Les négociateurs russes et ukrainiens ont eu des "discussions substantielles" en Turquie, selon Moscou.
Le camp russe a promis de réduire "radicalement" son activité militaire en direction de Kiev et de Tcherniguiv.
L'Ukraine envisage de devenir neutre, si sa sécurité est garantie par plusieurs pays occidentaux.

"Il a été décidé, pour accroître la confiance, de réduire radicalement l'activité militaire en direction de Kiev et Tcherniguiv". C'est l'annonce spectaculaire que le vice-ministre russe de la Défense, Alexandre Fomine, a faite à l'issue des pourparlers russo-ukrainiens d'Istanbul. L'ensemble de la délégation russe s'est montrée satisfaite, le représentant du Kremlin, Vladimir Medinski, rapportant même des "discussions substantielles" et des propositions "claires" formulées par la partie adverse.

La proposition ukrainienne la plus concrète semble être son adhésion au principe de la neutralité, réclamée par Moscou. Le négociateur ukrainien en chef, David Arakhamia, a expliqué que son pays accepterait d'être neutre, si un "accord international" protège sa sécurité. Kiev exige des pays garants, dont la France, les États-Unis et la Chine, et un mécanisme "analogue à l'article 5 de l'Otan"- lequel stipule qu'une attaque contre l'un de ses membres est une attaque contre tous.  

Un renoncement explicite à une adhésion à l'Otan

Si elle parvient à obtenir de telles garanties, l'Ukraine "ne déploiera sur (son) territoire aucune base militaire étrangère" et ne rejoindra "aucune alliance militaro-politique", selon le négociateur Olexandre Tchaly. Un renoncement explicite à toute adhésion à l'Otan, une autre des revendications de Moscou. En revanche, Kiev demande que cet accord international n'interdise en rien l'entrée de l'Ukraine dans l'Union européenne. 

Un répit pour Kiev ?

Les propositions ukrainiennes ont été qualifiées de "constructives" par la délégation russe, qui en retour a donc fait la promesse d'une réduction de son activité militaire en direction de Kiev et de Kharkiv, et dont la réalité sur le terrain reste à constater dans les prochains jours. L'annonce de Moscou, si elle était suivie d'effets, signerait une inflexion majeure dans sa stratégie d'invasion, dont la capitale ukrainienne avait longtemps semblé être un objectif.

Une rencontre Zelensky-Poutine envisageable ?

La possibilité d'une rencontre directe entre le président ukrainien, Volodymyr Zelensy, et son homologue russe, Vladimir Poutine, semble également moins impensable qu'il y a quelques jours, selon Moscou. "Nous avons dit depuis le début qu'elle sera possible lorsqu'il y aura un accord", a réagi Vladimir Medinski, selon qui cette "rencontre pourrait être multilatérale, avec la participation d'États garants".  

Elle constituerait, pour le chef de la délégation russe, l'acte final qui validerait des "accords de paix"- un horizon certes lointain, mais dont on a parlé à Istanbul, pour la première fois depuis le début de l'offensive russe il y a un peu plus d'un mois. Sans pour autant convaincre les États-Unis, qui assurent pour l'heure ne pas voir de signes de "réel sérieux" de la Russie dans les discussions.

Dans la soirée, le président ukrainien a admis avoir perçu des "signaux positifs" dans les pourparlers d'Istanbul, mais a rappelé qu'"ils ne taisent pas les explosions ou les obus russes". Lui aussi prudent après les annonces de Moscou, Volodymyr Zelensky a souligné dans une vidéo sur Telegram que "l'armée russe a toujours un potentiel important pour poursuivre les attaques contre notre État".


Frédéric SENNEVILLE

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