Alors que la ville de Marioupol est assiégée par les forces Russes, l'usine d'Azovstal résiste.
Jeudi 21 avril, Vladimir Poutine a annoncé le siège de l'immense site industriel.
À l'intérieur, plusieurs milliers de soldats ukrainiens et des centaines de civils et de blessés sont toujours retranchés.

Elle résiste, mais jusqu'à quand la forteresse le peut-elle ? Après plusieurs semaines de combat, l'usine Azovstal est désormais la dernière poche de résistance à Marioupol, dont les Russes ont annoncé avoir pris le contrôle, jeudi 21 avril. À l'intérieur, quelque milliers de soldats ukrainiens attendent la dernière sommation russe, aux côtés "d'environ un millier de civils, femmes et enfants" et "des centaines de blessés", selon le président Volodymyr Zelensky.

Mais la stratégie du chef du Kremlin est tout autre. Jeudi, Vladimir Poutine a ordonné d'assiéger l'usine, "de sorte que pas une mouche ne passe", renonçant à donner l'assaut du site industriel, qui comporte des kilomètres de galeries souterraines. Il a justifié cette décision par son souci de préserver la vie des soldats russes. Selon l'Institut américain pour l'étude de la guerre (ISW) dans sa dernière évaluation publiée ce vendredi, Moscou cherche surtout "à affamer les défenseurs et les civils restants".

Un labyrinthe de 30 mètres de profondeur

Car l'armée russe le sait : multiplier les attaques directes ne fonctionne pas. D'autant que l'usine se révèle être un véritable labyrinthe. Des tunnels, de plus de 20 km, creusés jusqu'à 30 mètres de profondeur, compliquent son accès. "C'est une ville dans la ville (...), ce n'est pas possible de bombarder d'en haut, il faut nettoyer sous terre. Cela prendra du temps", avait admis, début avril, Edouard Bassourine, représentant des forces séparatistes prorusses de Donetsk. Pour Alexander Grinberg, analyste à l’Institut de Jérusalem pour la stratégie et la sécurité, c'est même mission impossible. Les Russes "peuvent attaquer, mais ils seront massacrés, car tactiquement les défenseurs des tunnels ont le dessus."

Guerre en Ukraine : Marioupol aux mains de l'armée russe ?Source : JT 20h Semaine

Le site d'Azovstal se retrouve donc totalement isolé et la situation à l'intérieur est de plus en plus critique pour les civils pris au piège. Chacun tente de survivre avec les ressources disponibles, soulignait le commandant ukrainien Serguiy Volyna au Washington Post. "Nous économisons l'eau, nous nous soutenons, nous nous aidons autant que possible. Mais dans le sous-sol, les gens croupissent. Il n'y a pas de médicaments", indiquait-il au journal américain. Le maire adjoint de Marioupol ne cache pas, lui non plus, son inquiétude. "Ils manquent de tout. Ils manquent d'eau, de nourriture, de médicaments, d'aide. Et la Russie bloque tout, toute l'aide humanitaire et les évacuations", alertait-il à la BBC.

Les derniers jours ?

Combien de temps les Ukrainiens vont-ils pouvoir tenir ? Impossible de le savoir réellement. Selon l'une des porte-parole du groupe sidérurgique Metinvest, il y aurait de l'eau et de la nourriture "pour tenir trois semaines" et pour 4000 personnes dans l'usine, explique-t-elle au New York Times. Mais dans une vidéo publiée sur Facebook, le commandant ukrainien Serguiy Volyna adopte un tout autre ton : "Nous vivons peut-être nos derniers jours, voire nos dernières heures.”

Ce samedi, les autorités ukrainiennes espèrent à nouveau évacuer les civils coincés à Marioupol, après plusieurs jours sans trêve possible. Mais selon l'ISW, il est peu probable que l'armée russe réponde favorable à la proposition de Kiev et mette à mal sa stratégie de siège. Vendredi, le ministère russe de la Défense a d'ailleurs déclaré qu'il n'entamerait une pause humanitaire à Marioupol que lorsque les forces ukrainiennes "lèveraient des drapeaux blancs" et se rendraient.


Léa COUPAU

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