Annexions, mobilisation... Poutine choisit l'escalade

Vers une nouvelle guerre froide ? Hélène Carrère d'Encausse pointe le "changement de nature" du conflit en Ukraine

Léa COUPAU
Publié le 9 mai 2022 à 12h54
JT Perso

Source : L'Invité Politique

Après deux mois et demi de conflit en Ukraine, la Russie piétine sur le terrain, alors qu'outre-Atlantique, les États-Unis continuent leur soutien financier et militaire à Kiev.
Pour Hélène Carrère d'Encausse, historienne spécialiste de la Russie, c'est le signe d'une nouvelle guerre froide entre les deux superpuissances.

Bien que l'URSS appartienne désormais au passé, il souffle comme un vent de guerre froide. Après deux mois et demi de conflit, il n'y aucun signe de désescalade entre Kiev et Moscou, bien au contraire. Les négociations semblent au point mort et aucune sortie de conflit n'est encore prévue. Mais parmi les belligérants, un troisième protagoniste est désormais en première ligne : les États-Unis qui, alors qu'ils ne voulaient pas s'engager, paraissent de plus en plus prêts à une confrontation directe avec la Russie.

Poutine est "en guerre sur le sol ukrainien, contre les États-Unis"

Pour Hélène Carrère d'Encausse, historienne spécialiste de la Russie invitée sur LCI, l'engagement américain est le signe "du changement de nature" de la guerre vers un affrontement idéologique, explique-t-elle face à Elizabeth Martichoux, ce lundi 9 mai. Le 24 février, le président russe "n'avait aucune raison de partir contre l'Ukraine. Il avait tout dans les mains : la Crimée, l'engagement ukrainien de ne pas aller dans l'Otan. Mais il a cru pouvoir faire un geste spectaculaire et la conséquence est qu'il n'est plus en conflit contre les Ukrainiens, mais en guerre sur le sol ukrainien, contre les États-Unis", pointe-t-elle. 

Conquis par la résistance ukrainienne, les États-Unis se sont rapidement engagés aux côtés de Kiev, assurant leur volonté de défendre la démocratie. "Résultat, c'est une guerre avec le renseignement américain, avec le matériel américain", appuie l'historienne. Au total, le Pentagone a déjà débloqué plus de 3,7 milliards de dollars pour l'Ukraine, fournissant chars, artillerie lourde et drones superpuissants. Sans compter la rallonge de 33 milliards de dollars que Joe Biden a demandée au Congrès.

Un soutien américain qui ravive l'idée de deux blocs internationaux, "où contrairement à ce qu'il pensait, Vladimir Poutine est ridicule", souligne Hélène Carrère d'Encausse, comparant la guerre en Ukraine au conflit en Afghanistan. En 1979, "quand les Soviétiques envoient leurs troupes là-bas pour, là encore, une promenade militaire, ils se sont trouvés face à des Afghans qui ne voulaient pas céder. C'est exactement ce qu'il se passe avec les Ukrainiens", explique l'historienne. Cinquante ans plus tard, "on revoit le schéma de la tragédie afghane où la guerre s'est terminée par l'effondrement de l'URSS", appuie-t-elle.

Un parallèle susceptible d'effrayer le locataire du Kremlin ? Absolument, répond l'historienne. "Aujourd'hui, Vladimir Poutine est dans une situation difficile. À un moment donné, il se rappellera peut-être qu'il y a eu une chute de l'URSS... ou une chute de Vladimir Poutine ?" Pour se sortir de cette impasse, le locataire du Kremlin "n'aura pas le choix de négocier, on peut l'espérer." 

Lire aussi

Cette paix se fera toutefois dans des conditions qui arrangeront les grandes puissances, dont les États-Unis, assure l'historienne. L'Europe, elle, aura "un rôle de médiatrice. Arrêter le conflit, c'est que veut aussi Emmanuel Macron", conclut-elle.


Léa COUPAU

Tout
TF1 Info