Formé à l'école de l'armée rouge de Moscou, qui est le général Syrsky, nouveau commandant en chef de l'armée ukrainienne ?

par Aurélie LOEK avec AFP
Publié le 9 février 2024 à 10h22, mis à jour le 9 février 2024 à 14h38

Source : TF1 Info

Après plusieurs semaines de tensions, Volodymyr Zelensky a changé son commandant des forces ukrainiennes.
Le populaire Valeri Zaloujny a été remplacé par Oleksandre Syrsky.
Moins connu que son prédécesseur, celui qui était jusque-là chef de l'armée de terre est une figure clé de l'armée ukrainienne.

Sera-t-il celui qui va mener l'Ukraine à la victoire ? C'est en tout cas la mission à laquelle va s'atteler le nouveau commandant des forces ukrainiennes, Oleksandre Syrsky, nommé par Volodymyr Zelensky ce jeudi 8 février à la place de Valeri Zaloujny. Ne manquant pas de tresser ses louanges lors de cette annonce sur les réseaux sociaux, le chef d'État ukrainien a demandé un plan "réaliste" pour 2024 à ce militaire qui s'est déjà illustré depuis le début de la guerre en Ukraine.

"L'homme qui a permis à Kiev de ne pas tomber"

Sur ses réseaux sociaux, le chef d'État ukrainien l'a présenté comme le "général le plus expérimenté d'Ukraine". Jusque-là commandant des forces terrestres, le militaire âgé de 58 ans était commandant en chef des forces militaires de Kiev, en 2022, lors du début de l'invasion en Ukraine. "Il a été l'homme qui a permis à Kiev de ne pas tomber", décrit le général François Clemenceau à LCI, dans la vidéo en tête de cet article.

"Cet esprit de résistance, qui a animé l'Ukraine pendant les premières semaines de l'invasion russe, c'est à lui qu'on le doit sur le terrain", estime-t-il. Quelques jours après la retraite des Russes de la région de Kiev, en avril 2022, Volodymyr Zelensky félicitait lui-même son général en lui remettant le titre de "héros de l'Ukraine", la plus haute distinction nationale.

Autre succès à son actif, la libération de Kharkiv, dans le nord-ouest de l'Ukraine, à l'automne 2022. C'est alors le général qui est à nouveau aux commandes quand l'armée ukrainienne inflige cette deuxième humiliation à Moscou. Pour autant, ces succès, défensifs comme offensifs, n'ont pas fait de lui une icône aussi populaire que son prédécesseur Valeri Zaloujny. Selon un sondage réalisé dans le pays en décembre 2023, 48% des sondés disaient même ne pas connaître Oleksandre Syrsky.

Expérimenté, mais aussi critiqué

Par ailleurs, Oleksandre Syrsky n'est pas épargné par les critiques. "Depuis plus de 15 mois, il est aussi celui qui incarne la rigidité du front et l'incapacité de l'Ukraine, des forces ukrainiennes non seulement à mener cette contre-offensive qui avait été tant attendue", souligne François Clemenceau. Peu charismatique, on lui reproche un style froid et une approche trop similaire à celles des généraux de l'URSS. Il faut dire que, comme l'essentiel des hauts gradés de sa génération, l'homme, né en 1965 en URSS dans une région aujourd'hui russe, a fait ses études à l'école de commandement de l'armée rouge à Moscou. Il fait partie de la première génération de militaires ukrainiens après la fin de l'Union soviétique. 

L'influent site d'information Ukraïnska Pravda lui reproche par ailleurs d'être insensible aux pertes humaines. Il "s'est forgé la réputation d'un homme qui accorde plus d'importance à l'accomplissement des tâches qu'au nombre de vies qu'il sacrifie à cette fin", écrivait le site cette semaine. Selon François Clemenceau, Oleksandre Syrsky incarnerait ainsi l'incapacité de l'Ukraine "à résister à la Russie, notamment à Bakhmout ou dans d'autres lieux, en sacrifiant des vies humaines pour sauver des lieux qui ne sont pas stratégiques pour l'Ukraine."

Loin d'être un homme de bureau, selon ses services, l'armée diffuse régulièrement des images le montrant armé et casqué, jusque dans les tranchées, serrant la main ou riant avec des soldats. Le général a également pour lui une connaissance précise de l'armée ukrainienne qu'il connaît depuis ses débuts. Après sa formation à Moscou, le militaire a été déployé en 1980 en Ukraine, dans ce territoire qui était alors encore une province de l'URSS. Mais à la chute de l'empire soviétique, Syrsky reste en Ukraine, tout juste indépendante, et rejoint sa jeune armée. 

Il gravira ensuite tous les échelons, jusqu'à être nommé général en 2009. En 2013, il participe au développement de la coopération avec l'Otan. En 2014, lors de l'annexion de la Crimée par la Russie, Syrsky est l'un des chefs d'opérations pour empêcher Moscou de prendre le contrôle de tout le Donbass. Deux ans plus tard, il devient le commandant de toutes les opérations dans l'est, et ce, jusqu'à l'invasion russe de Vladimir Poutine, le 24 février 2022. Une connaissance militaire précieuse, alors que l'Ukraine tente de relancer son offensive.


Aurélie LOEK avec AFP

Tout
TF1 Info