voudrait fournir Paris à Kiev pour exporter ces céréales. D'autant qu'une telle levée du blocus relève, à l'heure actuelle, plutôt d'un miracle que d'une solution réaliste...tant le nombre d'obstacles est important.

Les Russes bloquent le port

D'abord, le blocus russe doit être levé. Depuis le début de la guerre lancée par Vladimir Poutine, la Marine russe interdit le passage de tout navire sur un axe reliant Sébastopol (annexé par la Russie en 2014) à Odessa. À en croire l'Élysée, ce point aurait déjà été évoqué avec Vladimir Poutine. En effet, le président russe aurait donné son "consentement" pour l'opération de déblocage proposé par la France. Néanmoins, un tel engagement de la part du chef du Kremlin reste, comme toujours, à prendre avec beaucoup de précaution.

Par ailleurs, outre la Russie, il faut convaincre la Turquie d'Erdogan. En effet, pour pénétrer dans la mer Noire, il est nécessaire de passer par le détroit du Bosphore. Or, les relations sont tendues actuellement entre les Européens et la Turquie. Et ce, notamment en raison des demandes d'adhésions de la Suède et de la Finlande à l'Otan. Les premières négociations organisées par la Turquie sur le déblocage d'Odessa se sont soldées par un échec.

Après le blocus russe, la question du déminage

Une fois cette première difficulté passée, d'autres embûches sont encore sur le chemin de ces tonnes de céréales. En effet, Russes et Ukrainiens ont miné la totalité du port d'Odessa. "Il faudra des spécialistes, la France peut probablement y pourvoir, il y a des navires en Méditerranée. Mais, il faut d'abord un accord sur la table", estime le général Dominique Trinquand sur LCI. Selon Le Monde, jusqu'à 100 mines marines auraient immergé au large des côtes ukrainiennes

Nouvel obstacle à cette idée, le manque d'intérêt militaire pour les Ukrainiens de déminer le port et ses alentours. "Ce n'est pas dans l'intérêt de déminer les alentours d'une région qu'ils cherchent à défendre. Les forces ukrainiennes n'ont aucun intérêt à diminuer les défenses d'Odessa qui est l'une de leurs villes les plus importantes", détaille Yoann Michel, spécialiste des questions militaires et de défense, sur LCI. 

Qui pour déminer Odessa : occidentaux ou Russes ?

Ensuite, si un accord était conclu avec les Ukrainiens, la question qui se poserait serait celle des opérateurs choisis pour le déminage. Difficile d'imaginer que les autorités locales accepteront de laisser les Russes retirer les mines défendant la ville portuaire. Et ce, même si les sommes rapportées par de telles exportations pèsent pour beaucoup dans les revenus ukrainiens. De la même manière, il est - à ce jour - peu probable que Vladimir Poutine accepte la venue de navires militaires ou civils de pays membres de l'Otan dans la Mer noire. Et si cela venait à se faire, le risque de confrontation entre Russes et Occidentaux serait extrême, tant à l'entrée qu'à la sortie des bateaux.

Et la solution terrestre dans tout ça ?

À cause de ces multiples difficultés, il est pour le moment impossible de dire que le déblocage du port d'Odessa pourrait avoir lieu. Ces problématiques, les Occidentaux en sont bien conscients. Mais alors, pourquoi l'hypothèse d'un transfert terrestre n'est pas mise sur la table ?

Très simplement, il est mathématiquement impossible d'évacuer la totalité des céréales stockées par voie ferroviaire. En effet, quand un train de fret - en France - peut emporter 500 tonnes de matières premières, un cargo, lui, peut embarquer plusieurs dizaines de milliers de tonnes. Dans une prise de parole, samedi 11 juin, Volodymr Zelensky a expliqué qu'il examinait avec les "État baltes et la Pologne" pour améliorer l'exportation ferroviaire. Pour l'heure, le pays peut exporter deux millions de tonnes de céréales chaque mois, une capacité bien insuffisante.

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Or, selon les données fournies par Kiev, il y aurait actuellement jusqu'à 25 millions de tonnes de céréales à Odessa. Il faudrait donc 50.000 trains de fret pour exporter la totalité de la production ukrainienne d'ici à la prochaine récolte. Enfin, les trains seraient obligés de passer par la Moldavie. Un pays aux cœurs de toutes les attentions tant les tensions sont grandissantes dans le pays entre séparatistes prorusses et forces loyalistes.


Benoît Leroy

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