Ukraine : plus de sept mois de guerre

"Il faut respecter la présomption d'innocence" : l'avocat du soldat russe jugé en Ukraine s'exprime sur LCI

Maëlane Loaëc
Publié le 18 mai 2022 à 10h38, mis à jour le 19 mai 2022 à 11h10
JT Perso

Source : TF1 Info

Pour la première fois en Ukraine, se tient le procès d'un soldat russe accusé de crime de guerre, après la mort d'un civil non armé.
Son avocat ukrainien explique sur LCI les raisons qui l'ont poussé à défendre ce client.
Il assure aussi que "les délais légaux ont été respectés" dans cette procédure.

C'est une première : le conflit n'est pas encore terminé que s'ouvre déjà en Ukraine un procès historique. Un soldat russe accusé de crime de guerre comparaîtra ce mercredi 18 mai après-midi devant le tribunal de district Solomiansky, situé dans la capitale, où il devra s'expliquer sur la mort d'un homme de 62 ans, un civil non armé, le 28 février dans le nord-est de l'Ukraine. Alors même que le combat continue de faire rage dans le pays, le jeune homme sur le banc des accusés sera défendu par un avocat ukrainien.

"Je pense que la mission de la justice ukrainienne, et de la justice tout court, est de jeter toute la lumière sur les faits. Il faut respecter la présomption d'innocence, c'est un principe", a appuyé sur LCI son avocat, Viktor Ovsiannikov, une vidéo à retrouver en tête d'article. Son client Vadim Chichimarine, âgé de 21 ans, a déjà reconnu les faits qui lui sont reprochés et s'est dit conscient de leur gravité, mais il affirme avoir agi sous l'ordre de sa hiérarchie. 

Le jeune homme, qui risque la prison à perpétuité, a aussi indiqué aux services secrets ukrainiens s'être engagé dans l'armée pour soutenir financièrement sa mère. "C'est un garçon simple, un homme qui ne ressemble en rien aux criminels que je peux défendre d'habitude", avait expliqué quelques heures plus tôt son avocat à LCI. 

Refusant pour l'heure de dévoiler sa stratégie de défense, il a indiqué que son plaidoyer dépendra des réponses de son client. Selon la procédure ukrainienne, c'est lors du procès que la défense décide de plaider coupable ou non. "C'est à l'inculpé de prendre sa décision, de façon souveraine. En fonction de cela, nous allons construire sa ligne de défense", a-t-il précisé, ajoutant que "la balle est dans le camp des juges et du prévenu"

Une procédure "sans précédent"

L'avocat a assuré par ailleurs sur LCI que "les délais légaux ont été respectés" dans la tenue du procès, même si l'instruction a été très rapide, là où elle s'étend bien plus longuement d'habitude dans les dossiers pour crimes de guerre. D'autres crimes de cet ordre sont d'ailleurs en train d'être instruits ou même seulement découverts par des institutions internationales, au moment même où se tient cette audience. Elle devrait être rapidement suivi par plusieurs autres et aura valeur de test pour le système judiciaire ukrainien.

"Peut-être que ce procès, contrairement à tout autre procès similaire, vous paraît organisé de façon expéditive. Mais c'est la toute première fois que l'on va assister à une audience lors de laquelle les crimes de guerre vont être évoqués en Ukraine, de ce fait, c'est sans précédent", a défendu Viktor Ovsiannikov. 

Quant au déroulé du procès lui-même, il s'étalera sur trois à quatre jours, car selon l'avocat, le dossier est assez vide en l'absence de nombreux témoignages, mais aussi parce qu'il se déroule au cœur de la guerre. D'après lui, quelques témoins pourraient toutefois être présents. Ce mercredi, date de la première audience qui commencera à 14h, "l'acte d'accusation va être lu, on comprendra tous les détails de cette inculpation", a-t-il indiqué. 

Lire aussi

Quant à sa propre sécurité, Viktor Ovsiannikov affirme ne pas être inquiet. "Je n'ai réellement pas besoin d'être protégé, personne ne m'a menacé. Le système des forces de l'ordre est en place, je n'ai pas peur pour ma vie", a-t-il lancé. Quelques heures plus tôt, il confiait par ailleurs à une reporter de LCI avoir reçu des pressions des confrères qui remettaient en cause son choix d'accompagner ce client qui appartient au camp de l'ennemi. Sans parvenir à le dissuader : la démocratie a besoin d'avocats quoi qu'il arrive, a-t-il argué. 


Maëlane Loaëc

Tout
TF1 Info