Aucun des concurrents anglo-saxons de TotalEnergies ne serait encore partie de Russie, d’après le PDG du groupe français.
En effet, certaines décisions prises par BP ou Shell n’ont pas de caractère immédiat.
"Cela pourrait prendre des semaines" à l'entreprise Shell de suspendre tous ses projets.

Face aux attaques sur le maintien de ses activités en Russie, TotalEnergies a décidé de concentrer l’attention sur ses concurrents. Invité de RTL la semaine dernière, le président du groupe a assuré qu’aucune des compagnies pétrolières anglo-saxonnes n’était encore partie de Russie, malgré les différents communiqués qui ont pu être faits en ce sens depuis le début de l’invasion russe. "Mes concurrents continuent à prendre le gaz russe car nous avons des contrats à long terme (…) Encore une fois, aucun de mes concurrents n’est parti de Russie et ne sait partir de Russie, c’est d’ailleurs illégal", a expliqué Patrick Pouyanné.

Qu’en est-il réellement ? Nous avons d’abord contacté TotalEnergies, qui apporte quelques précisions : "Un certain nombre de concurrents directs - Shell et BP - ont communiqué bruyamment en expliquant leur intention de quitter la Russie. Mais en regardant de plus près, ces déclarations ne sont pas mises en œuvre". En effet, ces compagnies pétrolières britanniques ont toutes deux fait part de leur volonté de suspendre leurs activités en Russie à cause de la guerre. D’une part, BP a annoncé le 27 février se retirer "de sa participation dans Rosneft" : il détenait, depuis 2013, 19,75% du capital du deuxième plus grand producteur de pétrole russe après Gazprom. Dans son communiqué, le groupe indique se retirer aussi de ses "autres activités avec Rosneft en Russie", ce qui "comprend une participation dans trois coentreprises d'une valeur comptable d'environ 1,4 milliard de dollars à la fin de l'année 2021".

Un retrait qui "reste en cours"

Si les dirigeants actuels et anciens de BP ont bien démissionné du conseil d’administration de Rosneft le 27 février "avec effet immédiat", cela est plus compliqué pour la vente des actifs que possède l’entreprise. Ainsi, Moscou a mis des bâtons dans les roues des étrangers désireux de défaire leurs investissements dans le pays. Et notamment dans le secteur pétrolier et gazier : depuis un décret présidentiel du 1er mars, pour qu’une société puisse vendre des actifs, l’acheteur doit avoir obtenu l’approbation de la Banque de Russie et du ministère des Finances. Autrement dit, BP se retrouve dans une impasse en étant soumis à la loi russe. Contacté, le groupe nous confirme qu’il compte "retirer ses parts dans le capital de Rosneft" et "des autres activités communes avec Rosneft en Russie". "Cela reste en cours", ajoute simplement BP.

Il se trouve ensuite que Shell détient plusieurs activités en Russie. Le 8 mai, le groupe a annoncé publiquement "son intention de se retirer progressivement de son implication dans tous les hydrocarbures russes, y compris le pétrole brut, les produits pétroliers, le gaz et le gaz naturel liquéfié (GNL)". Concrètement, cette décision provoque l’arrêt immédiat de l’achat "du pétrole russe sur le marché au comptant" et du renouvellement des "contrats à terme". Mais - et Shell l’écrit noir sur blanc - "de nombreux projets en Russie vont prendre un moment à être arrêtés". Il faut ici compter plusieurs semaines de transition.

D’abord, sa "chaine d’approvisionnement en pétrole brut" va être modifiée pour "supprimer les volumes russes (…) mais l'emplacement physique et les alternatives disponibles signifient que cela pourrait prendre des semaines et entraînera une réduction du débit dans certaines de nos raffineries". Ensuite, la fermeture des stations-service en Russie a été actée, mais ne se fera pas immédiatement, puisque Shell s’attelle dans un premier temps à examiner "très attentivement le moyen le plus sûr de le faire". Enfin, le groupe indique se retirer progressivement "des produits pétroliers russes, du gazoduc et du GNL". Cependant, il précise que "c'est un défi complexe" et qu’"une transition vers d'autres sources d'énergie prendra beaucoup plus de temps" et nécessite une action politique. 

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Caroline QUEVRAIN

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