À la suite de l'annonce du Kremlin de la mobilisation de 300.000 réservistes, de nombreux Russes ont tenté de fuir le pays.
S'il est encore difficile de mesurer l'ampleur de cet exode vers l'UE, la question est prise au sérieux par les 27.
De l'ouest de l'Europe aux pays frontaliers, les positions divergent fortement sur l'accueil de ces ressortissants.

C'est un sujet épineux sur laquelle l'Union européenne peine à s'accorder : le sort des Russes fuyant la mobilisation militaire divise le bloc, pris entre la volonté de soutenir les opposants à Vladimir Poutine et les craintes pour sa sécurité. "Une question délicate", a reconnu auprès de l'AFP Eric Mamer, le porte-parole de la Commission européenne, institution qui "suit très attentivement la situation". Une réunion d'urgence des ambassadeurs des 27 est d'ailleurs prévue lundi à Bruxelles.

L'exécutif européen n'a pas donné de chiffre sur l'ampleur des arrivées de Russes dans l'UE à la suite de l'ordre de "mobilisation partielle" sur le front ukrainien annoncé mercredi par Vladimir Poutine. Seul chiffre évocateur : à la frontière finlandaise, le nombre d'entrées de citoyens russes a doublé depuis cette annonce (6470 jeudi contre 3100 en début de semaine) mais reste à un niveau limité, selon les garde-frontières. 

Si la gestion des frontières nationales est une compétence des États membres, le droit européen garantit un accès au droit d'asile. Mais l'obtention d'une protection n'est pas automatique, elle fait l'objet d'un examen au cas par cas, rappelle la Commission, soulignant que la situation est "sans précédent" et les "risques en matière de sécurité" doivent aussi être pris en compte. Tour d'horizon des différentes positions au sein de l'Union.

L'Allemagne et la France ouvertes à l'accueil

Charles Michel, le président du Conseil européen, a tenu à envoyer un "signal fort" vendredi au micro de LCI : "Je veux effectivement donner le signal que les Russes qui décideraient de ne pas participer à cette guerre, de déserter, seront respectés par l'Union européenne", a-t-il déclaré, appelant les États membres de l'UE à "suivre l'exemple de l'Allemagne"

Steffen Hebestreit, porte-parole du chancelier allemand Olaf Scholz, a en effet souligné "qu'une voie devait rester ouverte aux Russes pour venir en Europe et en Allemagne". La ministre allemande de l'Intérieur Nancy Faeser avait aussi indiqué que "celui qui s'oppose courageusement à Poutine et se met ainsi en grand danger peut demander l'asile politique", dans un entretien au journal Frankfurter Allgemeine Zeitung, tout en rappelant sur Twitter que "l'octroi de l'asile reste une décision au cas par cas", qui nécessite "un contrôle de sécurité". "Mauvaise approche", a réagi sur le réseau social l'ambassadeur d'Ukraine en Allemagne Andriï Melnyk, estimant que "les jeunes Russes qui ne veulent pas faire la guerre doivent enfin renverser Poutine".

La France semble toutefois s'aligner sur les positions allemandes : la ministre française des Affaires étrangères Catherine Colonna a estimé qu'il fallait "répondre au désir d'une grande partie de la population russe d'exprimer ses opinions et parfois de quitter la Russie pour venir sur le reste du continent". "Nous voulons sanctionner les oligarques, nous voulons sanctionner ceux qui soutiennent l'effort de guerre (...) mais il est nécessaire de permettre des contacts avec les citoyens russes", a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse de fin d'Assemblée générale de l'ONU à New York. 

Vendredi, les sénateurs écologistes ont plaidé vendredi pour l'accueil en France "d'opposants" et de "déserteurs" russes qui refusent leur éventuelle mobilisation sur le front ukrainien, dans un courrier adressé à la Première ministre Elisabeth Borne. "Une large partie de la population russe refuse de participer à une guerre meurtrière qu'elle désapprouve", y écrivent-ils.

Les pays frontaliers bien plus frileux

Mais d'autres pays, frontaliers de la Russie, affichent bien davantage de réserves, particulièrement sensibles au danger que pourrait représenter l'entrée de ressortissants russes sur leurs territoires. Les États baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) et la Pologne avaient déjà restreint l'entrée des citoyens russes sur leur sol de façon plus drastique qu'ailleurs dans l'UE. "Beaucoup de Russes qui sont en train de fuir la Russie à cause de la mobilisation étaient d'accord avec le fait de tuer des Ukrainiens (...) il ne faut pas les considérer comme des objecteurs de conscience", a dénoncé jeudi le ministre letton des Affaires étrangères Edgars Rinkēvičs sur Twitter. "Il y a des risques considérables pour la sécurité à les accueillir et il y a des tas de pays où aller en dehors de l'UE", a-t-il ajouté.

Le ministre lituanien de la Défense, Arvydas Anusauskas, a estimé pour sa part que "la conscription n'était pas un motif suffisant" pour avoir l'asile politique. Mais "s'il y avait en même temps des actes de persécution, nous l'envisagerions", a-t-il précisé. Quant à l'Estonie, elle refuse aussi d'"offrir une protection aux déserteurs". "Ce serait fondamentalement contradictoire avec le but de nos sanctions jusqu'à présent, qui (visent) la responsabilité collective des citoyens russes", a déclaré mercredi le ministre de l'Intérieur, Lauri Laanemets, selon l'agence de presse BNS. La République tchèque est sur la même ligne : elle ne leur délivrera pas de visa humanitaire.

Quant à la Finlande a, elle aussi, annoncé vendredi qu'elle allait limiter "significativement" l'accès des Russes à son territoire en refusant ceux qui disposent de visas de tourisme d'un pays européen de l'espace Schengen. "Il devra y avoir une autre raison" que le motif touristique, a expliqué le ministre finlandais des Affaires étrangères Pekka Haavisto.


M.L (avec AFP)

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