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Le président colombien a-t-il comparé Gaza à Auschwitz et rompu les relations diplomatiques avec Israël ?

Publié le 17 octobre 2023 à 19h11

Source : Sujet TF1 Info

Sur les réseaux sociaux, on apprend cette semaine que le président colombien a condamné l'attitude d'Israël et comparé Gaza au camp d'Auschwitz.
Très véhément envers l'État hébreu, Gustavo Petro a bel et bien établi un tel parallèle dans une série de messages posté en ligne.
Si des tensions majeures ont émergé entre la Colombie et Israël, une rupture des relations diplomatiques n'est pas (encore) à l'ordre du jour.

Israël dans le viseur de la Colombie ? Si l'on en croit des messages sur les réseaux sociaux, le président Gustavo Petro qui se considère toujours à 62 ans comme un "révolutionnaire" a tenu des propos très durs à l'encontre de l'État hébreu, en marge du conflit qui l'oppose au Hamas. Il "compare Gaza à Auschwitz et rompt avec effet immédiat les relations diplomatiques et commerciales avec Israël", lit-on sur X. Des affirmations qui ne sont partiellement vraies.

Des tensions diplomatiques exacerbées

En l'espace de quelques jours, les relations diplomatiques entre la Colombie et Israël sont devenues particulièrement tendues. Le point de départ ? L'annonce par le ministre israélien de la Défense Yoav Gallant du "siège complet" de Gaza. Une déclaration au cours de laquelle de représentant de l'État hébreu expliquait faire face à "des animaux". En réponse à ces propos, le président colombien Gustavo Petro avait publié sur X le message suivant : "C'est ce que les nazis disaient des Juifs. Les peuples démocratiques ne peuvent pas permettre au nazisme de se réinstaller dans la politique internationale". Fustigeant un "discours de haine", il estimait qu'une telle escalade conduirait à terme à "un holocauste".

Il n'en fallait pas davantage pour qu'une crise diplomatique n'émerge : Israël a répliqué en annonçant le 15 octobre une suspension de ses "importations de sécurité". Une décision forte alors que le pays fait partie des principaux fournisseurs d'armes utilisées par l'armée colombienne. 

Gustavo Petro, très remonté sur les réseaux sociaux, n'a pas apprécié la convocation de l'ambassadrice de Colombie en Israël, liée à ses propos qualifiés de "hostiles et antisémites". Il a alors répliqué et pris position au nom de son pays, assurant qu'il n'apportait pas de soutien à un "génocide". Un message accompagné d'une mise en garde : "Si nous devons suspendre nos relations avec Israël, nous les suspendons".

La passe d'armes aurait pu s'arrêter là, mais l'ambassadeur d'Israël en Colombie s'est invité dans ces échanges. Il a encouragé Gustavo Petro à se rendre à Jérusalem, pour visiter le mémorial de Yad Vashem honorant la mémoire des victimes juives de la Shoah. "Nous pouvons aussi nous arrêter en Pologne, visiter le camp  [...] d'Auschwitz", a-t-il ajouté. C'est alors que le dirigeant colombien a effectué un parallèle avec le nazisme : "Je suis déjà allé au camp de concentration d'Auschwitz et je vois maintenant qu'il est reproduit à Gaza", a-t-il lancé.

Des relations maintenues entre les deux pays

Évoquer de vives tensions entre les deux pays relève aujourd'hui de l'euphémisme, mais pour autant, les affirmations selon lesquelles les relations diplomatiques seraient rompues entre Israël et la Colombie sont fausses. À l'origine, un message du ministre des Affaires étrangères Álvaro Leyva, posté sur X, a semé le troublé. Il a en effet pointé du doigt "l’arrogance insensée de l’ambassadeur israélien en Colombie envers Gustavo Petro, président de la République". Jugeant "honteuses" ses déclarations, il a estimé que le diplomate devrait s'excuser. "Au minimum, formulez des excuses et partez", a-t-il lancé.

S'agissait-il d'un renvoi pur et simple de l'ambassadeur ? Non, a rapidement réagi le ministre, précisant aux médias colombiens qu'il s'agissait "juste d'un tweet". Sollicité par la chaîne de télévision publique Canal 1, l'analyste et professeur à l'Université du Rosario Mauricio Jaramillo Jassir a livré sa vision de la situation. Selon lui, "ce que Petro a déclaré est cohérent avec la position historique progressiste en Colombie concernant la cause palestinienne […] et avec l'urgence du moment". Le gouvernement, ajoute-t-il, "estime qu'un génocide est en train de se commettre et c'est pourquoi il réagit dans l'urgence". Pour autant, il semble à cet observateur "très prématuré" et "peu opportun" d'envisager une rupture nette entre la Colombie et Israël.

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Thomas DESZPOT

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