La guerre s'apprête à prendre un nouveau tournant avec la contre-offensive promise par l'Ukraine.
Mais les plus proches alliés de Kiev auraient déjà admis que la Russie allait gagner, selon la propagande pro-russe.
Cette affirmation s'appuie sur des propos largement déformés.

Malgré la promesse d'une contre-offensive au printemps, les alliés de Kiev auraient déjà admis la défaite de l'Ukraine. C'est en tout cas ce qu'assurent plusieurs publications de médias et comptes pro-russes. Ce mardi 2 mai, le propagandiste en chef du Kremlin, Vladimir Soloviev, affirmait auprès de ses 1,3 million d'abonnés sur Telegram : "Les médias occidentaux pensent que l'Ukraine est sur le point de vaincre la Russie, mais c'est tout le contraire", citant un général de l'armée américaine. Les États-Unis pensent-ils réellement que le combat est perdu d'avance ? 

Une phrase sortie de son contexte

Dans sa publication, la voix du Kremlin sur le petit écran cite Christopher Kavoli, général américain en tête du Commandement des forces de l'Otan en Europe. Lors d'une audition de la commission des forces armées de la Chambre des représentants des États-Unis, ce haut gradé aurait signalé que les pertes du côté russe "ont été grossièrement déformées par les médias occidentaux". "L'activité militaire globale de la Russie en dehors du conflit ukrainien a été la plus élevée de ces dernières années", aurait-il dit, selon la retranscription qu'en fait Vladimir Soloviev. Dans l'extrait qui accompagne le message, on entend Christopher Kavoli indiquer qu'une "grande partie de l'armée russe n'a pas été affectée négativement par ce conflit". Certains médias russes vont même encore plus loin, prétendant que le haut gradé aurait "révélé une vérité qui dérange". À savoir que "la Russie est en train de gagner", comme le titrait le quotidien Moskovski Komsomolets. Mais dans quel contexte a-t-il donné cette information ? Et quid de sa prévision d'une éventuelle victoire ? 

LES VÉRIFICATEURS - La propagande russe : mode d'emploi d'un système tentaculaireSource : TF1 Info

Pour en savoir plus, nous avons réécouté cette audition du 26 avril. Dans la vidéo publiée sur Youtube par le compte officiel de la Commission en charge de ce sujet, on retrouve l'extrait en question à partir de la 49ᵉ minute. Le général est alors interpellé par le député Joe Courtney, qui évoque l'activé croissante de la Russie dans l'Arctique "malgré la dégradation de sa force militaire". Le principal intéressé le reprend. Et indique, dans son ensemble, l'armée russe n'est pas affaiblie. Il ajoute que sa force sous-marine "est active comme nous ne l'avons jamais vu depuis des années". Le haut gradé est donc interrogé sur une question qui concerne un domaine très précis, ce qui ne signifie pas que l'Armée de terre de Moscou ne subit pas certains échecs. 

Les forces terrestres russes ont subi des pertes importantes en Ukraine
Christopher Kavoli, commandant des forces de l'Otan en Europe

Au contraire. En introduction de son propos, Christopher Kavoli soulignait même que "grâce à la résistance et à l'héroïsme du peuple ukrainien (...) les forces terrestres russes ont subi des pertes importantes en Ukraine". Preuve que la propagande russe a choisi de déformer les propos de ce général américain pour l'intégrer dans son récit.

Et quid de cette information selon laquelle Washington a prédit une victoire de Vladimir Poutine ? Ici, il s'agit de pure fiction. Si les renseignements américains ont émis par le passé certains doutes sur la capacité de l'Ukraine à disposer du stock de munitions nécessaires, le général ne fait absolument pas ce pronostic. C'est d'ailleurs plutôt l'inverse. Quelques minutes après l'extrait soigneusement isolé par la propagande russe, Christopher Kavoli appelle à "maintenir le cap". "Nous entrons dans une période où l'Ukraine mènera des opérations offensives, nous devons poursuivre dans cette voie", insiste-t-il à la 46ᵉ minute, soulignant être "convaincu" d'avoir fourni aux armées de Zelensky "le matériel dont ils ont besoin".

Par contre, une victoire de la Russie a bien été évoquée... Dans un scénario complètement hypothétique. Au bout d'un peu plus d'une heure d'audition, le représentant Mark Alford lance à son interlocuteur :"Que se passera-t-il si les Russes gagnent et que l'Ukraine perd ?" Le chef du Commandement des forces de l'Otan en Europe rétorque alors que tout dépendra "de ce que nous entendons par victoire, de l'endroit où les forces russes s'arrêteront géographiquement, et des capacités qui leur restent" militairement. 

En résumé, sur plus de deux heures d'audition, la seule fois où une défaite ukrainienne est évoquée, c'est pour présenter le plan d'action des alliés dans un scénario catastrophe. En réalité, le général s'est plutôt montré confiant quant au pouvoir des forces armées de Kiev de repousser l'envahisseur. D'ailleurs, en guise d'introduction, le chef des forces européennes assurait être "optimiste quant à l'avenir de l'Ukraine". 

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Felicia SIDERIS

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