Emmanuel Macron a évoqué mardi la possibilité de frappes ukrainiennes sur le territoire russe, avec du matériel militaire occidental.
C'est une ligne rouge dans ce conflit que tous les partenaires occidentaux ne sont pas prêts à franchir.
De son côté, Vladimir Poutine a mis en garde contre un tel changement de doctrine européenne.

C'est la première fois que le président français l'exprime aussi clairement. Emmanuel Macron a profité de sa conférence de presse avec le chancelier allemand Olaf Scholz, devant le château de Meseberg, près de Berlin, pour affirmer que l'on "doit permettre [aux Ukrainiens] de neutraliser les sites militaires d'où sont tirés les missiles (...), les sites militaires depuis lesquels l'Ukraine est agressée". La sortie était visiblement préparée, puisque le chef de l'État français a montré à la presse la reproduction au format A4 d'une carte du front, publiée à l'origine par "un quotidien du soir", comme il l'a précisé, à l'appui de sa démonstration.

En fait, on leur dit "on vous livre des armes, mais vous ne pouvez pas vous défendre"
Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a d'abord souligné le changement tactique des forces russes, qui ont "adapté leurs pratiques", en frappant de plus en plus l'Ukraine depuis des bases arrière situées sur le sol russe et loin du front. "Si on dit [aux Ukrainiens] 'vous n'avez pas le droit d'atteindre le point d'où sont tirés les missiles', en fait on leur dit, 'on vous livre des armes, mais vous ne pouvez pas vous défendre'", a pointé Emmanuel Macron, au dernier jour de sa visite d'État en Allemagne. "Mais on ne doit pas permettre de toucher d'autres cibles en Russie et évidemment des capacités civiles", a-t-il précisé. 

L'hypothèse est loin de faire consensus en Europe, comme l'a montré la réaction du chancelier allemand à ses côtés, beaucoup plus évasif. Berlin compte parmi les capitales européennes qui brandissent le risque d'extension du conflit, avec en filigrane le risque de l'utilisation de l'arme nucléaire par Vladimir Poutine. L'Otan, à l'inverse, pousse les capitales occidentales à lever des restrictions qui "lient les mains dans le dos des Ukrainiens", selon les termes de son secrétaire général, Jens Stoltenberg. Ce mardi, le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a exhorté les 27 de l'UE à trouver un équilibre entre crainte d'une escalade et nécessité pour les Ukrainiens de se défendre, jugeant lui aussi que Kiev devait pouvoir frapper le sol russe avec des armes occidentales. 

En Europe, en particulier dans les petits pays, ils doivent réfléchir à ce avec quoi ils jouent
Vladimir Poutine

En visite en Ouzbékistan, Vladimir Poutine est d'ailleurs entré ouvertement dans le débat qui agite les chancelleries occidentales. Le président russe a prévenu par avance, avec des propos clairement menaçants, que le franchissement de ce qui était jusqu'ici une ligne rouge pourrait déclencher une escalade dangereuse. 

"En Europe, en particulier dans les petits pays, ils doivent réfléchir à ce avec quoi ils jouent. Ils doivent se souvenir qu'ils sont bien souvent des États ayant un petit territoire et une population très dense", a insinué le maître du Kremlin au cours d'un point presse à Tachkent. "Ce facteur est une chose sérieuse qu'ils doivent avoir à l'esprit avant de parler de frapper en profondeur le territoire russe", a-t-il insisté, affirmant que "cette escalade permanente peut avoir de graves conséquences"

Washington a semblé ce mardi soir adresser une fin de non-recevoir aux velléités interventionnistes européennes. "Notre position n'a pas changé à ce stade. Nous n'encourageons ni ne permettons l'utilisation d'armes fournies par les États-Unis pour frapper sur le sol russe", a déclaré John Kirby, porte-parole du Conseil de sécurité nationale. 


Frédéric SENNEVILLE

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