Les sanctions sur les hydrocarbures russes sont en fin de compte bénéfiques à la Russie, explique François Lenglet, éditorialiste économique pour TF1/LCI.
La diminution de ces exportations provoque une "spéculation des marchés, faisant grimper les prix de l'énergie", explique-t-il.
Supprimer ces sanctions, qui ont une portée symbolique et politique, paraît toutefois compliqué.

Plus de six mois après le début de la guerre en Ukraine, les sanctions prises contre la Russie par les Occidentaux, à l'origine de la flambée des prix de l'énergie, ont elles prouvé leur efficacité ? Si Moscou a opéré, depuis le 24 février, un repli diplomatique et économique spectaculaire sur la scène internationale, les sanctions imposées sur ses exportations d'hydrocarbures n'auraient pas l'effet escompté, analyse François Lenglet, éditorialiste économique pour TF1/LCI. Au contraire, il estime, chiffres à l'appui, que ces sanctions remplissent les caisses de l'État russe, alors qu'elles affaiblissent la France et l'Europe.

Comment expliquer que les sanctions soient favorables à la Russie ? 

La Russie exporte des hydrocarbures. À partir du moment où on lui dit qu’on ne lui en achètera plus, mécaniquement les marchés internationaux se mettent à spéculer, et font grimper les prix des energies par crainte d’une pénurie. Concernant le pétrole, la Russie exporte aujourd’hui 7,4 millions de barils par jour, c’est seulement 600.000 de moins qu’avant la guerre, donc moins de 10% de moins, alors que les prix ont augmenté de 10%. Au total, les recettes ont augmenté de 40%. Cela fait six mois que cela dure. Et c’était relativement prévisible, avec le bilan des sanctions imposées au moment de l’annexion de la Crimée par Moscou, en 2014. 

Les revenus du pétrole de Poutine ne sont pas près de disparaitre
François Lenglet, éditorialiste économique TF1/LCI

Pour l’instant, ce que l’on voit, c’est que les sanctions sur les hydrocarbures ont deux très gros avantages pour Poutine : le premier, cela lui rapporte de l’argent ; le second, cela met à terre ses pays ennemis. Car ce sont eux qui vont connaître un ralentissement, et peut-être même la récession, pour les pays qui sont le plus dépendants comme l’Italie ou l’Allemagne. Et si, à terme, l’Europe ne sera plus dépendante de la Russie, des acheteurs de substitution sont apparus depuis le début du conflit. Comme l’Inde, qui est passée de 0 baril par jour à 1 million. Ces achats ne sont pas près de disparaître.Les revenus du pétrole de Poutine ne sont donc pas près de disparaître. 

Les autres sanctions de long terme qui visent à asphyxier l’économie russe sont en revanche bien plus efficaces, même si elles sont moins spectaculaires. Pour l’industrie pétrolière par exemple, les appareils de production vont vieillir petit à petit, car ils ne pourront plus se maintenir au niveau, n’ayant plus le droit d’importer des pièces de rechange occidentales.  

Quelles sont les conséquences de ces sanctions pour l’Europe ? Pour la France ? 

La conséquence pour l’Europe et la France, c’est un déficit de croissance, et peut être des rationnements. Quant à la récession, je ne suis pas sûr de ce scénario, je ne suis pas pessimiste sur la situation économique européenne. Je pense qu’on garde quand même des atouts, mais on va payer cela avec un différentiel de croissance. 

Le coût pour la France se paye de deux façons. Par un différentiel de croissance négatif par rapport à la situation qui aurait prévalu si le prix des énergies n’avait pas flambé. Et sur un plan budgétaire, par une aggravation de la dette à cause du bouclier tarifaire - que je ne remets pas en cause, car c’était probablement nécessaire de la mettre en place. Mais de fait, cela transfère 30 ou 40 milliards d’euros sur la dette de l’État en plus, qu’on va trainer pendant les dix ans qui viennent. 

C’est assez rare de voir des situations où la dimension politique et symbolique, et la dimension économique se contredisent à ce point-là
François Lenglet

Est-il envisageable de mettre fin à ces sanctions ? 

Si, au plan économique et budgétaire, ces sanctions sont absurdes, on ne peut pas faire fi de la dimension politique et symbolique. De ce point de vue, c’est assez réussi, et tout le monde a bien pris conscience du fait qu’on est en guerre contre la Russie. C’est assez rare de voir des situations où la dimension politique et symbolique, et la dimension économique se contredisent à ce point-là. 

Pour autant, il me paraît difficile aujourd’hui d’arrêter ces sanctions, justement pour des questions de symbolique. Il faut rappeler qu’en fait aujourd'hui, il n’y a pas de sanctions formelles sur les hydrocarbures, même si de fait toutes les sociétés occidentales, les assureurs, les transporteurs s’abstiennent désormais de commercer avec la Russie. Mais revenir en arrière, ce serait assez délicat politiquement. C’était probablement une erreur à la base, et ce n’est pas évident d’en sortir. 


Sébastie MASTRANDREAS

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