À Bakhmout, ville de l'est de l'Ukraine, le patron des forces Wagner dirige les opérations militaires russes.
Des soldats recrutés dans des prisons sont utilisés en première ligne.
L'armée ukrainienne n'hésite pas à parler de "soldats à usage unique" ou "d'appâts humains".

Le groupe paramilitaire Wagner, qui a émergé en 2014 en Ukraine, est désormais actif sur plusieurs continents. S'il est mobilisé au Mali, on le voit encore aujourd'hui opérer dans le cadre du conflit qui oppose Kiev et Moscou. Du côté de Bakhmout, petite ville située à l'est de l'Ukraine, Evguéni Prigojine, le patron des forces Wagner, est même à la manœuvre en personne. Et les méthodes qui y sont employées surprennent, y compris dans les rangs ukrainiens.

Des soldats utilisés tels des appâts

L'AFP, qui a enquêté dans la région, a recueilli des témoignages de militaires ukrainiens mobilisés. Leurs récits, concordants, indiquent que le groupe Wagner déploie des soldats recrutés directement dans les prisons russes, en échange d'un salaire et d'une promesse d'amnistie. Pour autant, leur sort serait bien peu enviable : ils seraient en effet déployés surtout la nuit, faisant office "d'appâts humains".

"Ça commence vers 18 heures, quand il fait sombre", explique Anton, militaire ukrainien de 50 ans au repos suite à une blessure. "Ces soldats sans expérience sont envoyés sous nos balles pendant plusieurs minutes et ils y restent", ajoute-t-il. Au total, il estime que 7 ou 8 commandos que l'on pourrait qualifier "de diversion" peuvent être envoyés sur une position au cours d'une même nuit. "Leur boulot est d'avancer dans notre direction pour que l'on tire sur eux et qu'ils puissent alors nous localiser", analyse Sergii, major au sein des forces ukrainiennes. Une fois repérées, ces dernières voient arriver sur leurs positions des membres de l'artillerie ou d'autres commandos plus expérimentés. Les recrues de Wagner, recrutées à la hâte et peu formées, n'ont que peu de chances d'en réchapper une fois sur le front, bien que quelques blessés soient occasionnellement capturés et interrogés. Côté ukrainien, on qualifie ces hommes de "soldats à usage unique".

Une vidéo authentifiée par l'AFP montre l'un de ces soldats. Il explique venir de "Kopeika", un pénitencier localisé à Voronej, dans l'ouest de la Russie. Son recrutement remonte à un mois auparavant, et s'est accompagné d'un court entraînement. Il a ainsi fréquenté trois lieux différents, parmi lesquels Lougansk. Qui étaient ses camarades envoyés au front ? Des "taulards" tout comme lui, répond-il après sa capture.

Comme lui, plusieurs milliers d'hommes seraient ainsi mobilisés en Ukraine, tout juste extraits des geôles russes où ils se trouvaient jusqu'alors. Rien qu'à Bakhmout, le patron de Wagner aurait réussi à recruter en prison jusqu'à "2000" détenus, assurait publiquement le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, il y a une dizaine de jours. Un conseiller de la présidence ukrainienne évoque quant à lui "dans une fourchette basse" que l'équivalent d'une compagnie serait mobilisée par jour, soit 100 à 200 hommes.


TD avec AFP

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