La justice hongkongaise a ordonné le retrait des plateformes internet du chant "Glory to Hong Kong" et son interdiction sur tout le territoire.
La chanson était devenue un hymne des manifestants pro-démocratie, lors des manifestations de 2019.
La Chine salue une décision "nécessaire", les États-Unis la dénoncent.

C'est une nouvelle victoire du gouvernement pro-chinois. La justice de Hong Kong a interdit, ce mercredi 8 mai, le chant "Glory to Hong Kong", popularisé pendant les manifestations pro-démocratie de 2019. C'est la première décision du genre depuis la rétrocession de cette ancienne colonie britannique à la Chine, en 1997. Les autorités vont par ailleurs demander le retrait de la chanson de toutes les plateformes internet.

"Nous sommes convaincus qu'une injonction doit être accordée", a écrit le juge Jeremy Poon dans la décision judiciaire. Pékin s'en est aussi félicité : "Empêcher quiconque d'utiliser ou de diffuser la chanson en question [...] est une mesure légitime et nécessaire prise par Hong Kong pour assumer sa responsabilité en matière de protection de la sécurité nationale", a déclaré Lin Jian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, lors de son point presse régulier.

Les États-Unis ont dénoncé de leur côté un "dernier coup porté à la réputation internationale d'une ville qui s'enorgueillissait auparavant d'avoir un système judiciaire indépendant protégeant le libre-échange d'informations, d'idées et de biens", par la voix de Matthew Miller, porte-parole du département d'État.

En réaction, des géants de la tech, dont Apple, Google et X, ont appelé à un Internet "libre et ouvert" à Hong Kong, condition fondamentale "au regard des ambitions de la cité de devenir un hub international en matière de technologies et d'innovation".

Un hymne contre le projet de loi de Pékin

Pourtant, le chant ne sera bientôt plus accessible sur Internet aux utilisateurs hongkongais : "Le gouvernement communiquera avec les fournisseurs d'accès à Internet concernés et leur demandera de retirer le contenu en question conformément à l'injonction", a déclaré mercredi Paul Lam, secrétaire à la Justice de la ville de Hong Kong. Il est également interdit de l'interpréter. Des exceptions sont prévues pour les "activités académiques" et les journalistes.

Devenu un hymne du mouvement pro-démocratie de la ville, il a été écrit et popularisé pendant les manifestations parfois violentes de 2019 qui ont vu des millions de personnes descendre dans la rue pour réclamer des libertés politiques. La contestation, déclenchée par un projet de loi autorisant l'extradition des "délinquants fugitifs" vers la Chine, avait alors duré plusieurs mois. Les paroles de la chanson incluent un slogan devenu célèbre lors des protestations : "Libérez Hong Kong, révolution de notre temps".

114 opposants condamnés depuis 2020

L'exécutif local avait déposé en juin une demande d'injonction pour que ce chant soit interdit. Un tribunal l'avait d'abord rejeté, invoquant une remise en cause de la liberté d'expression. Des responsables locaux avaient demandé à des géants du web comme Google de supprimer le chant pro-démocratie des résultats de recherche et des plateformes de vidéo mais avaient été éconduits. La cour d'appel a donc suivi ce mercredi l'avis du gouvernement, déclarant que le chant était devenu une "arme ayant servi d'impulsion pour déclencher des manifestations violentes. Il est puissant pour susciter des émotions parmi certaines fractions de la société et a pour effet de justifier et même de romancer les protestations".

Depuis l'entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale en 2022, plus de 290 personnes ont été arrêtées, 174 inculpées et 114 condamnées, la plupart étant des personnalités politiques d'opposition, des militants ou des journalistes pro-démocratie.


Zoe SAMIN

Tout
TF1 Info