Ukraine : neuf mois de guerre

Ukraine : les drones iraniens déployés par la Russie ravivent la peur à Odessa

Maëlane Loaëc (avec AFP)
Publié le 28 septembre 2022 à 11h01
JT Perso

Source : TF1 Info

Faute de pouvoir fabriquer elle-même ses armes à cause des sanctions internationales, la Russie s'est rabattue sur des drones iraniens.
La ville d'Odessa, qui avait été peu à peu épargnée par les frappes russes ces derniers temps, est désormais la cible d'attaque.
Mais la qualité et l'efficacité de ces drones seraient faibles.

Convoitée par Moscou, pilonnée sans relâche dans les premiers mois du conflit, la ville d'Odessa semblait tout dernièrement à l'abri des appétits russes. Dans la capitale du Sud-Ouest de l'Ukraine et son principal port, dont le Kremlin avait fait un objectif prioritaire aux prémices de la guerre sans parvenir à s'en approcher, les bombardements sont devenus moins fréquents, tandis que la contre-offensive des troupes de Kiev dans le Nord-Est, plus poussive dans le Sud, a redonné l'espoir à ses habitants. Mais les drones iraniens, nouvelle arme des forces russes, ravivent les peurs et bousculent cette fragile accalmie, malgré une efficacité limitée. 

La vieille ville, enlaidie par les sacs de sable et autres check-points, s'en est largement débarrassée. Mais dans le ciel, le danger n'en demeure pas moins toujours présent. Samedi, à six heures du matin, un "bourdonnement autour de la maison", a replongé Marina Kondratieva au cœur du conflit. Le vrombissement a réveillé cette trentenaire d'un quartier aisé de la ville, qui a couru cacher ses enfants de cinq et six ans à la cave. "Maintenant, je comprends que tout peut changer en cinq minutes", explique-t-elle à l'AFP. Une vidéo filmée par son mari, transmise à l'agence, montre un drone poursuivant son vol, imperturbable, malgré des tirs nourris. 

Des attaques qui terrorisent la population

Sur les réseaux sociaux, de nombreuses vidéos similaires, qui auraient été tournées à Odessa, montrent le vacarme que ces engins iraniens provoquent et la terreur qu'ils peuvent inspirer aux habitants. Vendredi, deux civils ont été tués dans une attaque, selon Kiev.

Les drones jouent un rôle important depuis le début de l'invasion russe le 24 février, pour les opérations de reconnaissance, les tirs de missiles ou les largages de bombes, du côté des forces ukrainiennes comme russes. Ces dernières ont toutefois perdu quantité de drones depuis le début de la guerre et son industrie, frappée par les sanctions internationales, peine à en fabriquer. 

Moscou s'est donc tournée vers l'Iran pour importer et déployer en Ukraine ses Mohajer-6, un engin d'observation et d'attaque, et ses Shahed-136 ("Martyr-136"), de petits drones kamikazes à très longue portée (2500 km), "vraisemblablement impliqués dans des attaques au Moyen-Orient", notamment contre un pétrolier dans le golfe d'Oman l'été dernier, selon Londres.

Depuis le 13 septembre, quand Kiev a abattu son premier drone iranien, environ "deux douzaines" d'entre eux ont été aperçus dans le sud ukrainien, pour moitié neutralisés, assure à l'AFP Natalia Goumeniouk, une porte-parole militaire. En représailles de ces livraisons, l'Ukraine a réduit "significativement" la présence diplomatique de l'Iran, et retiré son accréditation à l'ambassadeur, une décision contestée par Téhéran, "basée sur des informations non fondées" selon elle. 

Une "pression psychologique sur la population" mais peu d'efficacité stratégique

Les Shahed "sont très difficiles à détecter, car ils volent très bas. Mais ils font beaucoup de bruit, comme une tronçonneuse ou un scooter", ce qui fait qu'on les entend de loin, décrit-elle la porte-parole militaire à l'AFP. Leur efficacité étant également "très basse", ils mettent surtout une "pression psychologique sur la population". Lorsque la Russie a commencé à recevoir des livraisons de l'Iran fin août, beaucoup s'avéraient déjà défectueux, avait alors affirmé le ministère américain de la Défense.

"Les industries de défense iraniennes ont tendance à privilégier le côté bon marché au contrôle qualité, de sorte que leurs systèmes présentent généralement un taux de défaillance assez élevé", confirme Jeremy Binnie, un analyste au centre de recherche britannique Janes. Les cibles des Shahed sont en outre verrouillées par GPS, et leur charge explosive "relativement faible", observe-t-il, ce qui nécessite du renseignement militaire fiable derrière les lignes ukrainiennes, ce sur quoi les Russes pêchent jusqu'ici, dit l'analyste. "Pour l'instant, les drones iraniens n'auront pas un impact majeur sur la guerre", prédit-il. 

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"Les Shahed-136 russes constituent certainement un problème croissant pour l'Ukraine", les dégâts qu'ils vont entraîner "seront tragiques et militairement gênants", mais le pays "est uni et victorieux malgré des villes entières réduites en ruines", a abondé sur Twitter Justin Bronk, chargé de recherche spécialiste de technologie militaire au sein du Royal United Services Institute de Londres. Il est selon lui "très peu probable" que les Shahed-136, même utilisés par centaines, "parviennent à changer l'issue".

Reste que le moral de la population, lui, se détériore. "Qu'arrivera-t-il ensuite ? Odessa restera-t-elle sûre ?", s'inquiète auprès de l'AFP Irina Korochenkaïa, 57 ans, qui a déménagé de Mykolaïv, une ville à deux heures de route de là, ciblée chaque jour par des frappes russes, pour s'installer à Odessa. Elle espérait y trouver un semblant de tranquillité. 


Maëlane Loaëc (avec AFP)

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