Ukraine : neuf mois de guerre

Porte-à-porte, soldats armés, vote oral : la très polémique organisation des "référendums" d'annexion en Ukraine

A.B.
Publié le 27 septembre 2022 à 13h25
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

La Russie achève ce mardi l'organisation des référendums d'annexion dans quatre territoires totalement ou en partie sous son contrôle en Ukraine.
Des votes qualifiés de "simulacres" par Kiev et la communauté internationale.

Des soldats qui font du porte-à-porte, arme à la main, des votes à l'oral ou caché derrière un simple classeur... À Kherson, Zaporijia, Lougansk et Donetsk, les "référendums" d'annexion de ces territoires ukrainiens totalement ou en partie contrôlés par la Russie se terminent, ce mardi 27 septembre. Des votes largement dénoncés par Kiev et la communauté internationale et qualifiés de "simulacres" alors que, selon les témoignages recueillis par plusieurs médias internationaux, ces scrutins se déroulent dans un climat compliqué, et sous forte présence militaire, depuis le 23 septembre dernier.

Une habitante de Kherson a affirmé à la BBC qu'il fallait "répondre verbalement" pour voter à des "soldats qui marquent la réponse sur une feuille et la conservent". Plusieurs images montrent ainsi, dans le sud de la ville, des gardes russes ou tchétchènes faisant du porte-à-porte avec des "représentants" pour recueillir le vote des gens. 

Même chose dans la région de Zaporijia, où plusieurs vidéos montrent des hommes en armes aller à la rencontre des habitants pour leur permettre de voter. "Un soldat est entré, tenant une feuille à la main : il nous a demandé de répondre oui ou non, à voix haute, à la question posée par référendum, puis il a consigné notre vote et s'en est allé", a raconté une habitante de Energodar, ville située près de la centrale nucléaire de Zaporijia avant d'ajouter : "J'étais tétanisée, la vue des soldats en armes m'a inspiré une peur animale".

Un processus justifié par la Russie par les conditions sécuritaires qui entourent ces scrutins, sur fond de contre-offensive ukrainienne et alors que les territoires sont toujours touchés par d'importants combats. Au début des "référendums", l'agence de presse Tass avait d'ailleurs expliqué que le vote "en personne aura lieu exclusivement le 27 septembre. Les autres jours, le vote sera organisé dans les communautés et à la manière du porte-à-porte". 

Climat de "peur"

Du côté de Mélitopol, dans le sud-est de l'Ukraine, une autre citoyenne a raconté que deux "collaborateurs" locaux s'étaient présentés à l'appartement de ses parents pour leur donner un bulletin de vote à signer. Plusieurs citoyens ont également témoigné, auprès du New York Times, du climat de "peur" qui régnait dans les quatre territoires soumis au vote. Le journaliste ukrainien Maxim Eristavi a ainsi détaillé sur Twitter : "Ma famille vient d'être forcée de voter sous la menace d'une arme dans le cadre d'un "référendum" russe dans le sud de l'Ukraine : ils viennent chez vous, vous devez ouvertement cocher la case pour être annexé par la Russie (ou pour rester en Ukraine si vous vous sentez suicidaire), tout cela pendant que des hommes armés vous observent".

Des accusations de pression qu'a tenté de contrer la Russie, en organisant des tournages pour des journalistes et des observateurs étrangers, montrant des citoyens voter dans des isoloirs dans un scrutin qui semble organisé. Toutefois, des images de participants contraints de voter cachés par de simples classeurs dans les bureaux de vote ont mis à mal cette communication.

De son côté, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui surveille les élections, a déjà prévenu que les référendums organisés n'auraient aucune valeur juridique. Selon l'organisation, ils ne répondent en effet pas aux normes internationales puisqu'ils sont contraires à la législation ukrainienne, sont organisés dans des zones peu sûres alors qu'aucun observateur indépendant n'a été dépêché pour le scrutin et qu'une grande partie de la population a fui. 

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À noter que lors de ces votes, les résidents des territoires ont été soumis à des questions différentes. Les résidents des régions séparatistes prorusses de Donetsk et de Lougansk, qui ont déjà proclamé leur "indépendance", doivent se prononcer sur leur désir de faire partie ou non de la Russie. Dans les régions de Kherson et de Zaporijia, partiellement occupées par les forces russes, la question posée est la suivante : "Voulez-vous faire sécession de l’Ukraine, créer des États indépendants et faire partie de la Russie ?". 

Si les référendums devaient aboutir à l'incorporation de ces territoires à la Russie, ce qui fait peu de doutes, cela constituerait une escalade du conflit, d'autant que le président Vladimir Poutine a agité la menace de frappes nucléaires pour défendre ce qu'il considère comme étant son territoire.


A.B.

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